Les soeurs de la Visitation

 
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Fondation du Monastère de Metz, 56ème de l’Ordre, établi d’abord le 24 avril 1633

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Fondation du Monastère de Metz, 56ème de l’Ordre, établi
d’abord le 24 avril 1633
L'an 1632, le Roi Louis XIII et la Reine Anne d'Autriche étant venus à Metz1 ;
la Reine qui a toujours Honorée notre petite congrégation de sa protection, et d'une
affection toute particulière, s'informa s'il n'y avait point de Monastère de Sainte-
Marie dans la ville. Comme on répondit que non, Sa Majesté dit que c'était dommage,
réponse qui fit penser à Mme la marquise de Senen2, sa première dame d'honneur,
qu'elle contribuerait à la gloire de Dieu, en avertissant nos Soeurs de la bonne volonté
qu’avait témoigné cette grande Reine. Elle en écrivit à la Supérieure de Pont-à-
Mousson, qui désirait ardemment cette fondation ; elle y avait même déjà travaillé,
lorsqu'elle s'était réfugiée à Metz, avec une partie de sa Communauté, au
1 Metz ancienne, grande et très forte ville avec une citadelle, chef-lieu du département de la Moselle, pays Messin.
Évêché, population 45000 habitant à 70 lieues de Paris, 10 de Nancy. (Note du transcripteur : à l’époque de la copie du
manuscrit original conservé à la Médiathèque de Pontiffroy ou aux Archives Départementales de Moselle)
2 NDT : Il s’agit probablement de la Marquise de Seneçay, première Dame d’honneur de la Reine Anne d’Autriche, qui
annonça le dimanche 5 septembre 1638 au Roi Louis XIII la naissance tant attendue du Dauphin, futur Louis XIV. Elle
fut la gouvernante du Dauphin de 1643 à 1650.

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commencement de cette année ; mais des considérations politiques avaient arrêté son
entreprise. Quelques personnes, qui examinèrent la chose de près, n'ayant pas jugé à
propos de recevoir des étrangères, comme étaient les Soeurs de Pont-à-Mousson,
sujette du Duc de Lorraine, dans une ville de guerre où l'on prend ombrage de tout, et
où, sous les plus légères apparences, on sacrifie tout au bien public.
Dessein de la fondation.
La Mère Claude Dauvaine, qui avait beaucoup d'esprit, et qui n'avait garde de
se raidir, ou la raison voulait qu'elle pliât, se rendit à ce qu'on lui dit et pris la
résolution de retourner à son Monastère. La lettre de la Marquise renouvela son désir,
elle s'empressa d'y répondre, la conjurant d'employer la faveur que ces vertus lui
avaient acquise près de la Reine, pour obtenir de Sa Majesté les permissions
nécessaires pour faire un établissement dans Metz, et écrivit aussi à plusieurs amis de
l'Institut pour le même sujet. La vertueuse Reine témoigna à Mme la Marquise,
qu'elle favoriserait de tout son coeur cette bonne oeuvre, et pris la peine d'en parler
elle-même deux fois aux Messieurs de la ville, particulièrement à M. de Souy, pour
lors Maire et Échevin de cette ville ; elle lui témoigna tant de désir de cet
établissement, et parla si favorablement de notre Institut que les permissions furent
aussitôt accordées.
Dès que la chère Mère de Pont-à-Mousson en fut avertie, elle pria Monsieur
leur confesseur de se rendre à Metz, pour supplier très humblement Monseigneur de
Madore3, évêque de Metz, et M. le duc de la Valette, gouverneur de donner leur
permission : elles furent obtenues facilement ; il ne restait donc plus qu'à commencer
l'établissement. La Mère Claude Marie Dauvaine écrivit à notre Sainte Mère, que
comme les Religieuses de Lorraine, dont on prétendait d'abord composé cette
Communauté, avaient fait naître quelque ombrage des sujettes naturelles du Roi
seraient plus au gré des habitants, et la priait d'en choisir elle-même dans les
différentes maisons de l'ordre.
On nomme les fondatrices.
Notre Sainte Fondatrice goûta ces raisons et mandat à notre Vénérable Mère
Jeanne Charlotte de Bréchard, alors Déposée à Riom, de se charger de cette fondation
: cette Vénérable Mère eut bien souhaité venir la faire en personne, mais ses
infirmités corporelles ne lui ayant pas permis, ont choisi pour Supérieure notre Très
Honorée Soeur Marie Catherine Chariel, professe de Moulins, qui finissait son
triennal à Riom, pour assistante notre Soeur Marie Françoise de Montagnat ; et nos
3 NDT : Monseigneur de Meunier, évêque de Madore, coadjuteur de l’évêque de Metz, Mgr Henri Bourbon-Verneuil,
de 1612 à 1652.
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Soeurs Anne Françoise Chardon, professe d'Annecy, Marie Gabrielle des serpens4,
Jeanne Baptiste des Varênes, Marie Agnès Valette et Marie Aimable Vareyne de
Riom.
Leur voyage.
Elles partirent de cette ville le 16 novembre 1632, et arrivèrent le lendemain à
notre Monastère de Moulins, où elles séjournèrent sept jours et firent leurs
renouvellements.
On leur fait des présents dans les différents Monastères.
Elles y reçurent, pour leur nouvel établissement, un calice en argent, avec
lequel notre bienheureux Père avait souvent célébré la sainte Messe ; une chasuble
toute neuve de satin blanc à fleurs et passement d'or, une aube, un surplis et quelques
autres petites choses pour l'Autel. Nos Soeurs de Nevers leur firent aussi des présents
pour la sacristie, les gardèrent un jour, et aidèrent à payer leur voyage. Ensuite elles
descendirent part eau à Orléans, où elles furent obligées de passer sept jours à raison
d'une forte indisposition de la nouvelle Supérieure. La bonne Mère d'Orléans leur fit
aussi plusieurs charités et surtout en linge, et paya les dépenses de ceux qui les
conduisaient ; une dame dont cette petite Communauté emmenait la fille, leur prêta
son carrosse pour aller jusqu'à Paris, et leur donna une jupe de velours à fond
d'argent, avec deux douzaines de serviettes pour l'Autel. Ces chères Soeurs furent
encore contraintes, à cause de la maladie de leur bonne Mère, de séjourner trois
semaines en notre Monastère du Faubourg Saint-Jacques, et notre Mère Marie
Jacqueline Favre, alors Supérieure, leur donna la valeur de 50 écus pour la sacristie.
Quand la Mère fut guérie elles allèrent au Monastère de la rue Saint-Antoine, où les
gelées extrêmes les retinrent 12 jours ; elles y reçurent aussi plusieurs aumônes, un
coffre plein de linge et du satin blanc à fleurs, pour un ornement tout complet. La très
chère Marie Hélène Angélique l’Huillier5 leur procurera aussi plusieurs secours de
ses amis : M. le commandeur de Sillery leur donna 100 écus ; Mme de Villeneuve,
Fondatrice du premier Monastère de Paris leur donna le tabernacle et des chandeliers
qui y étaient assortis, plusieurs autres personnes firent également des présents pour
l'Autel. Non contente de ses bienfaits, la chère Mère de ce Monastère, leur donna
encore une prétendante, dont la dot était de 3000 livres, et une autre pour tourière.
Nos bonnes Soeurs, comblés de dons et remplis de reconnaissance pour les
Monastères de Paris, en partirent le 2 février et se rendirent à Pont-à-Mousson ; là on
4 NDT : Marie-Gabrielle de Gondras des Serpents.
5 NDT : La Soeur Hélène-Angélique L’Huillier était parente à Madame Acarie, en religion Soeur Marie de l’Incarnation,
qui introduit les Carmélites en France en 1604.
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leur donna des meubles de bois pour huit cellules ; ainsi, par la cordiale charité de nos
Communautés, elles amassèrent en route de quoi commencer leur petit ménage.
Arrivée à Metz.
À leur arrivée à Metz elles furent reçues par Monseigneur qui leur témoigna
beaucoup de bienveillance, et les fit rester pour trois mois chez Mme l’Abbesse de
Saint-Pierre, qui les reçut avec beaucoup de bonté, et leur donna des provisions de blé
et de vin. Monsieur l’Abbé de Saint Arnould leur fit aussi des charités, en un mot,
elles furent généralement bien accueillies.
En sortant de l'Abbaye de Saint Pierre, elles passèrent deux mois dans une
maison de louage, où elles remplissaient tous les exercices et gardaient une exacte
clôture ; enfin elles achetèrent une maison qui leur coûta 21 000 livres, et Notre
Seigneur leur envoya des secours, surtout par le moyen des sujets.
Elles reçurent des sujets
La prétendante qu'elles avaient amenée prit l'habit et apporta une pension
viagère de 300 livres ; elles en reçurent huit autres qui toutes ensemble apportèrent la
somme de 23 000 livres. M. le président Favrol, et Mme son épouse, dont la piété
admirable les rendait des exemples de toutes vertus en leur vocation, furent de vrais
amis de cette maison naissante, et avait résolu de se rendre les fondateurs. À cet effet
ilx promettaient de donner 31 000 livres de Lorraine après leur mort, et durant leur
vie de 2000 livres de rente, même monnaie ; mais les guerres qui survinrent firent
juger que le Parlement ne resterait pas à Metz, ce qui donna envie à Mme Favrol de
faire une fondation à Saint-Denis, et elle voulait y emmener la supérieur et une partie
des Soeurs de Metz. Les dissensions du Royaume s'étant fort échauffées, ce dessin
n'eut pas de suite, et nos bonnes Soeurs eurent à souffrir un grand abandon, qui leur fit
ressentir les effets de la pauvreté : elles les supportèrent gaiement, dans l'amour de
Celui qui a embrassé nos misères pour nous donner ses richesses éternelles.
Conversion d’une demoiselle hérétique, et sa vocation.
Le divin Pasteur amena dans ce petit bercail une jeune et belle demoiselle
huguenote, qui ayant reconnu les erreurs de sa secte eut recours à Monsieur le
Gouverneur ; celui-ci la mit en dépôt chez nos Soeurs et elle fit son abjuration dans
leur église. Madame sa Mère, pensant la gagner, la tira par violence du Monastère et
la tint longtemps chez elle, où la constance de la jeune personne la fit entrer dans une
extrême colère ; après avoir juré qu'elle la déshériterait, et lui ôta ses habits pour
l'enfermer comme une criminelle. Alors, la fervente néophyte, voyant à quels dangers
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sa foi allait être exposée, renonça aux bienséances du monde, et quoiqu'elle n’eût plus
sur son corps que la chemise, et une petite chemisette qui la couvrait à moitié, elle
gagna habilement la porte, et courut à perdre haleine jusque chez nos Soeurs, qui lui
ouvrirent à l'instant leur porte ; car si l'on eût tardé l'espace d'un demi Ave Maria, elle
était prise par ceux qui la poursuivaient, les uns à pied les autres à cheval. Mais le
Seigneur qui ne voulait point que cette pure colombe fut la proie de ses ennemis, lui
avait donné dans sa fuite la légèreté d'un cerf, afin qu'elle pût chanter à jamais :
« Béni soit le Seigneur, qui ne m'a point livré entre leurs dents, mon âme est échappé
comme le passereau des lacets des chasseurs ». Les hérétiques pensèrent faire feu et
flammes contre le Monastère, mais tout alla en fumée, et par autorité de personnes
puissantes, on leur fit payer malgré eux la dot de cette chère Soeur, qui vécut
joyeusement et saintement dans sa vocation.
Nos Soeurs de Riom se déterminent à quitter Metz.
Cependant les prétendantes qu’ont reçut, ayant assez peu apporté,
augmentèrent plutôt les besoins qu'elles ne les soulagèrent, et le vendeur de la maison
qu'on occupait pressait fort pour le paiement. Nos chères Soeurs de Riom n'ayant pas
de connaissance ni de soutien dans la ville de Metz, dont elles trouvaient les
coutumes fort différentes de celles de leur pays, se voyant sans fonds ni revenus,
après trois ans d'essai et de patience, résolurent de rompre cette fondation, et de
retourner en France faire un autre établissement, ainsi que le verra dans l'histoire de
celui de Périgueux.
Les Révérends Pères Jésuites, sachant la résolution de ces Très Honorée Soeurs,
et que déjà elles vendaient les petits meubles qui étaient à leur usage, et voulaient
résilier le contrat d'achat de leur maison, en payant seulement le loyer du temps
qu'elles s'y avaient demeuré, pensèrent à empêcher la destruction entière de cet
établissement.
Nos Soeurs de Pont à Mousson reprennent la fondation.
Le Révérend Père Recteur du collège donna promptement avis à la Mère
Claude Marie Dauvaine, Supérieure de Pont-à-Mousson, de ce qui se passait, ajoutant
que ces chères Soeurs avaient déjà fait prix avec des voituriers. Il représenta qu'il y
allait de la gloire de Dieu de soutenir la maison commencée, et qu'il n'y avait pas de
temps à perdre. Cette grande Supérieure fit tant de diligence, et donna de si bons
ordres, qu’en moins de 24 heures les choses furent conclues. Elle choisit pour
Supérieure la Très Honorée Mère Jeanne Françoise de Saint-Vincent, jeune d'âge à la
vérité, mais pourvu de tant d'intelligence et de si bons talents, que sa conduite soutint
parfaitement un si honorable choix. On lui donna pour Assistante notre Très Honorée
Soeur Claude Thérèse d'Albaney, professe d'Annecy, et nos chères Soeurs Anne
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Henriette d’Haraucourt, Marie Agnès Louis, Claude Agnès Demblemont, et Marie
Catherine Poirot pour compagne et coopératrice de cette bonne oeuvre. Notre Très
Honorée Mère Claude Marie Dauvaine conduisit elle-même toutes ces chères Soeurs,
prendre la place de celles qui partaient. Ces chères Soeurs de Riom furent un peu
surprises à leur arrivée, parce que les choses avaient été ménagées en si peu de temps,
qu'on avait pas eu celui de les avertir de ce qui se passait.
On commença à ce rétablissement de fondation par un emprunt de 20 000
livres, sous la caution de notre Monastère de Pont-à-Mousson, auxquel on rendit dans
la suite la moitié de cette somme. Cet emprunt fut pour le paiement de la maison que
nos Soeurs de Riom avait occupée, reprenant le traité d'acquisition qu'elles avaient fait
et n'avaient pu acquitter. Ensuite la charitable Mère Claude Marie Dauvaine fit part à
la nouvelle fondation des ornements, linges et meubles que la maison de Pont-à-
Mousson, put fournir et partagea aussi les provisions ; ce qui était très nécessaire, car
la maison était entièrement vide, nos Soeurs de Riom, ayant été obligées de payer
leurs dettes avant de partir, firent argent de tout, avec d'autant plus d'exactitude
qu'elles ne prévoyaient pas ce qui devait arriver.
Enfin, le 26 janvier 1636, les nouvelles fondatrices furent établies sous les
auspices et la conduite de la divine Providence ; la Mère Claude Marie se retira en
son Monastère de Pont-à-Mousson si à propos, que si elle eût différé seulement d’une
demi-heure, elle n’eut pu sortir de longtemps à cause de l'arrivée d'une multitude de
soldats qui causèrent de grandes alarmes. Elle emmena nos Soeurs de Riom, et
proposa à la Supérieure de la décharger de quelques-unes, à quoi elle consentit avec
reconnaissance.
Danger que courent nos Soeurs par la rencontre des troupes.
Presque au sortir de Metz, elles eurent une extrême frayeur voyant l'armée des
Suédois, gens barbares et cruels surtout pour les personnes consacrées à Dieu. Elles
employèrent le secours du Seigneur et redoublèrent leur confiance, sans néanmoins
manquer à ce qu'il était à propos de faire selon la prudence. Elles supplièrent leur
conducteur d'aller trouver le commandant de l'armée, et lui demander en grâce de ne
pas permettre que ces soldats fissent aucune insulte aux personnes qui étaient dans ce
carrosse, ni à celles qui le conduisaient. Ce généreux ecclésiastique, s’armant de
confiance en Dieu, voulut bien s'exposer lui-même et alla trouver le Colonel ; celui-ci
quittant sa fierté, le reçut fort honnêtement, et commanda à ses gens de se ranger en
haie pour laisser passer ces Dames, ce qu'ils firent. La Très Honorée Mère et sa
compagnie furent reçues à Pont-à-Mousson avec une joie d'autant plus grande, que
l'on y était en crainte sachant les périls auxquels elles étaient exposées.
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Pauvreté de ces commencements.
Cependant notre très Honorée Mère Jeanne Françoise de Saint-Vincent se
donnait tous les mouvements et les soins nécessaires pour avancer l'établissement de
Metz, et pourvoir au besoin de sa petite Communauté. Le crédit qu'elle avait dans la
ville, où elle était fort connue, ayant été autrefois chanoinesse de l'Abbaye de Sainte-
Marie, lui procurait parfois des avantages pour ses Soeurs, et Messieurs ses parents lui
faisaient aussi beaucoup de bien. Mais la subsistance d'une Communauté, quelque
petite qu'elle soit, dépend de tant de choses, que la sienne avec tous ces secours, était
le plus souvent obligée de se nourrir de légumes et de racines. Elles passèrent
plusieurs carêmes à ne manger que du pain pour la collation, et les plus rigoureux
hivers à n’allumer de feu qu'à la cuisine, encore était-ce fort peu, n'ayant autre bois
que ce qui tombait des arbres au jardin. Les dortoirs et cellules n'étaient proprement
que des greniers, dont la couverture mal entretenue, faute d'argent pour payer des
couvreurs, faisait que souvent les lits étaient baignés d'eau ou couverts de neige.
Enfin leur pauvreté était telle, qu’elles étaient pour l'ordinaire assises à terre faute de
sièges ; car on n'en avait que pour le choeur, d'où on les portait au réfectoire et à la
récréation : nos chères Soeurs souffraient ses disettes avec une grande joie, pour
l'amour de Celui qui s'est fait pauvre pour nous.
La bonne Mère endurait plus que toutes les autres par la peine qu'elle avait de
voir ses chères filles dans cette disette ; le Ciel la secouru lui envoyant de bonnes
prétendantes, qui joignaient aux dispositions nécessaires pour être d'excellentes
Religieuses, quelques secours temporels qui furent utilement employés pour le bien
de cette maison. On commença par acquérir une métairie, où l'on espérait recueillir à
peu près la provision de blé, et recevoir plusieurs autres avantages. Entre les 15
Religieuses que reçut notre Très Honorée Mère Jeanne Françoise de Saint-Vincent
dans les deux triennaux, trois était pour le rang des Soeurs converses, et les autres
pour le choeur : de ce nombre était la demoiselle huguenote, dont il a été parlé par
erreur du temps de nos Soeurs de Riom.
On commençait un peu à s'accommoder et à respirer, lorsque la Providence
permis que les grandes guerres qui ont si longtemps affligé le pays, et qui avait eu un
peu de trêve, recommençassent plus fortement que jamais. Notre Monastère de Pontà-
Mousson se trouva si fort dans la nécessité, il fut contraint de redemander à celui-ci
une partie de l'argent qu'il avait avancé pour la fondation : on l'emprunta à gros
intérêt, et on l'envoya assez très chères Soeurs, pour leur marquer la parfaite
reconnaissance que leur conservait cette maison qui leur devait son existence. De
l'autre côté, ces très Honorée Soeurs, pour décharger en quelque façon notre maison,
rappelèrent quelques-unes des Soeurs de la fondation, et se chargèrent pour plusieurs
années de quelques Soeurs de ce Monastère, qui retirèrent de grands avantages du
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séjour qu’elles firent dans cette sainte maison, où elles reçurent beaucoup
d'édification des grandes vertus qui s'y pratiquent et furent très bien dressées pour
tous les emplois de la sainte Religion.
Désastres des guerres.
Cependant la guerre faisait de terribles ravages, les chevaux et le bétail de notre
métairie furent enlevées, les récoltes de plusieurs années prises ou tout à fait ruinées.
Notre chère Soeur tourière Jeanne Gabriel Gallois, était si affectionnée au bien de la
maison, et si généreuse, qu'elle ne craignait point de s'exposer pour le recouvrement
de ses pertes, poursuivant les soldats jusque dans les villes ennemies. Un jour voulant
éviter leur fureur, elle ne trouva pas d'autre moyen de s'échapper de leurs mains que
de se jeter dans un puits ; elle le fit en invoquant la Sainte Vierge comme sa bonne
Mère, sa confiance ne fut pas vaine, il en reçut son secours, car elle fut retirée sans
avoir reçu aucun mal.
Leur ferveur et leur joie dans la disette.
Plusieurs autres désastres, arrivés par les guerres qui ravageaient tout le pays,
incommodèrent de plus en plus notre pauvre Communauté. Notre bonne Mère Jeanne
Françoise de Saint-Vincent, ayant vu dans notre Monastère de Pont-à-Mousson
l'utilité qu'on retirait d'un troupeau de brebis, établit la même chose chez nous, où
chacune à l'exemple de cette très Honorée Mère, qui était toujours la première à tout
ce qu'il y avait de plus pénible et de plus bas, s'occupait à tout infatigablement. Il y en
avait qui se levaient pour ce travail des trois et quatre heures du matin, s'empressant
de nettoyer l’étable, et quoique cette besogne fatigua beaucoup on continua plus de
15 ans sans la moindre plainte. Au contraire ces chères Soeurs s'acquittaient de ces
pénibles exercices avec une sainte joie, tant de paix, et un si profond recueillement,
que le Monastère paraissait un paradis anticipé, où l'on ne parlait que de Dieu et des
moyens de lui plaire. Aussi sa bonté leur donnait souvent des marques sensibles de sa
protection.
Soins de la Providence.
Il est arrivé plusieurs fois que ni ayant pas de pain dans la maison pour le repas
de la Communauté, ni de moyens d'en avoir, faute d'argent et de crédit, des personnes
charitables, mais inconnues, mettaient dans la cour du pain et du vin autant qu'il en
fallut et se retiraient ensuite sans vouloir se faire connaître. Un jour on mit dans la
cour, de la même manière une douzaine de plats d’étain fin.
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Élection de la Mère Anne Françoise Chardon 1642.
Ainsi se passèrent les deux triennaux de notres très Honorée Mère Jeanne
Françoise de Saint-Vincent ; nous élûmes en 1642, notre Très Honorée Mère Anne
Françoise Chardon. Elle avait fait profession en notre Monastère d'Annecy pour le
rang des Soeurs converses, notre Sainte Mère la fit passer au rang des Soeurs associées
pour l'envoyer en France aider à notre Monastère de Riom, duquel elle vint avec la
Mère Marie Catherine Chariel pour établir ce Monastère de Metz. Lorsque cette Très
Honorée Mère quitta cette fondation pour retourner en France, cette Très Honorée
Soeur fut une de celles qui resta dans notre Monastère de Pont-à-Mousson, où elle fut
élue supérieure deux ans après. Elle y fut trois ans en charge et était Déposée quand
notre Communauté l'appela ici par son élection. On ne saurait exprimer la joie que
reçut notre vertueuse Déposée quand elle vit arriver cette nouvelle Mère ; elle remit
la maison entre ses mains, ravie de rentrer dans l'heureux état d'inférieure, où elle
espérait retrouver le bonheur de ses premières années et goûter dans le silence de la
solitude le don de Dieu.
Triste départ de la vertueuse Déposée.
Mais cette grande âme ignorait alors que c'était le moyen par lequel le divin
Sauveur voulait lui faire part de l'amertume de son Calice, par des Croix et des
afflictions très sensibles, Dieu ayant accepté l'offre qu'elle avait fait de tout ellemême
à sa divine Majesté, pour souffrir tout ce qui lui plairait ; elle fit cet acte par un
transport de zèle et de charité, dans une occasion où il y allait du salut d'une personne
de sa connaissance. Il s'éleva donc tout à coup une bourrasque épouvantable dans un
certain esprit qui, sous quelques prétextes assez spécieux, entreprit de faire sortir de
Metz cette Très Honorée Soeurs, et de la faire retourner à Pont-à-Mousson. La chose
se fit si adroitement qu'elle n'en eut aucune connaissance ; elle fut accusée près de
Messieurs ses Supérieurs de plusieurs faits assez mal fondés, mais tout son crime
était que notre Communauté conservait trop de tendresse et de confiance pour elle,
comme si ce n'était pas un devoir et une justice d'avoir du respect et de la
reconnaissance pour les Déposées, vu même que nos saintes règles nous l'ordonnent.
Combien donc il était juste d'en avoir pour cette chère Soeur qui avait pris tant de
peines, et avait tant souffert pour cette fondation, dont elle avait élevé toutes les
Soeurs comme ses chers enfants. Cependant on obtint les obéissances et permissions
nécessaires, et l'on envoya un honnête ecclésiastique, une Soeur tourière et un
équipage sans lui en rien dire.
Le soir de cette triste journée étant venu, on conduisit cette vertueuse Déposée
vers la porte de clôture, sous prétexte de voir une muraille que l'on faisait faire, et on
lui dit alors qu'il fallait retourner à son Monastère de profession, lui mettant en main
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l’obéissance du Père Spirituel. Alors cette vraie humble et parfaite obéissante, par
une vertu rare est solidement établie, se jeta à genoux et, sans demander ni pourquoi
ni par quelle raison, elle acquiesça à la volonté de Dieu qui lui était signifiée, elle
demanda seulement d'aller dire adieu à ses chères Soeurs, et filles bien-aimées. On le
lui refusa dans la crainte qu'une telle surprise ne fit du bruit, la porte de clôture fut
ouverte à l'instant, et elle entra dans le carrosse avec la Soeur tourière ; ce qui est
admirable, c'est que dans tout le voyage cette chère Déposée ne témoigna jamais être
touchée de ce procédé étrange. Dès que la Communauté sut qu'elle était sortie et de
quelle manière, ce fut une consternation terrible dans notre maison ; les larmes et les
soupirs mettaient toutes les Soeurs dans un état pitoyable ; mais enfin la vertu qu'elles
avaient si bien apprise de cette chère Fondatrice, les fit soumettre aux ordres de la
divine Providence dans une occasion si sensible.
Notre Très Honorée Mère Anne Françoise Chardon gouverna cette
Communauté avec bénédiction et un très grand zèle pour la pratique exacte de nos
saints règlements, qu'elle trouvait par la grâce de Dieu très bien établie dans notre
Maison, n'ayant qu'à maintenir et perfectionner ce qui était si bien commencé. Elle se
consumait de peines et de travaux pour l'utilité de la Communauté ; nous lui sommes
redevables des pompes de pierre pour les lessives, et d'une grande citerne, qu’elle et
nos Soeurs creusèrent à la cave avec une fatigue inconcevable, ce qui nous est très
utile.
On envoie demander du secours à nos monastères.
Cette Très Honorée Mère reçu quelques sujets ; leurs dots en un pays ruiné ne
purent être que fort modiques, et soulagèrent peu la Communauté. Alors elle chercha
le moyen de soulager ses filles, et en trouva un que les Supérieurs approuvèrent. Ce
fut d'envoyer notre chère Soeur tourière Jeanne Gabriel Gallois, faire une petite quête
près de ceux de nos Monastères qui seraient en état de donner quelques secours. La
chose réussie, elle rapporta environ 4000 livres, ce qui avec la consolation qu'elle eut
de visiter le tombeau de notre Saint Fondateur, la dédommagea grandement de ses
peines. Elle revint heureusement à Metz, où elle arriva la veille de notre grande fête
de la Visitation, fort à propos pour donner moyen de retirer l'argenterie de la sacristie
qu'on avait été obligée de mettre en gage, en sorte que sans ce trait de Providence, il
eût fallu emprunter jusqu'aux vases sacrés pour faire le service divin en ce saint jour.
Le ciel ne nous laissa pas à jouir longtemps du bonheur de la conduite de cette
digne Supérieure ; elle fut attaquée d'un cruel cancer, et mourut de la violence de ce
fâcheux mal, le 28 juin 1647.
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Élection de la Mère Claude Marie Dauvaine 1647.
La respectable Mère Claude Marie Dauvaine étant alors Déposée dans notre
Monastère de Pont-à-Mousson, ces chères Soeurs accordèrent à nos instances
redoublées la permission de l’élire ; ce que nous fîmes d'une voix unanime le 26
juillet 1647. À peine fut-elle dans notre maison, qu'elle s'appliqua avec une attention
particulière à découvrir par quels moyens elle pourrait la tirer de l'extrême pauvreté
où elle était réduite. Elle eut recours au Père céleste par de ferventes prières et
oraisons ; elles furent efficaces, car quoiqu’elle ne se plaignit pas ni ne parlat à
personne de nos misères, Dieu voulut que la Très Honorée Mère Françoise Jéronime
de Villette en apprit quelque chose, et en fut extrêmement touchée. Elle gouvernait
alors notre Monastère de Melun, aussitôt la charité lui suggéra des moyens de nous
aider, et elle écrivit à notre Très Honorée Mère la lettre suivante.
Lettre de la Mère Françoise Jéronime de Villette.
« Hé quoi ! Mon intime Soeur, vous souffrez tant de peine, et vous ne nous en dites
rien ; croyez que je suis très sensible à vos maux, voyons, je vous en prie, ce que nous
pourrions faire pour votre soulagement. J'ai pensé une chose, je ne sais si elle vous
pourra accommoder ; c'est que comme nous n'avons pas le moyen de vous donner une
somme assez considérable pour vous tirer d'embarras, si nous vous envoyions deux
de nos soeurs, qui de leur bonne volonté voulussent bien aller en votre Monastère,
nous leur donnerions leurs dots et leurs petits meubles ; peut-être que de cette
manière vous en seriez un peu soulagées. »
On envoie deux soeurs de Melun avec leurs dots.
Notre chère Mère répondit dans le sentiment d'une parfaite reconnaissance,
acceptant avec action de grâce l'offre qui lui était faite. Aussitôt la charitable Mère
Françoise Jéronime de Villette fit à sa Communauté un exposé de l'état de la maison
de Metz, à la récréation, demandant si il y en avait quelqu’une d'assez charitable et
généreuse pour se sacrifier elle-même, et les commodités de sa maison, pour aller
secourir les Soeurs de Metz, portant sa dot avec elle. Cette grande Supérieure eut en
cette rencontre une très grande consolation, voyant environ 30 de ses fils se lever, et
s'offrir avec une charité admirable pour cet acte de dévouement, en sorte qu'elle fut
embarrassée pour le choix. Le sort tomba sur nos Très Honorée Soeur Marie
Angélique Fillacier et Claire Marie de Foissy : toutes deux d'une grande vertu et
douées de bons talents, qu'elles ont fait valoir pour le bien de notre Maison, à laquelle
elles ont rendu de grands services. Mais, pour faire toutes choses avec les justes
considérations requises, il fut arrêté que si elles venaient à désirer le retour en leur
maison de profession, elles y seraient reçues comme auparavant ; qu'elles ne
pourraient être renvoyées de Metz sans leur agrément et pour de justes causes ; et que
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tant qu'elles y demeureraient, elles seraient considérées comme professes de cette
maison. Toutes ces conditions furent approuvées et acceptées des deux
Communautés.
Toutes choses conclues, ces chères pèlerines partirent de Melun, accompagnées
de Mademoiselle Joly, de la même ville, qui eut le courage de quitter sa terre et sa
parenté, pour être Prétendante en cette Maison, voulant partager avec nos Soeurs la
gloire, ou plutôt le bonheur de se sacrifier pour la charité. Elle réussit et fut nommée
Soeur Marie Jéronime ; elle a rendu de bons services, ces ouvrages de broderie et de
peinture parlent encore d’elle. Elles s'arrêtèrent à leur passage dans notre Monastère
de Pont-à-Mousson, où la Très Honorée Mère Jeanne Françoise de Saint-Vincent, et
toute sa Communauté, les reçurent avec une affection et une cordialité qui allaient
jusqu'au respect, tant elles étaient pénétrées de la grandeur de cet acte de
dévouement, produit par l'union admirable de notre saint Institut. On les garda huit
jours pour les délasser un peu de la fatigue d'un si long et si pénible voyage. Elles
arrivèrent enfin à Metz le 12 août 1652 ; il est plus facile de comprendre que
d'exprimer, avec quelle joie et quelle reconnaissance elles furent reçues ; nous les
considérions comme des Anges que le Ciel envoyait à notre secours, et Dieu
bénissant leur charité leur faisait goûter tant de douceurs et de consolations, qu'elles
disaient en être surprises, et que ne s'étant disposées qu'à éprouver toutes sortes de
misères, elles trouvaient au contraire tout beau et bon, même les viandes très pauvres,
et les apprêts assez dégoûtant qu'on leur présentait ; elles les trouvaient délicieux
disant n'avoir rien éprouvé de semblable en France.
On employa leurs dots au payement de quelques sommes d'argent empruntées
aux juifs à gros intérêts ; ce nous fut un grand allégement ; mais il ne nous empêcha
pas d'être obligées de continuer le pénible ménage de la bergerie, non plus que la
manufacture et la teinture des étoffes nécessaires pour nos habits ; on faisait aussi
tous les souliers avec allégresse et une sainte joie.
Élection de la Mère Claude Marie d’Ailly 1653.
Les deux triennaux de notre Très Honorée Mère Claude Marie Dauvaine étant
finis, nous fîmes élection en 1653, de notre Très Honorée Mère Claude Marie
d’Ailly, professe de cette Maison. Elle marcha sur les traces de celles qui l'avaient
précédées, travaillant continuellement et de tout son pouvoir à procurer le bien
spirituel et temporel de cette Communauté. Dieu qui connaissait la droiture d'esprit et
la pureté d'intention de cette chère Mère, inspira la Très Honorée Mère Marie-
Madeleine Framery, Supérieure de notre Monastère de Meaux, de lui faire la même
charité que celui de Melun, nous avait faite que quelques années auparavant ; car
12
quoique cette première charité nous eut fait beaucoup de bien, elle n'était pas
suffisante pour nos besoins.
Deux Soeurs de Meaux viennent aussi aider ce Monastère.
Deux de ses plus chères filles eurent le courage de sacrifier à la charité, la
douceur et la consolation dont elles jouissaient dans leur maison de profession où
elles étaient fort aimées et estimées, pour venir partager notre pauvreté, et la soulager
de leurs dots, qui furent employées à payer le reste de nos dettes. Ces chères Soeurs se
nommaient Marie Agnès Le Roi, et Hélène Angélique le Grand ; cette dernière était
accompagnée de sa soeur, fervente Prétendante qui fut nommée Soeur Louise
Catherine. Toutes trois ont été de grands de Religieuses, et ont rendu bien des
services à notre Communauté où elles sont décédées saintement. Elles étaient si bien
fournies de linge, d'habits, de livres et autres choses, que les offices de la maison en
furent accommodés, et qu'on commença de respirer un peu plus à l'aise.
Affection de Madame la Gouvernante pour la Communauté
Madame la Maréchale, duchesse de Scombert, nous amena elle-même nos
charitables Soeurs. Cette vertueuse dame, qui était gouvernante de la ville de Metz,
nous honorait quelquefois de ses visites, qu'elle accompagnait de ses bienfaits, à son
exemple, les dames qui entraient avec elle, nous faisaient quelques aumônes. Un jour,
Monsieur le maréchal voulu entrer et voir notre maison ; comme il visita tous les
offices, il entra dans la cordonnerie, où une de nos vénérables anciennes
raccommodait les vieux souliers ; il prit plaisir à la voir travailler, et voulant lui payer
cet amusement, dès le lendemain il fit acheter du cuir qu’il lui envoya.
Visite de la Reine.
Vers le même temps, la Reine Anne d'Autriche passant à Metz, honora cette
petite Communauté d'une de ses visites, elle parut, ainsi que toute sa cour, très édifiée
de la modestie et du contentement qui paraissait sur le visage de toutes les Soeurs ; ce
qui fit dire ensuite à Sa Majesté, qu'elle estimait plus la pauvreté des filles de Sainte-
Marie, que toutes les grandeurs et les richesses du monde. Elle envoya une aumône
considérable à notre Mère pour un ornement à notre Chapelle, dont la propre
simplicité l'avait touchée et édifiée.
Avec ces secours, envoyés par la Providence du Père céleste, on se trouva en
état de pouvoir bâtir quelques cellules, et de travailler à quelques ornements pour la
Maison du Seigneur qui jusqu'alors avait été très pauvre.
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Election de la Mère Françoise Catherine de Moncels 1659.
Les deux triennaux de notre Très Honorée Mère Claude Marie d’Ailly étant
écoulés, nous élûmes le 29 mai 1659, notre Très Honorée Mère Françoise Catherine
de Moncels, professe de cette maison. Elle eut la joie et l'honneur de faire célébrer la
cérémonie de la béatification de notre glorieux fondateur. Elle la rendit très auguste
par le soin qu'elle eut d’y intéresser plusieurs personnes qualifiées de ses amies, et
dévotes à ce grand Saint, qui fournirent tout ce qu'elles avaient des plus riches, soit en
argenterie, soit en tapisserie pour l'ornement de la salle qui fut disposée à ce sujet ;
car notre Chapelle était trop petite pour recevoir la procession générale où devait
assister tout le clergé, les religieux et le corps de ville. Tout se passa en très bel ordre,
sans trouble ni confusion, et avec de grandes marques de la dévotion du peuple.
Élection de la Mère Claude Marie d’Ailly 1662.
À l'Ascension de l'année 1662, nous rentrâmes sous la conduite de notre Très
Honorée Mère Claude Marie d’Ailly, qui écrivit la lettre d'instance suivante au Saint-
Père, pour solliciter la canonisation de notre Bienheureux Père François de Sales.
Supplique au Pape.
« Très Saint-Père,
Le zèle que votre Sainteté témoigne pour l'amplification de la gloire
accidentelle de Dieu, est une preuve manifeste de cette haute sainteté, que tous les
fidèles révèrent en votre personne, et spécialement vos très humbles filles de Sainte-
Marie, qui n'appréhendent point, Très Saint-Père, de se venir jeter aux pieds de votre
Sainteté, puisqu'elles ont à parler d'un Père à un Père ; tous deux bons, tous deux
favorables, l'un qui a vécu autrefois avec des entrailles d'un amour vraiment paternel ;
l'autre qui vit encore à présent, et qui occupe si simplement la chaire de Saint-Pierre,
qui ne lui pouvait être disputé sans injustice. Le Ciel nous ayant consolées en cela,
nous promet aussi que ce sera par le moyen de votre Sainteté, que nous reverrons
avec tous les peuples, sous le titre de Saint notre glorieux Fondateur. Nos voeux et
nos prières, très Saint-Père, ne tendent qu'à seconder en ce point vos saintes
intentions, et nous offrons journellement nos oraisons à Dieu pour la prospérité, et
l'heureux succès de votre Sainteté en toutes ses entreprises ; c'est ce que souhaite en
particulier celle qui se dit avec tous les respects et la soumission possible de votre
sainteté,
Très Saint-Père,
La très humble et très obéissante fille Soeur Claude Marie D’Ailly,
Supérieure indigne du Monastère de la Visitation Sainte-Marie de Metz. »
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Mort de la Mère, élection de la Mère Jeanne Françoise de
Cromont 1667.
Nous goûtâmes la douceur de la conduite de notre Très Honorée Mère jusqu'au
21 février 1667, que le Ciel nous enleva ce trésor de vertu, au milieu de nos larmes et
de nos regrets, elle n'était âgée que de 47 ans, et nous espérions jouir longtemps d'un
gouvernement si heureux et si utile à notre Communauté.
Le 28 du même mois, nous fîmes élection de notre Très Honorée Mère Jeanne
Françoise de Cromont. Elle eut assez de courage, quoique nous fussions loin d'être
riches, pour entreprendre le bâtiment de notre église. La prudence humaine aurait
assurément crié bien haut contre cette conduite, si les bénédictions que le Ciel a
répandues sur cette entreprise ne l'avaient pleinement justifiée. Lorsque cette bonne
Mère et la fit, elle voyait des secours qui paraissaient certains, et les matériaux étaient
à bon compte, en sorte que si on n’avait pas bâti alors, jamais on ne l'aurait pu faire.
Les dots des sujets qu'elle reçue secondèrent son zèle, cependant elle n'eut pas le
plaisir de voir le commencement de son oeuvre avant sa déposition.
Election de la Mère Madelaine Angélique Tomassin 1670.
En 1670, nous élûmes notre Très Honorée Mère Madelaine Angélique
Tomassin, professe de notre Monastère du Faubourg Saint-Jacques à Paris. Elle fut
jugée à propos par Messieurs nos Supérieures, qu'on profita de cette occasion pour
envoyer à Paris deux Religieuses des plus capables et des plus entendues aux affaires
de la Communauté, afin de conférer et de prendre l’avis de personnes intelligentes,
sur les mesures qu'il y avait à prendre pour un procès considérable que l'on nous
suscitait. On choisit nos Très Honorées Soeurs Françoise Catherine de Moncels et
Claude Marie Garlier, qui partirent le 27 mai 1670. Elles s'acquittèrent dignement de
leur commission, et reçurent dans nos chères Maisons de Paris mille témoignages de
bonté ; puis elles revinrent à Metz, amenant notre nouvelle Mère qui était attendue
avec une grande impatience. Comme elle était pourvue de tous les talents propres
pour la conduite, et qu'elle avait un très grand zèle pour tout ce qui concerne notre
Saint Institut, il lui fut facile de maintenir l'union qui régnait dans la Communauté,
ainsi que l'esprit de retraite que les tracas n'affaiblissaient pas.
Courage de nos Soeurs dans le bâtiment de l’église.
Elle poursuivit l'entreprise de notre église et fit célébrer la canonisation de
notre Saint Fondateur ; nous allons suivre pour ces deux grandes choses la relation
qui fut faite et imprimée à cette époque.
« De braves architectes italiens jetèrent les fondations de cet édifice et en
suivirent la construction ; c'est une chose merveilleusement surprenante et presque
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incroyable, combien l'affection et le courage de ces ferventes Religieuses, ont paru
grands pour l'érection de ce saint Temple, qu’elles destinaient à célébrer la gloire de
leur Saint Fondateur. Elles n'ont rien épargné pour ce travail ennuyeux par sa
longueur, et fatigant par les peines et les privations qu'il exigeait ; leurs biens, leurs
vies mêmes ne leur semblaient rien à l'égard d'un si noble dessein. Elles s'immolaient
agréablement à leur Dieu, portant à l'envi l'une de l'autre, avec un courage non moins
invincible que généreux, les pierres, la chaux, le sable et le plâtre. Trois ans
s'écoulèrent ainsi, pendant lesquelles elles voyaient ce bâtiment s'élever, comme un
sacrifice, non seulement de leurs corps, mais beaucoup plus de leurs coeurs qu'elles
présentaient incessamment à leur Epoux céleste. Elles eurent enfin la consolation de
le voir achevé dans le mois de janvier 1672 ; Monsieur le Roux, Chanoine de la
Cathédrale, Grand Vicaire et Père Spirituel du Monastère, en fit la bénédiction le 25
de ce mois, assisté du Confesseur de la Maison et d'autres ecclésiastiques.
Le coeur de ses chastes colombes était rempli d'allégresse, et les portait à unir la
solennité de la canonisation à la propre fête de Saint François de Sales, mais l'Autel
n'étant qu'à demi élevé, il fallut suspendre leur pieux empressement. La Très Honorée
Mère laissa le soin et l'intendance de cet ouvrage, à la vigilance de la Soeur Assistante
Françoise Catherine de Moncels, dont le zèle se signala admirablement en cette
rencontre. Tout l'ouvrage fut terminé à la fin d'avril, et fit l'étonnement de toute la
ville par sa beauté, et la rareté de sa forme moderne, en voici la description.
Description de l’église.
Une vaste porte à la rustique, orné des armes de la maison, entre ces frontons
d'ordre dorique, qui regarde une des plus belles rues de la ville, donne entrée à une
petite cour, par laquelle on aborde obliquement au Monastère, et directement à
l'église, dont la porte du même ordre que la première, est rehaussée de deux grandes
marches, entourée de quatre colonnes de huit pieds de haut, soutenues de leurs
piédestaux, couronnées de chapiteaux, architraves, frises, corniches et frontons, au
milieu desquelles s'élève une croix de cinq pieds, qui semble avoir pour couronne un
oeil de boeuf, environné de deux grandes fenêtres carrées, avec corniches et frontons
comme le reste du portail, duquel on passe à l'église. Elle est toute d'ordre ionique et
rappelle le calvaire étant en forme de Croix, dont la nef fait le long ; le dôme la
couronne ; le derrière de l'Autel, la haute extrémité, et les collatéraux de part et
d'autre, un peu enfoncés, en font la croisée. Cette nef et d'une étendue de 46 pieds du
Roi, élevée de 34 élargie de 24. Quatre grands piédestaux, bien délicatement
travaillés, soutiennent les pilastres, qui soutiennent l'architrave, les frises et corniches
qui règnent tout autour de l'église, au dessus desquelles posent les arrachements de la
voûte, qui contient de vives arêtes à la moderne. Quatre grands jours, deux de chaque
côté, l'éclairent parfaitement sans y comprendre ceux du portail. Le presbytère est
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borné d'une balustrade considérable pour sa matière, forme et figure, pendant que les
deux bouts s'avancent en long dans la nef, et s'arrêtent également aux deux premiers
pilastres, auprès desquels il y a entrée de part et d'autre qui répond aux deux Autels
collatéraux ; sans celle du milieu qui donne droit au Maître-Autel. La matière et la
forme de celle-là sont de marbre bâtard tourné avec étude et artifice, élevé de trois
pieds et ornés de corniches. Quatre doubles pilastres, ornés de leurs chapiteaux,
enveloppent le sanctuaire qui est couronné d'un dôme fort élevé fait à la romaine
éclairé de huit jours qui donnent une clarté merveilleuse. Il est enrichi d'une corniche
à la corinthienne, les trumeaux d'entre ces jours sont remplis des figures des quatre
Évangélistes, et le fond en haut est occupé par un tableau du Père Éternel, qui d'une
main soutenant le monde, étend l'autre si naturellement, qu'à le voir on dirait qu'Il
montre au doigt, et veut faire entendre à tous ceux qui l’envisagent, que cette église
est le lieu de ses amours et de ses complaisances. Ce tableau est fait en rondeur de
trois pieds en diamètre, avec un grand ouvrage peint en feuillage d'azur et jaune doré,
duquel sortent en forme de croix de grandes mauresques, qui jettent les unes des
flammes, les autres de gros bouquets de fleurs, au défaut ou bord desquelles sont
quatre Chérubins, qui soutiennent de grands festons de fleurs et de fruits, qui se
tiennent tous ensemble par de grands rubans incarnats et bleus, dont tout le vide est
agréablement bien rempli.
La croisée de la Croix, que l'église représente, porte les deux bras aux deux côtés du
Maître-Autel : ils sont voûtés en forme de coquille, aussi bien que la haute extrémité
de ladite Croix, que fait la Sacristie dont nous parlerons plus tard. Du côté de
l'Évangile est la Chapelle de la Visitation auprès de la grille du choeur, qui perce en
demi rond un ovale dans l'intérieur. Elle est surmontée d'une autre grille, d’une forme
et grandeur approchant de celle-ci pour l'infirmerie. Du côté de l'Épître est la
Chapelle de Saint-François de Sales, éclairée d'un jour semblable à ceux de la nef. Au
milieu de ces deux chapelles paraît éminemment et majestueusement le Maître-Autel,
un peu plus enfoncé entre les deux plus éminents pilastres du dôme qui lui sert d'un
dais ou couronne merveilleusement éclatante. Il est rehaussé de quatre marches bien
amples, et qui l’environnent avantageusement : elles sont aussi bien que le plafond,
d'une pierre très rare et belle, rendu semblable au marbre jaspé, par le travail et la
sueur des Religieuses, qui par leurs soins et artifices lui en ont presque donné le
naturel, aussi bien qu'aux piédestaux, frontons, corniches, et au reste d'une table
d'Autel, qui est d'ordre corinthien, et travaillé avec tant d'adresse, de subtilité et de
succès qu'on peut dire avec vérité que c'est un chef-d'oeuvre, où l'art s'est épuisé pour
le rendre parfait.
Son dégagement donne la liberté d'en faire le tour, au moyen des portiques qui
donnent entrée de part et d'autre à la Sacristie, à la faveur des Apôtres Saint-Pierre et
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Saint-Paul, qui en donnent ou défendent l'entrée ; et il est appuyé et enrichi de quatre
grandes colonnes de marbre noir, hautes de huit pieds sept pouces, soutenues de leurs
bases et couronnées de leurs chapiteaux. Rien de plus propre et de plus modeste que
la Sacristie qui occupe tout le derrière de l'Autel ; elle prend un jour assez élevé et
considérable, à l'extrémité d'un Jubé agréable qui découvre toute l'église par-dessus
les portiques et qui pour ne la découvrir qu'à moitié en long, lui laisse encore prendre
bonne part à de grands jours pareils à ceux de la nef dont il est éclairé.
Voilà en gros la forme de cette belle église qui reçoit beaucoup d'agrément
d'une couleur de chair dont toutes les corniches, tant du dôme que de la nef, les
pilastres, les chapiteaux, frises et architraves ainsi que le tour de la grande porte de
l'église, des fenêtres, des deux grilles, des arcades et cadres des tableaux du dôme
avec les arrachements sont agréablement revêtues ; le reste étant très bien blanchi,
tant il est vrai que tout y attire les yeux et l'admiration d'un chacun. Venons
maintenant à la décoration.
Décoration de l’église.
Cette église, qui de sa nature était si richement embellie, ne demandait rien ce
semble, qui put la rendre plus magnifique pour la canonisation de Saint François de
Sales : le grand zèle néanmoins, qui ne peut souffrir de bornes, la fit encore enrichir
et parer de tout ce qui se pouvait souhaiter, en sorte qu'on ne peut en décrire que le
plus apparent. Au-dessus de la porte qui donne sur la rue, et qui était toute tapissée de
part et d'autre, étaient attachées les armes du Roi, au pied d'une petite Croix qui y
domine, et plus bas, au-dessous de la corniche, étaient celles de la maison, entourées
de guirlandes, de feuilles et de fleurs renouées de rubans, entre lesquelles était un
tableau du Saint à demi corps, tout environné de feuilles. Entrant en la cour, qui était
toute couverte de tapisseries et ornée de très beaux tableaux, se voyait au-dessus de
l'oeil-de-boeuf du portail un tableau du Saint gardé de ses armes, et un peu à côté des
deux fenêtres, étaient celles des papes Alexandre VII et Clément X, au milieu
desquelles était une Visitation de grandeur plus que médiocre, et qui resta derrière la
Croix, au bas de laquelle était un tableau de Saint François de Sales, orné de feuilles
et de rubans, et appuyé des armes de Monseigneur d'Aubusson de la Feuillade
Archevêque d'Embrun, notre illustre Prélat.
L'église à son abord ressentait si fort la Jérusalem céleste, par la suavité des
douces odeurs qu'une infinité de fleurs exhalait agréablement, et par les richesses en
brillants, tapisseries et tableaux qui l’ornaient de toutes parts, qu'il n'y avait point
d'imagination qui n'eu été frappée, ni de coeur qui n'en fut touché et ravi. Une riche
tapisserie de haute lice couvrait en longueur la nef de tous côtés, depuis la porte
jusqu'aux collatéraux ; et en hauteur, depuis les corniches jusqu'au pavé, qui est tout
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de belles pierres de taille. Huit grands tableaux à cadres dorés, bordaient de part et
d'autre tous les jours de la nef, et aux environs de la voûte, paraissaient une infinité
d'autres tableaux médiocres et petits, contigus l'un à l'autre. La chaire du prédicateur
dont je n'ai encore rien dit, est placée assez haut devant un pilastre du dôme, du côté
de l'Épître faisant face à la grille des Religieuses ; on n'y monte par douze degrés de
même pierre. Elle est de fer ouvragé, et travaillé à jour par des entrelacements de
« S », avec des roses et tulipes, non seulement dans son rond, mais encore tout le long
de l'escalier fort étendu, jusqu'au bout duquel elle descend. Le dessus qui est de
même étoffe et façon, est en forme de dôme, ou couronne impériale, fermé par un
gros bouquet de fleurs, et son circuit est encore orné de plusieurs autres fleurs très
bien faites. Tout ce fer est extrêmement bien doré, et pour lui donner un plus beau
lustre, on avait doublé le dedans de gaze d'argent, qui lui donnait un grand agrément.
Avançant un peu plus haut, le jour qui éclaire la Chapelle de ce côté, était environné
de deux grands tableaux fort riches ; de l'autre côté, auprès de la grille, il y en avait de
pareils, outre plusieurs autres qui ornaient la grille et se continuaient jusqu'au-dessus
des portiques.
Description d’un tableau de notre St Fondateur.
Le haut de l'Autel, qui attendait une figure de marbre, était occupé d'un beau
tableau médiocre du Saint environné d'Anges et de flambeaux d'argent, et les
corniches aux environs du dôme, était toutes chargées de paniers et bouquets de
fleurs, de flambeaux d'argent et de quantité de très beaux tableaux. La face du grand
Autel était remplie d'une très riche et magnifique table d'Autel, partie des mains d'un
excellent peintre de Paris ; elle représente Saint François de Sales à genoux, revêtu de
la chape, offrant les Règles et Constitutions de son Ordre à la Sainte Vierge, qui lui
apparaît assise sur une belle nuée, tenant son cher Fils debout sur ses genoux et
tendant la main pour recevoir le présent du Saint Fondateur. Un Autel paraît entre
deux, et trois Anges sont devant lui, deux desquels tiennent sa mitre, et l'autre sa
crosse. Il y a derrière un autre petit Ange qui le tire par la chape, et lui présente une
branche de grenades fleuries qui sont l'emblème de sa charité. Au-dessus de la tête du
Saint est un autre Ange qui tient un globe enflammé, et un peu à côté, devant Notre-
Dame, encore un Ange qui vient le couronner et lui offrir une branche de lys symbole
de sa chasteté. Cette table d'Autel, de neuf pieds de hauteur et de six de largeur, est
enrichie d'une bordure parfaitement belle : elle est large de 12 pouces, relevée en
bosse de quatre pouces, par une grosse tige qui règne tout autour dans le milieu du
cadre, étant toute couverte et parsemée de roses et de feuilles de chêne liées
ensemble. Le reste du cadre est aussi ouvragé de feuillages et cordelleries, le tout si
parfaitement bien doré, d'or de ducat, que l'on admire autant la dorure que l'ouvrage :
en un mot c'est le plus beau qu'on ait encore vu dans le pays. Au pied est placé le
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Tabernacle, haut d'environ cinq pieds, tenant presque toute la largeur de l'Autel ; il est
façonné et couvert de petites têtes de Chérubins, de roses, de fleurs, de festons, de
fruits, relevés en bosse, dorés comme le cadre, par le soin et l'adresse des Religieuses,
qui ont aussi fait toute la dorure de l'église. Le Tabernacle supportait le trône où
reposait le très Saint-Sacrement. Il était d'argent, haut d'environ deux pieds, travaillé
à jour et parfaitement ciselé ; quatre piliers ciselés soutenaient une forme de dôme ou
couronne faite à l'impériale, fermée par trois fleurs de lys, et bornée d'une petite
pomme percée d'une Croix. Le fonds de ce trône était ciselé comme le reste et
travaillé à jour ; tout au fond était une glace qui faisait un très bel effet ; enfin il était
orné de fleurs de lys et d'autres jolis ouvrages qui le faisaient admirer.
L'ostensoir était d'une hauteur plus qu'ordinaire, tout parsemé de pierreries, qui
éclataient sur l'or dont il était couvert ; il jetait un grand nombre de rayons qui
portaient quantité de pierres précieuses, dont il recevait un brillant merveilleux. C'est
une pièce dont la beauté, l'éclat et la rareté attiraient tous les yeux, qui de l'admiration
portaient tous les coeurs au respect et à l'adoration pour le Sacrement d'Amour qu'il
renfermait entre deux cristaux garnis de perles fines. C'est ce qui a paru de plus
magnifique, et ce qu’on a le plus admiré en cette solennité, pour laquelle il avait été
fait spécialement.
L'Autel était chargé et le tabernacle entouré d'une infinité de très beaux vases
d'argent de toutes grandeurs, remplis de fleurs naturelles et artificielles. Il y avait
aussi grand nombre de chandeliers d'argent, dont le lustre et la lumière confusément
mêlés à l'éclat et à la lueur du grand tableau et du tabernacle, faisait paraître l'Autel
tout en feu, de sorte que Saint François de Sales paraissait être au milieu de ces feux
célestes dont il fut autrefois miraculeusement environné.
Deux grands lustres, avec leur cadre de vermeil, leurs pendants d'argent, de
rubans et garnitures, remplissaient majestueusement la face des deux piédestaux, des
colonnes plus voisines de part et d'autre du Tabernacle, où ils paraissaient dans l'éclat
d'une grande beauté, comme des monuments riches et estimés de la bienveillance de
Monseigneur notre Évêque, qui en avait fait présent. Quantité de petits cadres
extrêmement beaux, faisait l'ornement des degrés du Tabernacle.
Les Autels des chapelles n'étaient pas moins richement ornés, et il faut mesurer
la magnificence de leur décoration à celle du maître-Autel, pour la proportion qui y
était ; des chandeliers d'argent, des vases et des tableaux, environnaient fort
régulièrement de petits reliquaires pleins de Reliques précieuses de Saint François de
Sales, Qu’on voyait exposer sur des trônes tout bordés de fleurs, qui s’élevaient
jusqu'au pied des tableaux du retable et servaient de Tabernacle.
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Il serait trop long d'entreprendre le détail de toutes les pièces rares dont ils
étaient ornés ; on peut s'en former une idée en sachant que rien ne manquait à leur
décoration. J'ajouterai cependant que cinq grosses lampes d'argent, parfaitement bien
travaillées, dont deux éclairaient les petits Autels, et les trois autres pendaient devant
le sanctuaire de l'extrémité du dôme qui borne la voûte, faisaient une espèce d'ovale,
fort bien proportionné, qui semblait couronner tout le magnifique appareil du
sanctuaire. Je n'ose non plus passer sous silence une infinité de belles plaques, et de
bénitiers d'argent, qui entouraient, avec plus de profusion que de confusion, les
Autels et l'église.
Quoique les Autels ne manquassent pas de beaux et riches ornements de toutes
couleurs pour les jours solennels, on n'en fit néanmoins de plus magnifique pour la
solennité, et chaque jour de l'Octave on en vit de nouveaux qui, enchérissant l'un sur
l'autre, frappaient d'étonnement ceux qui les considéraient, et faisaient admirer
l'adresse et l'habilité des Religieuses, qui s'étaient appliquées à ce pieux ouvrage.
Après avoir dépeint l'appareil de la fête il est temps d'en rapporter la pompe et
les cérémonies.
Le premier mai, dimanche du bon Pasteur, fut choisi pour cette fête, afin de se
conformer au temps où cette canonisation avait été célébrée à Rome, et en plusieurs
Monastères de l'Institut.
Ouverture de la solennité
Dès la veille, à midi toutes les cloches des treize paroisses de la ville
annoncèrent le commencement de cette fête, et excitèrent le zèle des bons chrétiens à
la célébrer, selon l'instruction qui leur avait été faite à ce sujet le dimanche précédent
au sermon de la cathédrale.
À l'heure des vêpres, Monseigneur d'Aubusson de la Feuillade Archevêque
d'Embrun, et notre digne Prélat, s'étant transporté au Monastère de la Visitation avec
un zèle d'amour qui paraissait sur son visage, fut reçu à la porte de l'église par M. le
Roux, Chanoine de la cathédrale, grand Vicaire et Père Spirituel de la maison, assisté
de M. le Curé de St Maximin, sur la Paroisse duquel le Monastère est établi, et de
cinq ou six autres prêtres. Monseigneur ayant reçu l'eau bénite que lui présenta le
Père Spirituel, fut conduit au pied du Maître-Autel où il s'agenouilla. Après quelques
temps d'adoration, et d'instantes prières à la divine Majesté, pour lui demander, avec
non moins d'humilité que d'empressement, la grâce de bien commencer cette
solennité, il fut environné du chapitre de la cathédrale, dont chacun admira le zèle, la
rare modestie et la piété, ainsi que son exactitude à se rendre à l'église du Monastère à
l'heure marquée. Monseigneur entonna ensuite le Veni Creator, qui fut poursuivi par
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l'excellente musique de la cathédrale, qui passe pour être une des meilleures de
France, puis sa Grandeur, ayant reçu sa chape de Messieurs ces Aumôniers, exposa le
très Saint-Sacrement au son des orgues, des trompettes, des hautbois et de la
musique, qui faisait entendre un motet des plus agréables. Ensuite sa grandeur se
rendit avec une gravité majestueuse, au trône qu'on lui avait élevé entre l'Autel de la
chapelle Saint François de Sales et la chaire du prédicateur, vis-à-vis la grille des
Religieuses. Là, ce grand Prélat commença pontificalement les Vêpres, la musique
les poursuivit ainsi que les complies, qui furent suivis de plusieurs beaux motets,
après lesquels les dévotions de ce jour furent terminées par la bénédiction du très
Saint-Sacrement. Toutes les cloches de la ville se firent alors entendre jusqu'à 9
heures du soir pour préparer chacun à célébrer la grande fête du jour suivant.
Le Dimanche, 1er jour de la fête.
Dès l'aurore, elles recommencèrent leur carillon non seulement dans toute la
ville, mais encore dans le voisinage afin d'exciter de bonheur la piété des fidèles. Sur
les 7 heures Mutte sonna : c'est une des belles et précieuses cloches du monde, dont la
majesté n'éclate que par la force unie de 24 hommes, qui n'annonce jamais que des
choses de conséquence et publiques. Elle se fit entendre à diverses reprises, surtout au
commencement et pendant la Procession générale qui se fit sur les 9 heures. On n'y
vit réunit Messieurs les Vicaires et Curés, Messieurs de la Collégiale de Saint
Thiebault, suivi de Messieurs de la Collégiale de Saint-Sauveur, de Messieurs du
Chapitre, et dignitaires de l'insigne Cathédrale, conduits et animés par leur digne chef
et Prélat qui présidait en habits Pontificaux, avec une gravité qui inspirait le respect et
la dévotion à tout le peuple, dont la foule était sous confusion, ayant en tête
Messieurs du Parlement, du Bailliage et du corps de ville.
On avait préparé de bonne heure deux beaux étendards, qui représentaient les
victoires signalées de Saint François de Sales ; sur la mort, par une résurrection, et sur
l'enfer par son triomphe sur les hérétiques ; l'un était destiné à la cathédrale, où il est
exposé, et l'autre à l'église des Religieuses, où il est également élevé. Celui-ci fut
porté dès le matin à la cathédrale, pour être ensuite porté pendant la procession
générale. Les Révérends Pères Minimes s'étaient disposés à cet honneur, que les
religieuses avaient voulu leur faire, en reconnaissance des bienfaits et des grâces
spirituelles qu'elles en recevaient soit pour leurs messes, soit pour les confessions ;
mais Messieurs de la Cathédrale, n'ayant pu souffrir aucun mélange parmi eux ni
dans le clergé, donnèrent cette glorieuse commission à un de leurs Officiers qui s'en
acquitta dignement. Les canons de la citadelle et des remparts de la ville, saluèrent
l'étendard, à sa sortie de la Cathédrale, par quantité de décharges, qui augmentèrent la
joie de cette fête.
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À l'entrée de la procession dans l'église de la Visitation, on éleva le grand
étendard en haut du dôme à fleur de la voûte, afin qu'il fut vu d'un chacun, sans nuire
à l'Autel dont il ne dérobe nullement l'éclat à la vue du peuple. Aussitôt, Monseigneur
entonna le Te Deum, qui fut suivi très mélodieusement et dévotement par la musique.
Ensuite Messieurs les Archidiacres et dignitaires de la Cathédrale, s'habillèrent pour
officiers à la grand-messe, qui fut célébrée pontificalement par notre digne Prélat.
Puis ses Messieurs retournèrent processionnellement, tout glorieux de l'étendard
qu'on leur offrit à leur départ, comme un monument de la reconnaissance de la
Communauté. Ils le reçurent affectueusement et l’unirent à leur croix, pour montrer
qu'ils se mettaient tous sous la protection de Saint François de Sales.
Les parements de ce jour aux trois Autels, étaient de satin blanc en broderie
d'or et de perles, avec des bouquets en soie parfaitement bien travaillés au naturel. On
y voyait pour dessin des palmes d'or en ovale, qui environnaient richement les
bouquets de soie ; au milieu des devants d'Autels était une grande croix, d'où
sortaient quatre bouquets de fleurs tendant aux quatre extrémités des coins, et entre
chaque bouquet de grands rayons d'or. La chasuble extrêmement riche, était de
mêmes broderies, ainsi que le reste de l'ornement, qui servit alors pour la première
fois, et seulement à la messe solennelle. Pour les autres messes, il y avait trois
chasubles de satin blanc, l'une en broderies, et les deux autres garnis d'une grande
dentelle avec des passements d'or. Les chapes est uniques été de damas blanc, avec
des passements de drap d'or à feuillage d'argent, qui marquait, par les armes de
Monseigneur, la libéralité de sa Grandeur, qui en a fait présent à la Cathédrale ; et
Messieurs les chanoines eurent la bonté de les prêter à la Visitation pour le service de
toute l'Octave.
La Messe solennelle achevée avec une grande magnificence et majesté,
Monseigneur, revêtu de ses habits Pontificaux, reçu une abjuration d'hérésie, ce qui
augmente à la pompe et la joie de la solennité, ainsi que la gloire accidentelle de Saint
François de Sales, qu'on peut, aussi bien après sa mort que pendant sa vie, nommé le
grand triomphateur de l'hérésie. Ce grand Saint après l'avoir si courageusement
combattu, et si heureusement abattu dans son diocèse par la conversion de plus de
70 000 âmes, la combat encore aussi victorieusement, quoique moins sensiblement,
par la lumière salutaire qu'il obtient de Dieu à une infinité de pauvres aveugles, pour
les retirer des ténèbres de la mort, ce qui fit croire pieusement que son intercession
obtint le salut de ce nouveau converti, qui peut-être sans les grâces que Dieu avait
attachées à cette solennité se serait misérablement perdu.
Vêpres et complies furent chantés solennellement en musique comme la grandmesse,
ainsi que la bénédiction du très Saint-Sacrement par laquelle Monseigneur
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termina cette belle dévotion. Elle fut précédée de plusieurs beaux motets chantés à
trois coeurs : l'orgue faisait le premier ; les trompettes, hautbois et autre instruments
faisaient le second, et la musique le troisième ; le tout avec une mélodie si douce et si
agréable, que les nombreux dévots du Saint se retirèrent pleinement satisfaits et
remplis de consolation, n'ayant jamais rien vu de si solennel, ni rien entendu de si
mélodieux.
Notre grand Prélat qui avait fait les honneurs de la célébrité, quant à ces
cérémonies, en fit encore la gloire par son éloquence ; comptant pour rien les fatigues
qu'il avait essuyées à la procession, à la grand-messe, et aux autres exercices de piété
de ce jour, monta, rempli d'un zèle plein de feu dans la chaire de vérité, pour y faire à
l'issue des vêpres, l'ouverture des panégyriques du grand Évêque de Genève. Il ouvrit
son discours par ces belles paroles du prophète : Zelus domus tuae comedit me. Ce
digne Prélat donna l'essor à sa ferveur en exaltant le zèle de Saint François de Sales,
montrant que comme le zèle et l'amour de ce Saint pour le salut des âmes, avait été le
caractère principal de sa vie, ils devaient être aussi la matière de son éloge. Il le
divisa en deux parties, dans lesquelles après avoir déduit subtilement le beau feu dont
Saint François de Sales a toujours brûlé pour un si noble sujet, il s'arrêta
particulièrement à faire voir les effets signalés par lesquelles il a principalement
éclaté avec ardeur. Ce qu'il fit pour gagner les âmes à Jésus-Christ dans le temps de
son sacerdoce composa sa première partie ; dans la seconde, il montra ses grands
embrasements dans le temps de son épiscopat. Jamais un dessein si juste ne fut
prouvé avec plus de force, traité avec plus de doctrine, énoncé avec des expressions
plus ardentes et entraînantes, accompagné de geste mieux parlant, ni orné d'une
élégance plus majestueuse et apostolique. Sa Grandeur paraissait si enflammée,
qu'elle ne donnait pas seulement l'idée du zèle de Saint François de Sales, mais en
paraissait une expression fidèle, dont les étincelles pénétraient secrètement, et
embrasaient sensiblement tous les coeurs.
Second jour de l’Octave.
Comme Messieurs de la cathédrale avaient eu avec que justice les premiers
honneurs de la célébrité en officiant le premier jour avec notre digne Prélat,
Messieurs de l'une et de l'autre collégial, voulurent à leur tour donner au Monastère
des marques de leur bienveillance, et signaler leur dévotion à Saint François de Sales.
Messieurs de Saint-Sauveur qui sont les premiers, occupèrent le second jour de la
solennité qu'ils rendirent très célèbre. À cet effet et se trouvèrent tous en corps le
lundi sur les neuf heures du matin, dans l'église de la Visitation. M. le curé de St
Maximin, sur la paroisse duquel est le Monastère, voulut bien faire sonner ses cloches
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toute l'Octave pour les différents exercices : le matin à cinq heures pour exposer le
très Saint-Sacrement ; à neuf heures pour la sainte Messe ; à midi pour la solennité ; à
trois heures pour les Vêpres, pendant lesquelles on sonnait le sermon, Complies et la
Bénédiction ; et enfin le soir sur les huit ou neuf heures, pour faire éclater davantage
la célébrité. La petite cloche du Monastère était trop faible pour une si grande fête ;
d'ailleurs elle était assez occupée à sonner les offices et les Messes qui se disaient
tous les jours en très grand nombre.
Revenons à Messieurs de Saint-Sauveur, M. le Doyen célébra solennellement
la sainte Messe, assisté de ses officiers, tant pour l'Autel que pour le choeur, ou
pupitre ; l'après dîner, après avoir chanté Vêpres et Complies, il donna la bénédiction
du très Saint-Sacrement.
Les parements de ce jour pour les trois Autels, était de brocard à fond d'argent,
avec de petites fleurs d'or et de soie de diverses couleurs. Les chasubles et voiles de
calices étaient de même, garnis de dentelles d'argent, haute de quatre doigts ; au
milieu du parement du grand Autel était une grande Croix faite avec la même
dentelle : au fond était un portrait précieux de Saint François de Sales, à demi corps
comme en bosse, tout en broderie, travaillé au naturel, qui faisait la beauté de
l'ornement, aussi bien que l'admiration d'un chacun.
Troisième jour de l’Octave.
Le mardi, les Autels étaient richement ornés de parement d'un velours à la
turque parfaitement beau ; le fonds était blanc à grands feuillages incarnats et
pourpre, garni d'un large passement d'or. Les chasubles et voiles de Calice, étaient
semblables à ceux du jour précédent, allant très bien avec l'ornement d'Autel.
Messieurs de Saint Thiébault officièrent ce jour-là comme Messieurs de Saint-
Sauveur avait fait la veille ; et s’il y eut quelque chose de particulier, c'est qu'ils
voulurent enchérir sur leur dévotion ; sortant de leur église en corps revêtus du surplis
et de l’aumuse, pour venir le matin et le soir processionnellement à l'église du
Monastère. Les hymnes qu'ils chantaient le long du chemin, excitaient le peuple à la
ferveur, et attiraient à leur suite une foule de monde.
Quatrième jour de l’Octave.
Le mercredi, les parements d'Autel étaient de brocatelle à fond d'or, avec de
grands ramages blancs ; les chasubles et voiles de calices de même, le tout garni
d'une grande dentelle d'argent, et l'écharpe de moire d'or : il a servi toute l'Octave
avec celle en broderie pour les Bénédictions. Messieurs les curés des quatre
premières paroisses de la ville, avec leur clergé, vinrent ce jour matin et soir en
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procession, pour faire l'Office solennel. M. Roux Archiprêtre et Curé de Saint
Euchaire, officia et donna la Bénédiction du Saint-Sacrement.
Cinquième jour de l’Octave.
M. Lignière, curé de St Maximin, eut le jour du jeudi ; il sortit
processionnellement de sa paroisse, assisté de quatre de Messieurs ses confrères et de
leur clergé, pour venir rendre leurs hommages à Saint François de Sales et témoigner
leur dévotion. Les Autels étaient parés ce jour là de brocard d'argent avec des fleurs
et dessins incarnats, garnis comme le parement précédent. Les chasubles et voiles de
calices étaient de même : on gratifia néanmoins M. le curé de St Maximin, qui
officiait, de la belle chasuble en broderie qui avait servi le premier jour, pour lui
marquer la gratitude des Religieuses, qu’il honorait de sa bienveillance, comme les
plus nobles et meilleures paroissiennes.
Sixième jour de l’Octave.
Comme le vendredi nous rappelle, par l'abstinence, la Passion de notre divin
Sauveur, on para les Autels de satin violet, brodé d'or, d'argent et de soie. Les
chasubles étaient de drap d'or, de brocard d'argent, et de velours à la turque à fond
d'argent. Quatre autres de Messieurs les Curés, virent en procession de fort loin pour
faire le service divin, où M. Urbain, curé de Sainte Ségolène présida tout le jour.
Septième jour de l’Octave.
Le samedi, septième jour de l'Octave, les parements d'Autel étaient blancs de
turque d'argent, plissée à pointe de diamants, ce qui faisait un effet rare et très
agréable ; ils étaient tous garnis de dentelle or et argent. Les chasubles étaient de toile
d'argent, et de satin blanc, garnies de même que les parements. M. Jean Lagny,
Chanoine de l'Église Royale et Collégial de Notre-Dame de Vaucouleurs, et
confesseur de la Communauté, officia pour la Messe, avec la belle chasuble. Comme
il ne pouvait légitimement refuser cet honneur, il fut obligé de recourir à Messieurs
les ecclésiastiques ses amis, qui le secondèrent avec une ardeur extraordinaire. Les
Vêpres de ce jour furent chantées solennellement en musique, ainsi que les Complies.
M. Roux, Père spirituel de la maison y officia, assisté de tous les Curés de la ville.
Dernier jour de l’Octave.
Le dimanche, qui terminait l'Octave, il célébra de même la Messe, Vêpres et
Complies en musique, avec Messieurs les curés. Ensuite on chanta le Te Deum, aussi
en musique ; puis, pour couronner la solennité, Monseigneur qui en avait fait
l'ouverture, en fit aussi la clôture revêtu Pontificalement, par la bénédiction du Saint-
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Sacrement. Les parements et ornements d'Autel de ce jour étaient les mêmes que le
premier, afin de finir la solennité comme on l'avait commencée.
Si le zèle et la piété du Prélat et du clergé de Metz, se sont signalés pour
célébrer l'éminente sainteté d'un Prélat qui honora la France de ses prédications, la
dévotion du peuple y a parfaitement répondu. Il était touchant de voir l'abord des
fidèles à la Visitation ; tous les jours, du matin au soir, ce n'était qu'une influence
continuelle des peuples, qui y accouraient de toutes parts comme en procession ; les
rues étaient sans cesse pleines de monde, et l'on peut dire avec vérité, que toute la
ville, et même tous les villages voisins ont été émus de dévotion. On en vit des
marques sensibles aux Messes, qui se disaient tous les jours en grand nombre ; toute
l'église était remplie d'assistance, qui communiait si fréquemment, que pendant
l'Octave, les communions sont montées à plus de six mille. Vêpres, le sermon,
Complies et surtout la Bénédiction, attiraient une telle affluence de monde que l'on se
pressait jusque dans la rue, d’où l'on pouvait découvrir l'Autel qui est en face.
Nous n'entrerons pas dans le détail de tous les sermons de l'Octave, mais nous
dirons qu'ils excitaient puissamment la dévotion des fidèles, dont on peut juger par ce
que nous avons dit de leur zèle à y assister. Mgr d'Aubusson de la Feuillade,
Archevêque d'Embrun, notre illustre Prélat, donna l'exemple de cette assiduité, ayant
honoré de sa présence presque tous les panégyriques de la célébrité. On vit même des
hérétiques se mêler dans la foule des vrais chrétiens ; mais il est à craindre qu'ils
n'aient été poussés que par la curiosité, aucun ne s'étant converti.
Travaux de nos Soeurs pour cette solennité.
L'humilité de la Supérieure et de la Communauté, dit toujours l'auteur de la
relation, m'ayant ôté le pouvoir de parler comme je l'aurais désiré, des peines qu'ils
ont prises pour donner plus d'éclat à cette fête, il m’est seulement permis de dire, que
toutes ont mêlé leurs sueurs dans les fatigues communes que le bâtiment de l'église
leur a coûté. Depuis la dernière Novice, malgré la tendresse de leur âge et la
délicatesse de leur complexion, jusqu'à la Supérieure, qui était toujours la première
partout avec un zèle admirable, et dont l'humilité éclatait, non pas tant dans les
emplois communs, que dans les plus viles, difficiles et capables de rebuter, toutes
faisaient éclater leur ardeur pour l'honneur de Dieu et de son Saint. Ces chères Soeurs
furent obligées de se séparer en bandes, pour faire ce à quoi elles étaient plus propres
pour la décoration du temple du Seigneur ; les unes s'employaient à la peinture et
dorure, où elles ont parfaitement réussi ; les autres sacrifiaient tout leur temps à la
broderie, à dessein d'enrichir la sacristie de ces ornements somptueux, qu'on a admiré
avec raison pendant la solennité, presque tout le génie de l'art y était renfermé.
Celles-ci s'appliquaient à la miniature, celles-là aux bouquets de fleurs artificielles,
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où elles ont fait paraître leur adresse, aussi bien que d'autres à la tapisserie. Enfin il y
en eut qui employèrent leurs forces à frotter, polir et accommoder les pierres, pour
leur donner le lustre qui semble les métamorphoser en marbre gris, dont le rapport et
la ressemblance trompent les plus clairvoyants : de sorte qu'elles ont toutes mis la
main à l'oeuvre pour l'appareil de la solennité, et eussent sans doute été accablées par
la fatigue, si le secours du Ciel, et l'amour du triomphe de tout, ne les avaient
soutenues. Je citerai particulièrement les sacristines, qui ne prenaient leur repas et le
repos qu'à la dérobée, étant obligées d'employer une partie de la nuit à orner les
Autels, dont chaque jour elles changeaient les parements, et d'être dès la pointe du
jour continuellement sur pied, pour donner les ornements aux prêtres, qui célébraient
sans cesse aux trois Autels. Elles ont si généralement satisfait à la dévotion de tous
par leur diligence et leur politesse, qu'il ne s'en est pas trouvé un seul qui ne se soit
retiré très satisfait et très édifié.
Affaire pénible avec un Curé.
Reprenons la suite de notre histoire. À cette époque, nous eûmes de pénibles
affaires, au sujet d'un peu de biens de campagne que nous possédions depuis
longtemps ; elles nous vinrent surtout d'un Curé, qui voulait nous ôter et faire perdre
des dîmes qui nous appartenaient, et dont nous avions de bons titres, ainsi que ceux
de notre acquisition. Il commença par de grandes menaces contre ceux qui oseraient
lever nos dîmes, ne promettant rien moins que de leur rompre bras ou jambes. Ces
menaces nous obligèrent de prendre conseil sur ce que nous devions faire en cette
circonstance. On pria un bon vieux gentilhomme de nos amis de se trouver au lieu de
la moisson, espérant que sa présence empêcherait qu'il y eut du désordre, nous le
fîmes accompagner d'un avocat, afin qu'en cas de malheur, il en rapportât acte et
procès-verbal. Le Curé s'y trouva aussi, armé secrètement d'une serpe à couper le
bois ; lorsqu'il vit ces Messieurs, dont la présence lui déplaisait extrêmement, il les
querella beaucoup. Cependant notre Soeur Tourière se mit en devoir de lever les
dîmes ; le Curé la querella, et leva le bras pour la frapper de la serpe, qu'il avait tirée
de dessous sa soutane, et l’eut frappé, s'il n'eût été désarmé par un des moissonneurs.
Il donna plus de cinquante coups de pied et de poings à notre chère Tourière, qui
souffrit tout avec une grande patience, lui disant seulement avec une constance
admirable : « Monsieur, quand vous me devriez tuer, vous ne sauriez m'empêcher de
faire l'obéissance, et rendre mon devoir ». Elle leva ainsi généreusement toutes nos
dîmes. Le gentilhomme présent, se mit en devoir de la défendre, tout en faisant des
remontrances au Curé, qu'en essayant de le retenir. Il ne put en venir à bout, et reçut
lui-même un si furieux coup dans l'estomac, qu'il en cracha le sang. L'avocat fut
encore plus maltraité, et il dressa son procès-verbal d'autant plus savamment, qui
connaissait par expérience la pesanteur du bras du Curé. Nous portâmes nos plaintes
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à Monseigneur l’Archevêque d'Embrun, évêque de Metz, qui envoya son Official et
son Promoteur en informer. Les informations faites, la sentence fut rendue, et le Curé
condamné à permuter son bénéfice curial dans trois mois ; et à se rendre sous huit
jours à l'Évêché, pour recevoir la correction, et demander l'absolution de l'irrégularité
qu'il avait encourue en frappant une Soeur Tourière Professe, ainsi que des autres
excès qu'il avait commis. Il ne voulut pas se soumettre à la sentence de l'Official, et
en appela comme abus au Parlement de Metz. Il y fut de nouveau condamné comme
d'un appel nul, ni ayant point d'abus. Cependant, ne voulant pas encore se soumettre,
il en appela à Trèves, Métropole de Metz ; là il fut fort blâmé d'avoir eu recours à la
justice séculière, et renvoyé par devant ses propres supérieurs à Metz, qui le
renvoyèrent à Trèves. Enfin, par la cinquième et définitive sentence, il fut condamné
à permuter son bénéfice, et obligé d'aller à Rome, recevoir l'absolution de son
irrégularité, d'avoir frappé une personne consacrée à Dieu par les voeux de chasteté
d'obéissance. Ainsi il a été jugé dans les tribunaux de Trèves, de Metz et du
Parlement, que ce n'est pas un moindre mal de frapper une de nos Soeurs Tourières
professe, que de frapper un Prêtre. Toute cette affaire fut poursuivie et sollicitée par
notre autre Soeur Tourière, pour sa campagne, qui fit pour ce sujet trois ou quatre
voyages à Trèves, d'où elle revint presque allemande.
Départ de la Soeur Déposée.
Le triennal de notre Très Honorée Mère Madeleine Angélique Tomassin
approchant de sa fin, elle nous marqua, et fit savoir à son Monastère du Faubourg
Saint-Jacques à Paris, qu'attendu les infirmités dont elle avait été atteinte en ce pays,
il paraissait que Dieu ne demandait pas d'elle un plus long service. D'après cet
exposé, elle reçut son obédience qui nous empêcha de la réélire.
Élection de la Mère Françoise Catherine de Moncel 1673.
Nous fîmes élection, cette année 1673, de notre Très Honorée Mère Françoise
Catherine de Moncel, elle eut besoin de toute la force d'esprit, de la vertu, et de la
grande capacité dont Dieu l’avait doué, pour se soutenir dans la perte d'un grand
procès, qui faillit causer la ruine totale de notre maison. Cette digne Supérieure fit
tout ce qui dépendait d’elle pour trouver des moyens d'accommodement.
La Mère et la déposée sont forcées d’aller à Paris.
Elle éprouva dans les secours charitables de l'Institut, et surtout dans les avis,
conseils et secours des Très Honorées Mères de nos Monastères de Paris, qui ayant
jugé qu'il était de nécessité indispensable qu'elle fit un voyage à Paris, il fallut s’y
déterminer, pour traiter les choses à l'amiable avec les parties intéressées.
Monseigneur lui donna l'obéissance de s'y rendre incessamment, accompagnée de
29
notre Très Honorée Soeur la déposé Jeanne Françoise de Cromont, leur donnant 30
pistoles pour fournir aux frais du voyage. Elles partirent le 12 septembre 1678, et
demeurèrent environ trois mois dans notre Monastère de la rue Saint-Antoine,
pendant lesquels fut conclu la grande affaire qui coûta à cette maison plus de 40 000
livres, qu’on fut obligé d'emprunter, et dont les intérêts nous firent longtemps gémir.
Procès qui ruine la Maison.
Cette grande affaire nous fut occasionnée par une personne qui n'avait eu autre
dessein que de nous faire du bien, et qui en voulant nous fonder nous a fondues.
C'était une dame, veuve d'un conseiller du Parlement de Metz, qui n'ayant pas
d'enfant désirait se retirer parmi nous en qualité de Bienfaitrice. Elle y demeurera
même quelque temps, mais ses affaires l'ayant obligée de faire un voyage à Paris, elle
y tomba malade et mourut. Par son testament, elle fit notre Communauté et sa
légataire universelle, ce que nous acceptâmes, par l’avis de nos supérieurs et des amis
de la maison, sans la précaution du bénéfice d'inventaire, ne croyant pas le bien de
cette dame embarrassé. Le bien qui nous avait été légué formait 90 000 livres ; mais il
consistait en des charges sujettes au paiement annuel du Polet, qui n'avait point été
payé, et ainsi les charges retournèrent aux parties casuelles, et notre Communauté en
qualité d'héritière pure et simple, condamnée à payer les dettes, et tous les legs portés
par le testament. On nous laissa notre recours aux biens de la dame ; mais comme
c'était des charges financées dans les coffres du Roi, qui se sont trouvées supprimées,
nous avons plaidé pendant 20 ans sans pouvoir rien recouvrer.
On demande la Mère Marie Aimée Blaise pour le Monastère de
Teyrargue.
Pendant que notre Très Honorée Mère Françoise Catherine de Moncel était à
Paris, Mlle la marquise de Portes demanda à la Très Honorée Mère Marie-Thérèse
Amelot, Supérieure de notre Monastère du faubourg Saint-Jacques, une Supérieure
pour la petite Communauté de la Visitation qu'elle avait fondée dans son château de
Teyrargue. Cette bonne Mère saisit cette occasion pour décharger notre Communauté
de quelques Religieuses, et demanda à notre chère Mère notre Très Honorée Soeur
Marie Aimée Blaise avec une compagne. Quoique cette proposition parut devoir faire
plaisir dans la situation où nous réduisait la perte de notre procès, le bon coeur de
notre Mère Françoise Catherine de Moncel fut ému quand on la lui fit ; mais le
respect dû aux intentions de notre Saint Fondateur, et la considération particulière
qu'on devait à Mlle de Portes, la fit consentir à souffrir l'éloignement d'une de ses
plus chères filles, à qui elle donna pour compagne notre chère Soeur Louise Aimée
Venant.
30
Elles sortirent de ce Monastère le 12 mars 1679, et, après un long et pénible
voyage, elles furent reçues en celui de Teyrargue avec de grandes démonstrations de
joie et de satisfaction. De son côté, cette nouvelle Mère eut beaucoup de consolation
dans le gouvernement de cette vertueuse Communauté, où le souci des choses
temporelles ne donnait aucune inquiétude à une Supérieure, l'illustre Fondatrice
s'étant chargée de ces soins extérieurs. Au bout de quelque temps, ont connu par
l'affaiblissement des forces et de la santé de notre chère Soeur Louise Aimée Venant,
que l'air de ce pays là lui était tout à fait contraire. Dès que nos supérieurs en furent
avertis, on lui envoya son obéissance de retour. Elle se mit en route, mais un fâcheux
cancer ne lui permit pas de passer Lyon, où elle mourut au Monastère de l’Auticaille
le 30 mai 1682. Elle y souffrit environ trois mois les douleurs de ce mal, avec une
patience aussi digne d'admiration que le fut la charité de la Très Honorée Mère Marie
Suzanne de Rians, et de ses chères filles, qui servirent et assistèrent notre chère Soeur
en tous ses besoins, comme une Religieuse de leur Communauté. Notre Monastère de
Bellecour voulu avoir part à cette charité, contribuant à la grande quantité de linge et
de drogue qui étaitaient nécessaires dans cette terrible maladie.
Le séjour de Teyrargue n'était guère plus convenable à la santé de la chère Mère
Marie Aimée Blaise ; cependant elle s'accoutuma à l'air, et y gouverna 12 ans en deux
fois. Lorsque, après la mort de Mlle de Portes, cette Communauté fut réunie à celle
du Pont Saint-Esprit, cette bonne Mère, qui était en charge, rentra avec une joie dans
le rang d'inférieure ; mais elle y resta peu, elle fut choisie à la nouvelle élection à la
satisfaction des deux Communautés.
Élection de la Mère Jeanne Marie de Foigny 1679.
Lors du voyage de notre Très Honorée Mère Françoise Catherine de Moncel à
Paris, elle avait laissé pour Assistante notre Très Honorée Soeur Jeanne Marie de
Foigny, âgée seulement de 30 ans. Cette jeune Assistante avait l'esprit vif, solide et
pénétrant ; sa sagesse, sa discrétion et sa prudence suppléaient à ce qui pouvait lui
manquer du côté de l'expérience ; elle gouverna la maison avec un applaudissement
universel, et jamais on ne connut mieux ce que nous devions en attendre pour la suite,
que dans cet essai des rares talents qu'elle avait pour la Supériorité. Elle y fut élevée
unanimement à l'Ascension de 1679.
Les commencements ne pouvaient que lui être difficiles vus le triste état où se
trouvait le temporel de la maison ; elle était accablée de dettes, sans autre ressource
que celle de la divine Providence, et les charitables secours que les Monastères de
notre Saint Institut lui fournirent. Elle n'oublia rien pour mettre les choses dans une
meilleure situation, elle y a travaillé depuis constamment, et si elle n'a pas eu la
consolation de voir notre maison un peu plus à l'aise, nous devons à ses soins de ce
31
qu'elle n'a pas souffert davantage. Cette digne Supérieure ne formait aucun projet qui
ne fut bien concerté, semblable à la femme forte elle pourvoyait à tout, donnait ordre
à tout, régler tout avec une présence d'esprit qui marquait assez qu'elle possédait son
âme dans une parfaite tranquillité. Sa vigilance continuelle, son application à
satisfaire le dedans et le dehors, lui attiraient de toutes parts des éloges dont sa
modestie souffrit plus d'une fois, persuadée que de son fonds elle n’était que
faiblesse, et que s’il y avait quelque chose de louable dans ses actions, c'était à Dieu
seul qu'elle devait en rapporter la gloire, puisque qu'elle lui était redevable de tout.
Tels étaient les véritables sentiments de son coeur, sentiments dont elle fut
toujours pénétrée, et qui étaient le fruit de ces exercices spirituels. Elle se fit un point
capital à s'en acquitter avec la plus exacte fidélité, craignant d'en retrancher la
moindre partie quelque occupation qu’elle eut d’ailleurs ; s'il arrivait que des devoirs
de charité, ou d'autres également pressants, ne lui permissent pas de les faire à l'heure
marquée, elle les reprenait dans un temps propre qu'elle ne manquait pas de se
ménager.
Élection de la Mère Françoise Catherine de Moncel 1682.
Cette chère Mère reçut 4 Soeurs à la sainte profession, et en 1682 nous
rentrâmes sous la conduite de notre chère et ancienne Mère Françoise Catherine de
Moncel. Sa santé se soutint assez bien pendant ses deux triennaux ; mais ensuite un
rhumatisme continuel la mit hors d'état d'exercer aucune charge. Néanmoins, comme
elle avait de grands talents pour bien fonder les Novices dans le vrai esprit Religieux,
on lui donna le principal soin du Noviciat.
Dans cette dernière Supériorité, elle éprouva la grande charité de notre cher
Monastère de Chaillot, qui après avoir payé pour nous pendant neuf ans, les intérêts
d'une somme de 4000 livres, acquitta le principal sans vouloir d'autre reconnaissance
que nos prières ; ce qui est d'autant plus admirable que ces chères Soeurs n'avaient de
revenu que pour les deux tiers de l'année.
Nous avions dès lors la consolation de voir la fête de notre Saint Fondateur très
solennelle, Messieurs les Curés de cette ville venant chaque année la célébrer dès les
premières Vêpres, et faisant tout l'Office des confesseurs Pontifes, jusqu'après la
dernière bénédiction du jour de la fête.
Élection de la Mère Jeanne Marie de Foigny 1688.
Notre chère Mère laissa la Communauté au nombre de 32 Professes du voile
noir, quatre du blanc, deux Novices, deux Prétendantes, sept Petite Soeur, une
32
Tourière et une fille de services. Nous rentrâmes sous la conduite de notre Très
Honorée Mère Jeanne-Marie de Foigny, à l'Ascension de l'année 1688.
Charité de l’Institut.
Les guerres et les calamités publiques rendaient le gouvernement de plus en
plus difficile, et sans les charités que nous avons reçues de nos chers Monastères dans
nos plus pressants besoins, celui-ci n'aurait jamais pu subsister. C'est donc avec
justice que nous reconnaissons notre saint Institut pour notre principal fondateur,
ayant reçu depuis notre commencement jusqu'en 1694 de plusieurs Maisons de
l'Ordre la somme de 16 000 livres ; le tout est marqué fidèlement sur nos livres de
comptes ; mais beaucoup plus dans les coeurs de toutes celles qui ont eu le bonheur de
ressentir les charitables bienfaits. Nous ne comprenons point dans cette somme ce
que notre Monastère de Pont-à-Mousson a fait pour celui-ci, non plus que 4000 livres
que nos chères Maisons de la rue Saint-Antoine et du faubourg Saint-Jacques, nous
firent prêter lors de la perte du grand procès, et dont elles eurent la bonté de payer les
rentes pendant 14 ans. Notre Monastère a des obligations infinies à ses chères
maisons et à celle de Chaillot, pour avoir porté et sollicité nos intérêts, avec le même
zèle et la même affection qu'elles auraient pu faire pour elle-même.
Bienfaits de différentes personnes.
Nous devons encore marquer ici les personnes qui nous ont spécialement
protégées, et assistées de leurs bienfaits. Nous avons déjà dit qu'à l'aide de ceux de
Madame la Maréchal de Schornberg, notre gouvernante, on se trouva en pouvoir de
commencer un corps de logis, afin d'avoir des cellules ; car jusque-là nous avions été
logées d'une manière bien incommode.
Madame la comtesse de Goursi, tante de notre Très Honorée Mère Françoise
Catherine de Moncel, s'était retirée parmi nous presque dès notre commencement, et
suivait tous les exercices de Religion avec une piété exemplaire. Quoiqu'elle aimât
avec tendresse sa chère nièce, elle n'eut pas voulu la retenir le moins du monde avec
elle, lorsque les devoirs Religieux l'appelaient autre part. Cette vertueuse dame
affectionnait beaucoup notre Communauté, à laquelle elle a fait assez de bien pour
que nous en conservions une immortelle reconnaissance, quoiqu'elle n'eut pu suivre
toute sa bonne volonté, Messieurs ses héritiers y ayant fait de grandes oppositions.
Elle mourut le 25 avril 1647, âgé de 73 ans ; elle avait jeûné tout le carême précédent
au pain et à l'eau. Ainsi qu'elle avait demandé et désiré, elle fut enterrée dans notre
sépulture avec notre saint habit.
Mme Dubois de Rassily nous a donné six beaux chandeliers d'argent pour
l'Autel, avec un grand tableau, et beaucoup de linge pour l'Autel. Les Messieurs de la
33
mission doivent à juste titre être au rang de nos Bienfaiteurs, nous ayant procuré dans
nos pressants besoins des secours considérables.
Nous avons aussi de grandes obligations à M. l’abbé de Blampignon, frère de
notre Très Honorée Mère de ce nom, qui nous a fait et procuré beaucoup d'aumônes,
et a pris bien des peines et des soins pour nos amortissements, qu'il a fait modérer par
son crédit, et ses puissantes sollicitations.
Élection de la Mère Claude Catherine de Blampignon.
L'année 1694, nos suffrages se fixèrent sur notre Très Honorée Mère Claude
Catherine de Blampignon qui éprouva autant qu'aucune Supérieure de cette maison la
pauvreté et le malheur des temps ; car l'état où les guerres passées et présentes
avaient réduit notre maison, la rendait digne de compassion. Les premières nous ont
causé des pertes immenses par les courses impitoyables de l'ennemi ; les secondes
exigeant des secours continuels pour les soutenir, nous réduisirent à un état que nous
n'oserions exprimer. Les amortissements, le don gratuit, la capitation, dont il nous a
été impossible de nous faire exempter ; le prix excessif des denrées, augmentées par
les impôts particuliers que cette ville a été contrainte d’y faire mettre, pour fournir au
sommes immenses que le Roi demandait ; la rigueur des saisons qui depuis quatre
années perdait nos vignes, qui nous coûtaient beaucoup à entretenir et faisaient notre
principal revenu, tous ces maux réunis nos mirent dans une vraie détresse. Nous
eussions été accablées sans les dots de quelques sujets qui nous aidèrent d'abord à
subsister ; mais ayant été ensuite trois ans sans en recevoir, il nous fallut recourir aux
emprunts, et avoir la cruelle inquiétude de nous sentir endettées de 20 000 livres.
Pour se soutenir dans une position si pénible notre chère Mère tâchait d’imiter
la conduite du grand Apôtre, qui, pour se soutenir dans les peines de son Apostolat se
rappelait de temps en temps les faveurs singulières qu'il avait reçues de Dieu : elle
envisageait les grâces spéciales dont le Seigneur favorisait les Soeurs de cette
Communauté, et voyait une espèce de miracle dans leur détachement parfait des
choses les plus nécessaires à la vie. Elle trouvait aussi de la force dans son étroite
union avec nos respectables Soeurs Déposées, ne faisant qu'un avec elles pour la
conduite de cette Maison, en sorte qu'on eût pu dire qu'elle n'était que leur organe
pour faire recevoir toutes les résolutions prises pour le plus grand bien de notre
Communauté.
Nous éprouvions constamment alors, comme depuis le commencement de nos
désastres, l'inépuisable charité de nos trois Monastères de Paris, de celui de Chaillot,
de nos chères Soeurs de Pont-à-Mousson, qui depuis notre fondation nous aidaient de
leurs libéralités, nous faisons part de leurs provisions. Notre Très Honorée Soeur
34
Marie Aimée Blaise, alors Supérieure du Pont-Saint-Esprit, nous faisait aussi
ressentir qu'elle n'oubliait pas sa maison de profession, et ses chères filles nous
faisaient admirer le miracle de l'union Sainte de la Visitation.
Mort de Monseigneur d’Aubusson de la Feuillade.
Notre chère Mère Claude Catherine de Blampignon, devait encore éprouver
une autre peine dans les derniers jours de sa supériorité. Le 12 mai de l'année 1697,
Monseigneur d'Aubusson de la Feuillade, notre digne Prélat, fut appelé à une
meilleure vie ; quelques préparées que nous y fussions par une maladie causée par
son grand âge, la perte de ce vrai père des pauvres nous fut très sensible. Les
monuments augustes de sa charité pastorale instruiront les siècles les plus reculés des
dépenses immenses qu'il a faites pour le soulagement des misérables. Les hôpitaux
qu'il avait fait élever, ceux qu'il a augmenté, les bourses qu'il a fondées dans les
collèges, les pensions qui se doivent payer à perpétuité dans son séminaire pour les
jeunes ecclésiastiques pauvres, d'autres pensions pour les Curés âgés de la campagne,
qui ne peuvent plus vaquer aux fonctions de leur ministère, tant d'illustres
établissements, auxquels on compte 400 000 livres employées, rediront toujours quel
était l'esprit qui animait ce Vénérable Prélat. Notre chère Mère perdit une de nos
Soeurs et laissa une Communauté de 43 Professes du voile noir, cinq du blanc, deux
Novice, une Prétendante, douze pensionnaires, deux Tourières et une fille de services.
Élection de la Mère Jeanne Marie de Foigny 1697.
Cette année 1697 nous rentrâmes sous la digne conduite de notre Très Honorée
Mère Jeanne Marie de Foigny, dont le coeur maternel n’eut pas moins à souffrir de la
disette de notre temporel, les taxes excessives et la cherté des denrées, semblant
toujours augmenté. Notre Communauté s'était retranchée depuis bien des années
jusqu'au nécessaire, soit pour le vêtement, soit pour la nourriture, et c'était assujettie à
un travail continuel, mais la rétribution des ouvrages était si peu considérable, que ce
profit était d'un petit secours pour nous. La consolation de nos Supérieures était de
voir que dans ce dénuement presque total de toute chose, la résignation de nos Soeurs
était si parfaite, qu'elle croyait ne manquer de rien ; grâce que nos dignes chefs
attribuaient à la véritable union des coeurs qui attirait les bénédictions spirituelles de
cette fervente Communauté.
Monseigneur de Coislin fait la visite annuelle.
Nous eûmes alors la joie de voir le siège Épiscopal de Metz remplit par Mgr de
Coislin, qui fit revivre par ses bienfaits son respectable prédécesseur. Sa grandeur
daigna d'abord nous accorder la visite annuelle, que nous n'avions pu obtenir depuis
plusieurs années et, après une exhortation des plus ferventes, il prit la peine de faire
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l'examen de toute la Communauté, donnant à chacune des marques d'une bonté toute
particulière. Le lendemain après la Messe, il fit la visite de notre église et de notre
Maison ; puis il voulut voir dîner la Communauté, restant avec sa suite au bas du
réfectoire dans un profond silence. Ce bon Prélat resta également édifié et de la
modeste et de la frugalité de toutes nos Soeurs ; quelques jours après il termina sa
visite par une exhortation des plus touchantes, prouvant l'excellence de notre état
avec tant d'éloquence et d'onction que toutes reconnurent clairement que le don de
toucher les coeurs et l'art de persuader faisaient le caractère de cet illustre Prélat. Non
content de nous avoir témoigné sa consolation de voir parmi nous tant d'union, de
paix et de Sainte joie, au milieu d'une si grande pauvreté, ce digne évêque s'en
expliqua partout de la manière la plus obligeante et la plus avantageuse pour nous.
Notre chère Mère eut la douleur de perdre quatre de nos Soeurs, et Mlle de
Raffy, Soeurs de deux d'entre nous, qui fut enlevée par la petite vérole, dans des
dispositions admirables pour une enfant de huit à neuf ans. Mme sa Mère nous laissa
toutes ses nippes, qui furent utiles à notre sacristie. M. L’abbé de Blampignon, Curé
de saint Merry de Paris et frère de notre Très Honorée Soeur la Déposée, nous remit
alors 400 livres qu’il nous avait prêtées pour achever de payer nos amortissements, et
s'engagea en même temps à donner une pension de 100 livres à sa chère Soeur, qui ne
s'en est jamais approprié la moindre chose.
Comme le Seigneur avait envoyé plusieurs sujets à notre Très Honorée Mère,
elle laissa la Communauté au nombre de 41 Professes du voile noir, trois du blanc et
une Postulante pour ce rang, deux Soeurs Tourières, sept Pensionnaires et une fille de
service.
Élections de 1703 et 1706
En 1703, notre Très Honorée Mère Claude Catherine de Blampignon succéda
de nouveau à notre chère Mère Jeanne Marie de Foigny, à qui elle remit la charge en
1706, après un triennal qui fut à peu près semblable au précédent.
NOTE : Cette fondation était terminée quand nous avons recouvré quelques
détails sur les événements de cette Supériorité ; nous laissons parler la Mère Claude
Catherine de Blampignon.
« Outre la pauvreté où nous sommes réduites depuis longtemps, le Seigneur a
encore appesanti sa main sur nous le jour de Saint-Nicolas à deux heures après
minuit, par l'incendie de notre chambre de Communauté. Quelque diligence que nous
ayons apportée notre perte a été très considérable, vu tous les effets qu'elle
renfermait. Une des armoires contenait la plus grande partie des provisions de notre
pharmacie, et une autre une partie de nos papiers : le tout a été consumé. Notre
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bibliothèque, contiguë à cet appartement, a beaucoup souffert, ainsi que la lingerie.
Nous serions réduites à l'aumône par cet accident, par la cherté des vivres, les taxes et
les impôts, sans le secours de la plupart de nos Communautés, qui se privent de leur
nécessaire pour empêcher la ruine de notre Maison, que nous ne pourrons éviter sans
un coup tout particulier de la Providence. Que ne devons-nous pas à la digne
Supérieure de Caen, la Très Honorée Mère Marie-Françoise de Harcourt, et à sa
digne Déposée, qui se sont distinguées par les aumônes considérables quelles nous
ont faites et procurées, s'étant bien voulu dépouiller en notre faveur de la somme de
1000 livres, que l'illustre famille de nos Très Honorées Soeurs de la Luzerne
Bricqueville, nous avait donnée pour faire un retable d'Autel, ces chères Soeurs et
toute la Communauté ayant bien voulu y consentir ce secours nous vint si à propos,
pour arrêter les poursuites d'un créancier qui allait nous jeter dans la confusion, que
nous n'y pouvons faire réflexion sans en rendre de grandes actions de grâces au
Seigneur, et sans éprouver cette vive reconnaissance qui ne finira qu'avec nos vies.
Cette charitable Communauté continue de nous donner tous les ans deux cents vingt
livres pour l'entretien de deux de nos Soeurs. Nous devons aussi une vive gratitude à
nos Très Honorées Soeurs de la rue Saint-Antoine, du faubourg Saint-Jacques et de
Chaillot, qui nous continuent leurs aumônes depuis près de 40 ans, nous donnons des
marques de leur affection en toute rencontre. Nous pouvons en dire autant de la Très
Honorée Mère Louise Henriette de Soudeiller, Supérieure de notre Monastère de
Moulins qui nous donna une preuve sensible de sa charité, en se chargeant de notre
chère Soeur Madelaine Alexis Jobart, qui est fort infirme, et à laquelle elle fait
éprouver sa bonté toute maternelle.
Nous éprouvons aussi la protection toute particulière de Mgr de Coislin, notre
illustre Prélat, qui dans toutes les occasions, nous tient lieu de Père, et partage nos
peines comme si elles lui étaient propres. Il n'entend pas même que nous implorions
son secours dans nos pressants besoins, il suffit qu'il les connaisse pour nous
soulager ; ayant appris que nous manquions de blé, et d'argent pour en acheter, il
nous en envoya aussitôt 40 quartes, et paya même tous les frais de transport. Sa
Grandeur paye tous les ans notre capitation, et dit ouvertement aux Messieurs de
ville, que les taxes qu’ils nous imposent le concernent ; il nous a encore donné depuis
notre incendie 500 livres ; nous n’en finirions pas si nous voulions entrer dans le
détail de ses bontés, et de celles de M. de Saint Contest, notre intendant, qui nous
honore de sa protection ; tous deux méritent notre parfaite gratitude. Dans l'espace de
18 mois, nous avons eu la douleur de perdre quatre de nos Soeurs, dont la plus âgée
n'avait que 43 ans.
Le rare mérite de notre Très Honorée Mère Jeanne Marie, et la longue et douce
expérience que nous avions faite de son gouvernement, nous portait à nous remettre
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avec empressement sous sa conduite, ni admettant que l'intervalle que nous
prescrivent nos saintes lois.
Les misères de l'année 17096 vinrent cette fois augmenter les peines de son bon
coeur, qui eut toujours dans les Monastères que nous avons cités, et dans quelques
autres, une consolation et un secours pour soutenir notre pauvre Communauté. Elle
éprouva aussi la bienveillance de notre digne Prélat qui, prévenu en notre faveur,
nous en donnait des preuves efficaces en toute occasion. Les charités de ce bon
Pasteur ne se bornaient pas à notre Maison, il en faisait ressentir la douce influence à
Tout le pauvre peuple de cette Province, sur lequel il répandait en public et en secret
d'abondantes aumônes.
Mort de la Mère Françoise Catherine de Moncels.
Cette année nous fut doublement sensible par la mort de trois de nos Soeurs ; la
dernière fut notre respectable ancienne Mère Françoise Catherine de Moncels, que le
Seigneur retira de cette vie le 7 juin de cette même année 1709. Quelque temps après
sa dernière déposition, en 1688, elle fut attaquée d'un rhumatisme si violent, qu'elle
resta comme percluse de tout son corps, souffrant néanmoins des douleurs excessives.
Nous étions trop intéressées à sa conversation pour ne pas employer tout ce qui
pouvaient contribuer à sa guérison. Un remède qu'on nous avait dit devoir l'opérer, la
fit au contraire tomber dans une maladie très dangereuse, qui nous ôta l'espérance de
l'avoir soulagé, et nous alarma beaucoup par le triste effet qu’il produisit ; car la
bonne mémoire dont elle avait joui jusqu'alors fut beaucoup diminuée, cependant son
bon jugement resta toujours libre.
Réduites à la nécessité de souffrir sans espérance d'adoucissement, et dans
l'impuissance de se remuer sans le secours d'autrui, cette Très Honorée Soeur supporta
15 ans les cuisantes douleurs de ce rhumatisme, avec une patience édifiante, et une
parfaite résignation aux volontés du Seigneur. Au milieu de ses plus vives douleurs,
elle n'ouvrait la bouche que pour offrir ces maux à Dieu en expiation de ses péchés, et
pour témoigner à nos Soeurs la peine qu'elle ressentait de leur devenir, disait-elle, si à
charge par les services qu'elles étaient obligées de lui rendre. Lorsqu'on la visitait
pour la consoler, elle édifiait non seulement par ses manières honnêtes, sa douceur, sa
patience, mais encore par ses saints entretiens, dans lesquels elle citait à propos
quelques paroles de l'écriture sainte pour nous encourager dans la pratique de la
vertu, et dans une fidélité exacte à nos saintes observances.
Le Seigneur voulant couronner la patience de sa fidèle épouse, permis que la
fièvre se joignit à tous ses mots, avec une fluxion et oppression de poitrine, pour nous
6 C’est l’année du grand hiver où il fit -27°C pendant plusieurs semaines, ce qui rendit la Lorraine et l’ensemble de la
France un désert sans ressource.
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annoncer sa délivrance prochaine. Elle se disposait depuis longtemps à ce dernier
passage, et disait avec Saint-Paul, qu'elle souhaitait d'être dégagée des liens de son
corps pour être avec Jésus-Christ. Elle vit donc arriver avec joie sa dernière heure, et
remplie de confiance dans les miséricordes du Seigneur elle demanda les derniers
sacrements, qu'elle reçut avec la ferveur et la dévotion d'une âme qui ne respire plus
que l'éternité. Peu après les avoir reçus, elle mourut dans le baiser du Seigneur, le
jour de la fête du Sacré-Coeur de Jésus ; elle était âgée de 85 ans moins 3 mois, dont
71 passé dans la sainte Religion.
Cette Très Honorée Soeur fut regrettée généralement de toute notre
Communauté, où elle était aimée, considérée, et regardée comme le soutien de notre
maison ; la vie édifiante qu’elle y a menée nous laissa dans la confiance qu'elle nous
obtiendrait du Seigneur la grâce de marcher sur ses traces. Dans le désir de tirer plus
de profit de notre travail, qui ne nous rapportait pas beaucoup par les ouvrages de
tapisserie, notre chère Mère avait établi depuis quelques années une espèce de
manufacture où l'on fit nos étoffes, nos toiles et d'autres ouvrages qui nous furent très
avantageux. Une bonne partie de nos heures étaient assidues à ce travail, et prenait
même sur leur sommeil pour avancer davantage, y étant animées par l'exemple de
notre Très Honorée Soeur la déposée, qui nous était en tout une règle vivante.
Célébration de la fête séculaire de l’Ordre.
L'année 1710, nous nous préparâmes par un renouvellement de ferveur pour
célébrer, avec toute la dévotion possible, la fête séculaire de notre saint Ordre. Nous
eûmes deux sermons pendant les trois jours de la solennité ; le premier fut prononcé
par M. de Moras, Supérieur des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, Ordre de
Saint Antoine de cette ville ; le second par le Révérend Père de Laguille, Recteur des
Pères Jésuites. L'auditoire qui était très considérable, soit par son nombre, soit par la
qualité des ecclésiastiques et des personnes de distinction témoigna sa satisfaction par
son applaudissement. Nous eûmes les trois jours la Bénédiction du Saint-Sacrement,
et le peuple nous marqua, en accourant en foule dans notre église, son estime et son
affection pour notre Congrégation. Enfin cette fête fut terminée par un beau concert
que nous procura une dame de nos amies.
Élection de la Mère Claude Catherine de Blampignon 1712.
La joie de cette année fut suivie de bien des peines ; mais pour éviter les redites
nous en parlerons de suite, après avoir dit ce qui concerne notre Très Honorée Mère
Claude Catherine de Blampignon, qui fut élue de nouveau en 1712. Dès lors il semble
que Dieu la disposait à recevoir la couronne qu'elle s'était acquise par sa constance à
pratiquer les vertus d'une manière héroïque, surtout la charité, l'humilité et un entier
abandon aux ordres de la Divine Providence, même parmi les disgrâces et les
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contretemps dont elle fut assaillie extraordinairement dès le commencement de ce
dernier triennal de sa vie. Elle vit tout à coup un si grand dérangement dans toute sa
famille, et dans le temporel du Monastère, qu'elle se vit réduite à ce point de
désolation que tout manquait, même le nécessaire. Dieu seul, à qui rien n'est caché,
connut alors ce qui se passait dans le secret de son coeur ; nous la vîmes s'offrir tout
avec une patience admirable, sans murmure, sans plainte, sans abattement, avec un
air toujours égal, une tranquillité et une présence d'esprit imperturbables. Toujours on
la trouvait attentive à bien ménager le peu qui restait, et prudente à procurer du
dehors quelques secours. C'était dans le secret qu'elle répandait devant Dieu ses
gémissements, et verser des torrents de larmes. Combien de fois, pénétrée de
tendresse maternelle pour ses chères filles, n'a-t-elle pas dit à Dieu : frappez,
Seigneur ; frappez cette criminelle, cette coupable, et épargnez vos fidèles servantes
qui sont innocentes ! …..
Telles furent les dispositions du coeur de notre Très Honorée Mère dans toutes
les afflictions qu'il plût à Dieu de lui envoyer ; elle n'en pouvait avoir d'autres ; car,
instruite dans la science des saintes, elle savait que les souffrances sont la véritable
clé qui ouvre le ciel ; qu'on ne peut y entrer qu'en portant sa Croix à la suite du
Sauveur, et que les tribulations sont ordinairement la fournaise dans laquelle Dieu
éprouve et purifie ses plus chères épouses pour les rendre dignes de la couronne qu'il
leur a préparée.
Mort de la Mère Claude Catherine de Blampignon.
Le 6 février de l'année 1713, notre chère Mère se leva pour l'oraison du matin ;
notre Très Honorée Soeur la Déposée étant ensuite entrer prés d’elle pour affaires,
connut qu’une fluxion catarrheuse était tombée sur sa langue et il l'empêchait
d'articuler ses paroles ; on s'empressa de la remettre au lit et de lui procurer tous les
remèdes convenables ; mais, malgré tous nos soins, le mal fit un tel progrès, que cette
vertueuse Mère quitta cette terre d'exil le jour suivant 7 février 1713. Elle ne put
recevoir que l'Extrême-onction, et l'absolution qu'elle demanda par signes, marquant
une vive douleur d'avoir offensé Dieu, et l'espérance qu’il la recevrait dans sa bonté.
Cette mort fut des plus imprévue et affligeante pour nous qui perdions une Mère
chérie, et un guide fidèle, qui nous conduisait à la perfection par des voies sûres. Elle
ne fut pas imprévue pour cette sainte âme ; car ses pensées et ses entretiens roulaient
sans cesse sur cette séparation de l'âme d’avec le corps, et sur le grand passage du
temps à l'éternité. Le jour qui précéda son accident elle avait participé au divin
mystère, et on l'avait trouvé disant, les bras en croix, les prières des agonisants. Elle
était âgée de 67 ans, et en avait 47 de profession.
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Élection de la Mère Jeanne Marie de Foigny 1713.
Dans l'amertume de notre douleur nous cherchâmes prêt de Dieu notre
consolation, et il nous redonna pour Mère celle à qui nous aimions depuis longtemps
à donner ce nom, notre très Honorée Mère Jeanne Marie de Foigny ; mais, hélas ! Ce
fut pour bien peu de temps, le Seigneur voulait qu'elle mourut sur la Croix, et en
sentant tout le poids de notre indigence. Depuis quatre à cinq ans les récoltes avaient,
ou manqué tout à fait, ou été très mauvaises. Nos maux provenaient alors des courses
que les ennemis avaient faites, trois ans auparavant, dans le royaume sous la conduite
du Comte de Grovestein ; ils portèrent la désolation partout où ils passèrent, mais
spécialement en ce pays qui ressentit plus qu'aucun autre leur fureur soit par le
pillage, soit par les incendies. Nous y perdîmes deux de nos fermes, qui était notre
meilleur et plus considérable bien ; ils en emmenèrent le bétail, emportèrent les
meilleurs effets, et réduisirent le reste en cendres.
Nos chers Monastères de la rue Saint-Antoine et du faubourg Saint-Jacques de
Paris, ceux de Moulins, de Caen, de Nantes, de Pont-à-Mousson et Nancy, vinrent
aussitôt charitablement à notre secours, en sorte que nous dûmes encore alors la
conservation de notre maison à notre cher Institut. Mais à peine commencions-nous à
nous remettre, que, l'année 1713, la mortalité se mit parmi les bêtes à cornes, et nous
enleva toutes nos vaches, ce qui nous priva des ressources que nous en tirions pour la
nourriture. Cette perte fut suivie du passage d'une armée de près de 200 000 hommes,
qui enleva tous les fruits printaniers, vinrent ensuite des pluies continuelles qui
empêchèrent de faire la récolte du blé en son temps, de sorte qu'on n’en put à peine
tirer le tiers, une partie étant germée sur la terre, et l'autre étant mangé par une
multitude de souris, qui causèrent une perte inconcevable. Le retour de l'armée nous
valut un accablant quartier d'hiver. D'un autre côté les grands préparatifs qu'il fallait
faire pour éloigner l'ennemi des frontières, obligaient les paysans et les laboureurs à
tant de corvées et de convois, qu'ils n'avaient pas le temps de cultiver les terres, en
sorte qu'à la mi-janvier, de l'année 1714, à peine y avait-il un tiers des terres
ensemencées. D'après cet exposé on peut se faire une petite idée de ce que nous
eûmes à souffrir par ces temps désastreux, étant déjà si gênées auparavant.
Le Seigneur nous donna un soutien dans notre digne Prélat qui, non content de
nous gratifier de l'honneur de sa protection à la cour, et de payer notre capitation, vint
plusieurs fois à notre secours dans nos pressants besoins. Sa Grandeur avait la bonté
d'ajouter à la solennité de toutes nos fêtes par sa présence, et d'y donner la
Bénédiction ; souvent aussi il nous favorisait de sa visite au parloir, et lorsqu'il
daignait recevoir nos renouvellements, il faisait lui-même une touchante exhortation.
41
Éloge que fait la Mère de la Communauté.
La Communauté se composait alors de trente deux professes du voile noir, cinq
du blanc et trois tourières, voici l'éloge quand fait notre Très Honorée Mère Jeanne
Marie de Foigny dans sa dernière circulaire. « Les grâces, dit-elle, que nous avons
reçues de la main toute miséricorde de Dieu, dans ces jours mauvais, sont en grand
nombre ; mais celle à laquelle j'ai été le plus sensible a été de voir nos très chères
Soeurs, quoique pressées de toutes parts de mille besoins, et privées même des choses
nécessaires à la vie, toujours contentes, toujours dans la joie ; mais joie sainte et
intérieure, qui les rend attentives et très exactes à remplir dans les devoirs de leur
état, et à marcher avec allégresse vers la perfection sans murmure, sans inquiétude.
Quelle consolation n'est-ce pas pour moi de les voir parmi tant de misères, privées
des douceurs les plus permises, comme si elles n'en étaient pas touchées, conserver
la paix et la tranquillité s'occupant uniquement du soin de chercher le Royaume de
Dieu, et s'abandonnant à sa Divine Providence, à laquelle elles exposent leurs
besoins sans empressement, avec la confiance qu'elles n'en seront pas abandonnées ;
etc. ».
Mort de la Mère Jeanne Marie de Foigny 1715.
Cependant Dieu réservait à cette Communauté un bien douloureux sacrifice,
par la mort de la digne Supérieure qui savait si bien la conduire à Lui. Une grave
maladie avait notablement altéré sa santé, et depuis dix-huit mois elle ne faisait plus
que languir, en sorte que son grand courage seul la soutenait. Le 1er septembre, de
l'année 1715, elle fut atteinte d'une fièvre continue, jointe à une fausse pleurésie, qui
la réduisit bientôt à l'extrémité, et rendit tous les remèdes humains inutiles. Nous
eûmes recours aux voeux et aux prières, chacune de nous offrit sa vie au Seigneur
pour la conservation de celle de cette Mère chérie ; mais le moment où le Seigneur
voulait récompenser la fidélité de son épouse était arrivé, et il nous fallut adorer ses
desseins avec une humble soumission. Notre bonne Mère nous y exhorta elle-même ;
car, comme elle s'affaiblissait beaucoup, nous la priâmes de nous dire quelque chose
pour notre consolation, elle ne répondit que par ce peu de mots : « je rends mille
actions de grâce à Dieu, de la soumission qu'Il me donne à ses adorables volontés,
conformez-vous-y vous-mêmes, et ne vous laissez point abattre par la douleur. Je
vous porte toutes dans mon coeur, et je vous aime très tendrement ! » La peine qu'elle
avait à parler, et l'attendrissement que lui causait notre désolation, ne lui permirent
pas d'en dire davantage.
Elle demanda elle-même le Saint Viatique, qu'elle reçue avec une entière
présence d'esprit, et avec des sentiments de piété et de respect qu'il est difficile
d'exprimer ; elle montra les mêmes sentiments pour le sacrement d'Extrême-onction.
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Comme on s'aperçut peu après qu'elle baissait beaucoup, on lui fit la recommandation
de l’âme, et tandis qu'on en récitait les prières, elle rendit doucement son esprit à son
créateur, vers deux heures après-midi, le jour de la Nativité de la Sainte Vierge, à
l'âge de 69 ans, dont 52 de profession. Ainsi fini dans la mort des saintes, cette chère
et respectable Mère, dont la mémoire vivra toujours dans notre Communauté. Elle
s'était toujours regardée en ce monde comme sur une terre étrangère, ne soupirant
qu'après la Patrie céleste. Nous avons la confiance que le Seigneur ne lui en retarda
pas l'entrée, car, loin de causer aucune des terreurs que la mort inspire, elle nous parut
beaucoup plus belle que durant sa vie, et comme abîmer dans une profonde
contemplation. Pendant les 27 heures que nous conservâmes cette chère défunte, les
membres restèrent aussi flexibles que ceux d'une personne qui dort tranquillement.
Les personnes les plus considérables de la ville nous marquèrent la part qu'elles
prenaient à notre juste affliction, spécialement Mesdames les Abbesses de Saint-
Pierre et de Sainte-Marie. Monseigneur de Coislin, qui était alors à Paris, nous fit
l'honneur de nous écrire sur ce sujet de la manière la plus obligeante. À son retour il
daigna nous marquer encore de vive voix combien il était sensible à notre perte, nous
disant plusieurs fois : « j'aimais cette chère Mère, on trouve peu de filles de son
mérite, et d'un aussi bon caractère d'esprit : pour les vertus vous en jugiez par vousmêmes,
mes chères Soeurs ». En effet nous étions à même d'en juger et ses grands
exemples restèrent gravés dans nos coeurs.
Élection de la Mère Jeanne Charlotte de Guillermin 1715.
Il fallut en venir à l'élection, nos suffrages se réunirent sur notre Très Honorée
Mère Jeanne Charlotte Guillermin, dont la vertu et le mérite nous assurait du bonheur
que nous avons goûté sous sa digne conduite. Si nous n'y éprouvâmes que de la
douceur, cette chère Mère but l'amertume du calice ; elle eut à endurer bien des
contradictions du dehors qu'elle supporta en vraie sainte, sans dire un mot de plainte.
Élection de la Mère Louise Françoise de Rosen, qui fut
annullée.
L'année 1718, d'après le conseil de Mgr de Coislin, et nous confiant en sa
protection, nous fîmes élection, sans l'avoir demandé, de notre Très Honorée et Soeur
Louise François de Rosen, Professe de Nancy, qui finissait ses deux triennaux à
Strasbourg ; mais dès que sa Communauté en fut informée, elle se crut en droit de s'y
opposer, et fit sans délai les démarches nécessaires pour faire casser notre élection.
Nous fûmes donc frustrées des avantages que nous espérions de la conduite de cette
digne Supérieure, et obligées de procéder à une nouvelle élection. Elle tomba pour
notre bonheur sur notre Très Honorée Mère Marie Ursule de Custine de Pontigny, qui
commença par mettre de nouveau la Communauté sous la protection de la Sainte
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Vierge et de Saint-Joseph ; elle fit faire plusieurs processions en leur honneur, pour
obtenir par leur puissante intercession les grâces nécessaires pour remplir dignement
sa charge : on peut dire qu'elle fut pleinement exaucée.
Nous avions, dans l'intervalle dont nous venons de parler, perdu plusieurs de
nos soeurs, et l'on n'en avait aussi reçu quelques-unes ; notre chère Mère en admit de
suite trois et les dots des unes et des autres lui furent d'un grand secours. Elle s'en
servit pour éteindre nos dettes, faire des provisions, et réparer nos maisons de
campagne, ainsi que plusieurs endroits de notre clôture qui menaçait d'une ruine
prochaine. Notre sacristie se ressentit aussi de se mieux être ; la première de ces
jeunes Professes donna pour présent d'Autel, des parements de satin blanc avec de
grands pavois couleur de feu, pour nos trois Autels. La seconde fit présent d'un très
beau tapis pour mettre sur la crédence aux grandes Messes. La troisième offrit aussi
un fort beau tapis destinés au marchepied de l'Autel.
Établissement de la fête du Sacré-Coeur de Jésus.
Depuis plusieurs années la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus faisait nos délices
dans l'intérieur de notre maison, et nous souhaitions la rendre solennelle, c'est au saint
zèle de notre Très Honorée Mère Marie Ursule que nous devons cette consolation. Sa
tendre dévotion pour se Divin Objet de son amour lui fit demander instamment à
notre illustre Prélat la permission d'en faire célébrer la solennité dans notre église, par
l'exposition du Saint-Sacrement, grand-Messe, sermons et Bénédictions. Sa Grandeur
qui avait pour cette digne Supérieure une parfaite estime, condescendit avec bonté à
son pieux désir, et nous-mêmes pour la première fois la consolation de célébrer cette
grande fête en 1720. Il y a eu grand concours de monde et beaucoup de communions ;
nous tâchons d'y mettre toute la solennité possible pour marquer quelque retour
d'amour à ce divin coeur.
L'admirable charité et la bonté de coeur de notre Très Honorée Mère
paraissaient surtout avec éclat à l'égard des malades. Sa tendresse vraiment
maternelle ne se lassa jamais de leur procurer tous les petits soulagements qui étaient
en son pouvoir. Sa douceur répondait parfaitement aux maximes de notre saint
Fondateur : rien de sévère dans sa direction, et cependant elle savait animer les âmes
qui étaient sous sa conduite à l'exacte pratique d'une constante mortification
intérieure, et à toutes les vertus qui sont la destruction de la nature et de l'amourpropre.
Notre très Honorée Mère Marie Ursule de Custine laissa la Communauté au
nombre de 36 Professes du voile noir, cinq du blanc, deux Soeurs tourières, neuf
Pensionnaires et une fille de service.
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Élection de la Mère Jeanne Thérèse Cannetal 1724.
L'année 1724, nous fîmes élection de notre très chère Mère Jeanne Thérèse
Cannetel, qui nous adoucit par sa judicieuse conduite les mauvaises aux années qui se
succédaient alors, le blé et le vin ayant manqué tout à la fois. Notre plus grande peine
était les fréquentes maladies de cette bonne Mère, dans lesquels néanmoins l'exacte
observance n'eut jamais à souffrir. Mais son excellent coeur ressentant plus les maux
de ses filles que les siens propres, fut sensiblement touché de la perte de plusieurs,
surtout de celle de notre respectable Soeur la déposée Jeanne Charlotte de Guillermin,
que la mort nous ravit le 29 octobre 1726, à l'âge de 73 ans. Nous sommes redevables
à cette Très Honorée Soeur de plusieurs châsses de Saintes Reliques, que sa famille
obtint de Rome et nous donna en sa considération.
Mort de la Soeur Déposée Jeanne Charlotte de Guillermin.
Sa dernière maladie commença par un violent accès de fièvre, qui ne l'empêcha
pas de se lever pour l'oraison, et de suivre tous les sacrifices jusqu'au soir : alors
accablée par le mal, elle fut obligée de se rendre à l'infirmerie. M. notre médecin lui
trouva une fièvre violente avec oppression, ce qui nous fit tout craindre pour cette
chère malade à laquelle on fit tous les remèdes possibles, on adressa en même temps
des voeux au Seigneur pour sa guérison, mais cette âme prédestinée avait rempli la
mesure de ses mérites. Nous aperçûmes bientôt par les progrès de la maladie qu'il
fallait se hâter de lui donner les derniers sacrements ; elle s'y disposa par une
nouvelle ardeur, témoignant de saints transports de joie de se réunir à son Divin
principe. Le cinquième jour de sa maladie, à deux après-midi, elle alla recevoir la
récompense de ses vertus, nous laissant pénétrées de la plus vive douleur, augmentée
par celle de sa chère Soeur cadette, qui nous édifia autant par sa parfaite résignation
en cette occasion qu'elle faisait depuis deux ans par la perte de sa vue, qui ne
l'empêcha pas de suivre nos exercices, et de soutenir notre coeur par sa belle voix.
Notre illustre Prélat, qui nous honorait de ces bontés et aimait à nous faire la
visite annuelle, nous la fit à son ordinaire en 1727, et la commença par une
exhortation aussi savante que pathétique, sur le bonheur de la vie monastique et
régulière. Sa Grandeur nous témoignait à toutes en particulier mille bontés, et la
satisfaction qu'il avait de remarquer dans cette Communauté une parfaite union et
exacte observance. Ce bon Prélat voulu nous voir dîner et fut si touché de voir avec
quelle frugalité nous passions le carême, que dès le lendemain il nous envoya du
poisson.
Nous eûmes dans le même temps une consolation bien rare pour nous, celle de
voir deux de nos chères Soeurs de Nancy, qui se rendait à notre Monastère de
Bruxelles. Il est impossible d'exprimer la joie que nous éprouvâmes en voyant
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d'autres nous-mêmes ; nous fûmes très édifiées de leur vertu dans les deux jours que
nous eûmes le plaisir de les posséder ; ils nous parurent d'autant plus courts, que la
situation reculée de notre ville nous prive de ces agréables visites.
M. l’Abbé Ducasse, Chanoine et Prévôt de l'église de Saint Thiébault, choisit
alors la nôtre pour sa sépulture, et nous fit la charité de fonder notre Messe de
Communauté, qu'il se réserva à perpétuité : nous devons cet avantage à son estime
pour notre Très Honorée Soeur la Déposée Marie Ursule de Pontigny. À la même
époque, une de nos Soeurs tourières, qui depuis 40 ans nous prouvait son zèle et son
affection, employa une succession de sa famille pour nous fonder une Messe les
Dimanches et fêtes, à une heure commode pour le grand nombre d'infirmes de notre
Communauté.
Ouragan terrible qui causa un grand dégât.
Le jour de la Pentecôte de l'année 1728, un vent impétueux, accompagné d'une
grêle épouvantable, firent un tel fracas pendant que nous assistions au sermon, que
toutes les fenêtres de la maison et de l'église furent brisées. La tête du prédicateur ne
fut pas épargnée, il fut obligé de descendre de chaire, tenant en main un grêlons de la
grosseur d'un neuf. Il se mit à genoux sur les marches de l'Autel pour prier avec tout
son auditoire ; car chacun croyait être aux derniers jours de sa vie ; les dames,
naturellement craintives, se mirent à crier : ouvrez vos grilles, nous périssons. Sans
adhérer à cette demande qui ne pouvait les mettre à l'abri, nous les tranquillisâmes
par un grand nombre de prières, implorant avec confiance la miséricorde Divine. La
tempête finit le prédicateur acheva son sermon, avec lequel nous vîmes tout le dégât
qu'avait fait ce terrible ouragan. Comme toute la ville en avait souffert, les ouvriers
furent si difficiles à obtenir, que nous fûmes longtemps obligées de coucher à la belle
étoile, en attendant la dépense considérable qu'il fallait faire pour les réparations.
Tremblement de terre à Metz 1728.
Nous ne fûmes pas moins effrayées du tremblement de terre qui eut lieu trois
mois après, notre maison, qui tombait en décadence de vieillesse, failli en être
renversée, ce qui nous fit prendre le parti de nous sauver toutes dans le jardin, où
nous vîmes de murailles du dortoir se séparer, et plusieurs pierres s’en détacher, en
sorte que nous n'osions plus y remonter, ce qui occasionna de nouveaux frais de
réparation.
Notre cher Mère Jeanne Thérèse Cannetel ne reçu que deux Soeurs à la
profession, elle eut la douleur d'en perdre quatre, et laissa la Communauté au nombre
de 34 Professes du voile noir, quatre du blanc, deux Novice, trois Soeurs Tourières,
12 pensionnaires et quelques filles de services. La famille de nos deux dernières
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Professes nous fit présent d'un plat bassin d'argent pesant neuf marcs : ce don nous
causa une surprise d'autant plus agréable que ce meuble manquait à notre sacristie
depuis plusieurs années. C'est honorable famille nous donna aussi un ornement
complet pour tous nos Autels : il est d'une belle étoffe à fond blanc semée de fleurs.
La croix de la chasuble est de drap d'or.
Élection de la Mère Marie Ursule de Custine 1713.
L'année 1730, notre Très Honorée Mère Marie Ursule de Custine de Pontigny
fut de nouveau chargé du gouvernement, qu'elle reprit avec le même soin et les
mêmes succès. Mgr de Coislin, notre illustre Bienfaiteur, qui avait pour elle une
haute estime, le lui marqua plus qu'il n'avait encore fait. Lors du tremblement de terre
dont nous avons parlé, ce grand Prélat avait examiné notre maison avec une
compassion, disant que d'un coup de marteau on la renverserait ; mais il ne nous fit
pas alors part de ses desseins pleins de bienveillance : il est à croire que les dépenses
énormes qu'il avait fait, pour donner à la ville un séminaire et des casernes, ne lui
permettait pas alors de suivre l'impulsion de son coeur en notre faveur. Cependant un
de nos corps de logis menacé d'éboulement ;
La ville oblige à Bâtir ; Monseigneur envoie une somme en
ordonnant de commencer.
Depuis quarante ans Messieurs les Magistrats de cette ville nous renouvelaient
des significations de précaution, qui nous alarmaient d'autant plus que nous n'étions
pas en état d'entreprendre une bâtisse. Enfin, peu après l'élection de notre Très
Honorée Mère, nous reçûmes une assignation qui nous obligeait à décharger nos
greniers et à nous mettre en devoir d'abattre ce qui était en danger de tomber.
Messieurs de Saint-Antoine, nos voisins, voulurent bien nous rendre le service de
recevoir nos grains ; nous saisissons cette occasion pour dire que depuis notre
établissement ils n'ont cessé de nous obliger, nous servant de confesseurs ordinaires,
et disant habituellement notre Messe de Communauté avec autant d'assiduité que de
désintéressement. Notre illustre Prélat, ayant appris la peine où nous étions, envoya
de la manière la plus gracieuse, une somme de 6000 livres à notre Très Honorée
Mère, avec l'ordre de faire bâtir incessamment. Ce bon Pasteur se trouvant le même
jour dans une compagnie, répéta plusieurs fois qu'il était content de sa journée parce
qu'il avait fait du bien à ses cher fille de la Visitation qu'il aimait ; puis il ajouta que
ce qui rendait son plaisir plus sensible était d'en avoir procuré à la Mère de Custine,
dont il estimait singulièrement la vertu. Nous espérâmes que cette somme ne serait
pas la fin des bontés de Monseigneur pour nous, et notre confiance ne fut pas vaine ;
ces dons réitérés nous surprenaient agréablement ; car ils nous arrivèrent toujours
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dans le temps où le manque d'argent nous faisait craindre d'être forcées d'abandonner
notre ouvrage.
Il fallut donc entreprendre le corps de logis qui contenait l'appartement de nos
pensionnaires, l'économie, les parloirs, le logement des Soeur tourières, la dépense, la
cuisine, le bûcher, les caves et les greniers. Nous avons regardé comme une
protection visible de la très Sainte Vierge sur nous, que nos ouvriers aient été
préservés des accidents qui paraissaient inévitables dans la démolition des murailles ;
car il ne fallait qu'un coup de perche pour les abattre. Notre cuisine tomba d'ellemême,
ce qui dérangea le projet que nous avions fait de la conserver ; mais elle ne
mesurera pas ses forces à nos moyens, s'étant écroulée comme on venait de servir le
dîner de la Communauté, en sorte que nos Soeurs Cuisinières, et la Soeur Dépensière
n'eurent que le temps de se sauver pour n'être pas ensevelies sous les décombres.
On mit l’entreprise sous la protection de la Sainte Vierge et de
Saint Joseph, puis on pose la première pierre.
Notre remarquable avec admiration qu'une statue de la Sainte vierge, appuyée
sur le mur qui tomba le premier, resta dans la même place sans être endommagée.
Cette marque visible du pouvoir de cette auguste reine, nous a engagées à lui
promettre une procession tous les samedis pendant un an, et de nourrir un pauvre le
samedi, et un autre le mercredi en l'honneur de Saint-Joseph, pour implorer leur
assistance sur notre entreprise. Nous la commençâmes le samedi pendant l'Octave de
Très Saint-Sacrement.
La première pierre fut posée avec solennité, au nom de Monseigneur, par notre
Très Honorée Mère qui se trouva obligée de faire cette cérémonie par l'ordre de
Monsieur l’Abbé Bonneau, Chanoine et Trésorier de la Cathédrale de cette ville, pour
lors notre Père Spirituel, qui en fit généreusement tous les frais. Notre Communauté y
assista processionnellement. Sur cette pierre est gravé le Sacré-Coeur de Jésus, avec
cette inscription, « Pour mémoire éternelle de la magnifique charité de très excellent
Seigneur, Monseigneur le Duc de Coislin, Évêque de Metz, Pair de France, lequel
par sa grande et libérale bienveillance a rétabli cette partie ruineuse de notre
Monastère. »
Description du bâtiment.
Ce bâtiment à de longueurs 87 pieds, et de hauteur 34. L'aile du cloître est
soutenue par sept pilastres de l'ordre toscan, dans le fond duquel on a érigé un Autel
du Sacré-Coeur de Jésus, qui fait face à la porte de clôture. Derrière cet Autel est un
spacieux passage pour les chars qui y entrent par une porte cochère faite dans le
nouveau bâtiment, qu'on dit être une des plus belles de la ville ; au-dessus sont en
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relief les armoiries de Monseigneur de Coislin, qui en font l'ornement. Ensuite un
bûcher à contenir environ 20 milliers de bois : tout commode qu'il est, il nous a coûté
bien des soins et de l'argent ; car il prend tout le terrain d'une petite maison qui n'était
à nous, et dont le propriétaire voulait nous obliger de faire à nos frais la muraille
mitoyenne, voyant que nous nous ne pouvions faire démolir la vieille sans entraîner
le reste de la maison, on nous conseilla d'en faire l'acquisition ; elle nous coûta
d'autant plus qu'on voyait qu'elle nous était nécessaire mais ce ne fut pas tout, il fallut
traiter avec les Messieurs de la ville pour obtenir les permissions, et ensuite celle de
la cour : il fallut aussi donner au locataire une somme d'argent pour l'indemniser du
délogement précipité.
Sous les arcades du cloître se trouve la porte de clôture ; à côté est le tour et
une petite chambre pour la Soeur Portière ; ensuite un Parloir à deux grilles, entre
lesquelles il y a une cheminée en dehors qui donne en dedans une place commode
pour la Soeur Assistante. Vis-à-vis cette porte se trouve une grande chambre qui fait
le Réfectoire pour nos demoiselles Pensionnaires ; entre ces deux portes est placé un
grand escalier à six rampes, qui règne jusqu'aux greniers. Au premier étage, se trouve
un parloir semblable à celui d'en bas on y a fait un petit retranchement qui sert de
confessionnal extraordinaire ; au même étage, une chambre pour la Soeur Économe ;
ensuite une grande salle et deux chambres pour des pensionnaires particulières, qui se
terminent par un petit escalier dérobé ; le dernier étage fait l'appartement complet de
nos demoiselles pensionnaires. Il contient deux grandes salles, deux chambres et un
cabinet ; de l'autre côté, un corridor, deux chambres et leur cabinet, avec un parloir
pour elles, et trois greniers au-dessus. Nous avons encore fait faire au bout de notre
jardin une Buanderie très commode ; elle consiste en une cuisine où il y a deux
grands cuveaux de ciment, une cendrière et un fourneau ; ensuite deux lavoirs, l'un
pour battre le linge, et l'autre, avec une pompe, pour le rincer. Le tout est garni de
belles pierres de taille, et a des égouts qui déchargent dans la rue toute l’eau de nos
lessives. Au-dessus sont trois chambres pour la draperie, et deux greniers pour le blé.
Nous avons été obligées de faire ce dernier bâtiment, pour éviter le danger pressant
dont nous étions menacées par la chute des eaux, qui avait déjà commencé à
endommager les fondements des murailles de nos dortoirs, qui prenaient coup et se
crevassaient en plusieurs endroits. Une espèce de craquements, dans des poutres et
pactulles, que l'on entendit, jeta la Communauté dans une telle frayeur, que nos
Soeurs emportèrent leur lit, et se réfugièrent dans le nouveau bâtiment, tout humide et
imparfait qu'il était. Pour nous calmer, notre Très Honorée Mère fit faire une visite
d'experts, ils ordonnèrent d’étayer l'Infirmerie, la Sacristie, les dortoirs, les greniers :
cette précaution mis en état d'attendre le moment où Dieu nous fournirait les moyens
de rebâtir cet endroit.
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Traits récréatifs.
Dans le temps où l'on creusait les fondations de notre bâtiment, il arriva une
aventure assez plaisante. Un de nos ouvriers trouva une pièce d'or fort antique, ce qui
nous donna lieu de soupçonner qu'elle n'était point seule ; nous nous rappelâmes alors
qu'un Révérend Père Minime nous avait dit qu'au moyen d'une certaine baguette, il
découvrait ce qui était caché sous la superficie de la terre ; nous le fîmes prier de se
rendre chez nous pour en faire l'expérience. Il y vint, marcha lentement sur le lieu où
nous soupçonnions qu'il y avait quelque chose, et la baguette s'inclina si fort en cet
endroit, que le Révérend Père nous assura qu'il y avait de l’or et de l'argent, cette
agréable nouvelle ne fut pas plutôt répandu parmi nous, que les plus zélées de nos
Soeurs, se croyant déjà hors de l'indigence, ne pensèrent plus qu'au moyen de déterrer
le trésor caché. Il fallait pour cela choisir un temps favorable, nous pensâmes que la
nuit était celui qui convenait le mieux pour une semblable recherche. Dès que les
ouvriers furent sortis chacune mis la main à l'oeuvre avec permission de notre Très
Honorée Mère, se servant des premiers outils qu’on rencontra. Animées par les
assurances réitérées que leur donnait ce bon Père de l'heureux succès de leurs
travaux, elles persévérèrent jusqu'au jour dans ce pénible exercice, qui n'eut d'autre
récompense qu'un charbon, qu'elles trouvèrent quatre pieds plus bas dans les
fondements. Elles se consolèrent de ce mauvais résultat par le sujet de récréation que
cette aventure procurera à la Communauté. Nous eûmes d'ailleurs, pendant cette
construction bien du désagrément et de l'embarras, par les fréquentes entrées des
séculiers de toutes les nations et Religions, qu'on ne pouvait éviter, malgré les
précautions que nous prîmes de demander des sentinelles à M. le Lieutenant du Roi,
qui nous les accorda très gracieusement. Elles nous furent surtout très utiles pour
nous préserver des voleurs, et éviter les alarmes que leurs visites auraient pu nous
causer ; mais grâces à Dieu, il ne nous arriva rien de fâcheux.
Le seul agrément que nous avons trouvé dans la cours de la construction de ce
bâtiment, a été les visites réitérées dont Monseigneur nous honorait, se faisant un
plaisir de nous surprendre au Réfectoire, et de visiter notre cuisine. Un jour, pendant
la retraite de notre Très Honorée Mère, nous nous trouvâmes un peu embarrassées :
un parent de notre très chère Soeur l’Assistante, voulant régaler la Communauté,
envoya des pigeons, qui peu accoutumés de voler sur nos tables, furent interdits à la
vue du Prélat. Celle à qui on les avait déjà servis, prirent le parti de leur donner asile
dans leurs poches, quoique rôti. Notre cher Mère allant le recevoir, le prévint sur ce
petit extraordinaire, dont il parut satisfait. Faisant le tour du Réfectoire, et n’en
voyant point, il en demanda la raison à une de nos Soeurs, qui lui répondit
sincèrement qu'elle avait cru devoir le soustraire à sa vue, ce qui le fit sourire, et lui
prouva notre frugalité, dont il a souvent fait l'éloge.
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Mort de Monseigneur de Coislin.
Ce ne sont point les seules marques de bonté que nous reçûmes de ce bon
Prélat, dont les libéralités n'auraient pas été terminées, si le Seigneur n'avait mis fin à
sa vie l'année 1732. Ce fut une perte d'autant plus grande pour nous, que notre
bâtiment n'était pas terminé, et que nous comptions beaucoup pour cela sur de
nouveaux bienfaits de sa Grandeur, à qui nous rendîmes nos devoirs non seulement
comme à notre Prélat, mais comme à notre signalé Bienfaiteur.
Nous eûmes cependant un adoucissement à notre perte, dans la facilité que sa
mort nous donna de recourir de nouveaux aux Pères Jésuites, que Monseigneur ne
nous permettait pas de voir. On sait que son amendement sur la Bulle Unigenitus7
avait fait parler, et n'avait pas été approuvé à la cour de Rome ; les Pères Jésuites
étaient trop attachés à cette Bulle pour qu'il n'y eût pas d'opposition entre eux et le
Prélat, de là l'empêchement que nous eûmes de recourir à eux. Dans ce temps de
débats, les respectables Mères qui gouvernaient cette Communauté eurent soin de lui
laisser ignorer tout ce qui concernait les nouvelles doctrines, et de n’y laisser entrer
aucun livre suspect. Ainsi, grâce à leurs soins, et à la sage direction de Messieurs de
Saint-Antoine, à la prudence desquels nous devons d'avoir conservé la bienveillance
de notre Prélat, nous restâmes dans une entière soumission à l'Église. C'est dans cette
disposition que nous trouva M. de la Bastie Grand Doyen de la Cathédrale et Vicaire
Générale, notre Père Spirituel, pendant la vacance du siège.
Monseigneur de Saint Simon, nouvel Évêque, promet sa
protection à la Communauté.
Dans son second triennal, notre très Honorée Mère Marie Ursule de Custine, eu
la consolation de voir un digne successeur de Mgr de Coislin sur le siège épiscopal de
Metz. La Divine Providence nous donna en Monseigneur de Saint-Simon, un Prélat
aussi distingué par son esprit et ses rares qualités, que par la pureté de sa foi, et la
vivacité de son zèle à maintenir la plus exacte discipline dans son diocèse. Il nous fit
d'abord l'honneur de donner dans notre église la Bénédiction du Saint-Sacrement, le
jour de la Visitation, et celui d'entrer dans notre maison. Nous eûmes la satisfaction
de le voir favorablement prévenu pour notre Communauté, et d'entendre dire à sa
Grandeur, qu'il la regardait avec plaisir, comme des plus distinguées et régulières de
son diocèse. Il reçut de la manière la plus gracieuse le compliment que deux de nos
demoiselles Pensionnaires eurent l'honneur de lui faire, et nous fit celui de nous
assurer dans les termes les plus obligeants de sa bienveillance et de sa protection. Un
Prélat aussi accompli pouvait seul nous dédommager de la perte que nous avions faite
7 Bulle condamnant le Jansénisme dont l’ancien Évêque de Toul Monseigneur Thiard de Bissy était le principal
défenseur.
51
de Mgr le Duc de Coislin, dont la mémoire sera toujours précieuse à notre
Communauté, qui doit le regarder comme son Fondateur.
Mme la Comtesse de Belleisle, gouvernante de la ville de Metz, et Mme la
comtesse de Laval, soeur de notre bon Prélat, vinrent recevoir dans notre choeur la
bénédiction du Très Saint-Sacrement, avec cette dévotion et cette piété qui font
l'édification du peuple en toute occasion. Au sortir du choeur, ces dames nous firent
l'honneur d'entrer dans notre réfectoire, où nous avions préparé une collation propre,
mais frugal. Madame la Comtesse de Belleisle n'y toucha que pour en faire part à
quelques pensionnaires allemandes qu'il avait souhaité voir. Nous n'entreprendrons
pas de faire l'éloge de cette dame, sa douceur, sa politesse et sa profonde piété, faisait
l'admiration des grands et des petits. Presque toujours renfermée dans son hôtel,
pendant l'absence de Monsieur le Comte de Belleisle, qui commandait sur le Rhin un
corps d'armée, elle n'en sortait que pour aller dans les églises prier le Seigneur tandis
que son illustre époux s'opposait aux ennemis ou garantir nos provinces des courses
des Allemands.
On célèbre la séculaire de la fondation.
L'année 1733, époque séculaire de la fondation de notre Maison, fut pour nous
toutes une précieuse occasion de nous renouveler dans la ferveur. Nous nous
préparâmes à cette solennité par une retraite de trois jours, employée à méditer la
sainteté de nos engagements, et à nous animer à une plus parfaite observance, par la
lecture des vies des premières Mères et Soeurs qui ont fondé ce Monastère.
La solennité commença le 26 avril, et fut continuée pendant trois jours. Le
Saint-Sacrement fut exposé ; les Messes et Vêpres furent chantées par Messieurs les
Chanoines Réguliers de l'Ordre de Saint-Antoine. Nos renouvelables nos voeux entre
les mains de M. de Moras Visiteur Général de cet Ordre. Il y eut deux sermons, ce
Monsieur nous fit l'honneur de prêcher le premier ; son discours fut également
éloquent, rempli d'onction, et honorable pour l'Institut, par l'exposition qu'il y fit de
son esprit, et de la régularité constante à le suivre. Le second discours fut prononcé
par un Révérend Père Jésuite, qui ne négligea rien pour prouver que la perfection de
l'Ordre de la Visitation renfermait celle de tous les autres.
Nous ne pouvons exprimer quel fut l'obligeant empressement que l'on marqua
pour rendre cette fête éclatante ; Messieurs les Chanoines de la Cathédrale voulurent
bien contribuer à sa décoration par l'offre qui nous firent de tous leurs plus beaux
ornements, dont nous n'acceptâmes que deux magnifiques dalmatiques de velours
brodées d'or, assortissant un de nos ornements. Le peu de dépense que nous fûmes
obligées de faire pour cette fête, n'intéressa nullement la bourse de notre chère Soeur
52
économe. Une parente de notre chère Soeur la Dépensière lui fournit de quoi nous
régaler pendant ces trois jours, et en général nos amis nous donnèrent en cette
occasion différentes marques de leur attachement.
Dons fait dans ce triennal.
Mais de tous les bienfaits que nous reçûmes en ce temps de la divine
Providence, le plus estimable est la fondation de la fête du Sacré-Coeur de Jésus,
qu’une de nos respectables anciennes nous a procurée de Messieurs ses parents. Ils
ont donné la somme de 400 livres, pour que nous eussions ce jour là une grandmesse,
Sermon et le Salut ; nous sommes déjà redevables à cette famille estimable du
même avantage pour la fête de la Visitation.
Notre très chère et ancienne Soeur Tourière dont la piété édifiante nous avait
procuré quelques années auparavant la fondation d'une Messe toutes les fêtes et
dimanches pour nous chères Soeurs infirmes, qui avait souvent bien de la peine à
attendre pour communier à celle de Communauté, nous obtint encore la même grâce
pour les jeudis.
La famille de notre chère Soeur Sacristine voulut bien seconder le zèle de notre
très Honorée Mère pour la décoration du Temple du Seigneur, en contribuant à la
dépense des ornements des grands et petits Autels, des crédences, y joignant même
une chasuble et un voile de calice. Le tout est un ouvrage en broderie avec des
mauresques relevées en or, d'où il sort une quantité de belles fleurs nuées. Au milieu
du cartouche du grand Autel, qui est magnifique, est une représentation du mystère de
la Visitation ; dans un de ceux des petits Autels est notre saint fondateur en camail, et
dans l'autre Saint-Augustin en chape. Ces figures sont travaillées en point luisant, et
le fonds de tout l'ouvrage est un glacis d'argent fait en soleil, qui le rend très brillant.
Nous sommes redevables à nos Soeurs de Nancy, dont nous éprouvons souvent la
charité, non seulement de la beauté du dessin, mais encore d'une somme de 80 livres
pour aider à la dépense.
En général nous éprouvâmes dans ce temps la générosité de nos parents, qui se
faisaient un plaisir de suppléer à ce qui manquait dans les emplois ; il y en eut même
qui donnèrent une somme de 200 livres pour entretenir une lampe dans le Dortoir,
notre pauvreté nous en ayant privé jusqu'alors.
Notre très Honorée Mère Marie Ursule de Custine laissa presque le même fond
de pauvreté qu'elle avait trouvée à son entrée dans la charge, la médiocrité des
revenus de notre maison étant toujours beaucoup au-dessous du nécessaire à
l'entretien d'une Communauté aussi nombreuse qu'infirme. Les dots de six novices
auxquelles elle avait fait faire sa sainte Profession, ne purent éteindre qu'une partie
53
des dettes qu'on avait été forcé de contracter pour achever le grand corps de logis, que
les libéralités de Mgr de Coislin avait fort avancé, mais que sa mort avait laissé
imparfait. La Communauté était alors composée de 35 professes du voile noir, cinq
du blanc, deux novices, une prétendante pour le rang des Soeurs Domestiques, trois
Soeurs Tourières, quatre filles de service, deux dames en chambre et 30
pensionnaires.
Les fréquentes et dangereuses maladies dont notre très Honorée Mère Marie
Ursule de Custine fut attaquée pendant son dernier triennal, ne nous firent que trop
connaître la perte dont nous étions menacés ; à mesure qu'elle approchait du terme de
sa carrière, elle avançait dans la pratique de toutes les vertus. Son zèle pour la
décoration du temple du Seigneur, l'engagea à faire la dépense d'un très beau
tabernacle, surmontée d'une niche pour l'exposition du Très Saint-Sacrement,
accompagné de chacun des côtés de deux tableaux en sculpture, représentant les
mystères de l'Annonciation et de la Très Sainte vierge, les couronnements, les
gradins, les cadres du grand et des deux petits Autels, le tout en bois doré d'une
sculpture de très bon goût. Cet ouvrage fut achevé quelque jour avant la déposition de
notre très Honorée Mère ; elle eut une joie sensible de l'exécution de cette entreprise,
qu'elle regardait comme la dernière de sa vie.
Élection de la Mère Françoise Thérèse Jeanot 1746.
À l'élection de 1736, nos suffrages se réunir sur notre Très Honorée Mère
Françoise Thérèse Jeanot ; nous expérimentâmes ses talents pour le gouvernement
par la paix et la régularité qu'elle maintint dans notre Communauté, où son exemple
faisait une grande impression sur les coeurs et les esprits.
Mort de la Mère Marie Ursule de Custine.
Une sensible douleur lui était réservée ainsi qu'à nous, dans sa première année
de supériorité, la mort nous ayant ravi notre Très Honorée Mère Marie Ursule de
Custine de Pontigny le 23 avril 1737. Cette respectable Soeur avait de grands
pressentiments de sa fin prochaine ; la vive impression que les redoutables jugements
de Dieu faisaient sur son esprit, lui donnait une frayeur excessive de son dernier
moment ; elle y pensait néanmoins et en parlait presque toujours. Depuis sa
déposition, sa vie ne fut plus qu'une souffrance et une prière continuelle ; elle passa le
carême dans une extrême faiblesse, le Mercredi Saint elle se trouva beaucoup plus
mal, son courage et sa ferveur lui donnèrent la force de descendre au choeur, où elle
se confessa pour se préparer à la communion Pascale, qu’elle eut le bonheur de faire
le lendemain avec la Communauté, malgré l'état de souffrance où la réduisait les
commencements de sa dernière maladie, dont elle était dès lors attaquée. Elle assista
le Vendredi Saint à tout l’Office du matin, après lequel elle eut un froid de fièvre
54
avec un point de côté ; le jour suivant, la fluxion de poitrine se formant nous annonça
le danger où nous étions de perdre cette vertueuse Déposée. Aux remèdes humains,
nous joignîmes les prières et les voeux les plus ardents, pour obtenir la conservation
d'une personne si chère à toute notre Communauté ; mais le Seigneur, dont les
volontés sont toujours adorables, voulait récompenser ses mérites, et exiger de notre
soumission ce douloureux sacrifice. Le quatrième jour de sa maladie nous
demandâmes, vers quatre heures du soir, à Monsieur notre médecin s'il n'était pas tant
de lui faire recevoir les derniers sacrements ; il nous rassura, nous disant qu'il la
trouvait beaucoup mieux, et ne voulut pas qu'on lui en parlât. À minuit, la chère
malade pria les Soeurs qui la veillaient de s'unir à elle pour adorer le Sacré-Coeur de
Jésus. Quelque temps après, on s'aperçut qu'elle baissait extraordinairement, et on
avertit de suite notre Très Honorée Mère, qui se rendit aussitôt près d'elle, et lui
trouva une entière présence d'esprit. Cette vertueuse mourante apprit son danger avec
une tranquillité qui marquait celle de sa conscience, et sa parfaite conformité à la
volonté divine. Elle demanda un Révérend Père Jésuite pour se confesser, mais
quelques diligences qu'on humilie à l'avertir, la mort de notre respectable défunte
prévint son arrivée. Elle expira vers deux heures du matin, en présence de notre Très
Honorée Mère et de plusieurs de nos Soeurs, nous laissant pénétrées d'une douleur
que notre silence exprimera mieux que nos faibles paroles. Toutes les personnes qui
affectionnaient notre maison partagèrent notre affliction, dont l'amertume ne put être
adoucie que par la vive espérance de son bonheur éternel. Elle était âgée de 71 ans et
en avait 55 de Religion.
Lorsque notre Très Honorée Mère Françoise Thérèse Jeanot, apprit
l'importance de la congrégation qui devait se tenir à Rome en 1737, pour la cause de
notre Sainte Mère, elle voulut que pendant neuf jours, trois Soeurs communiassent,
fissent quelques actes de mortification et trois visites au Saint-Sacrement à cette
intention. Pour contenter le désir que nous avions à témoigner toutes d'avoir part à ce
bonheur, on les tirera au sort, mais l'avantage de celles sur qui il tomba ne satisfaisant
point l'empressement des autres, notre chère Mère donna à toutes, la permission de
communier le dernier jour de cette dévotion. Notre chère Mère eut bien voulu
contribuer à cette tant désirée Béatification autrement que par nos prières, et eut
sacrifié pour cela de grand coeur quelque chose de notre nécessaire, si nous l'eussions
dû à des emprunts dont nous ne prévoyons pas même le moyen de nous libérer sans
un secours particulier de la divine Providence : il fallut donc qu'elle et nous fissions
ce sacrifice, que nous offrîmes au Seigneur pour attirer ses bénédictions sur les
travaux de cette Sainte Poursuite.
55
Pauvreté de la Communauté.
Nous nous adressions chaque jour au ciel, en récitant l’Office et les litanies de
la divine Providence, pour obtenir les secours temporels dont nous avions besoin ; car
il est facile de juger ce que devait souffrir une Communauté dont la faible santé des
sujets faisait ressentir doublement la pauvreté de la maison. Le peu de vin que nous
avions de rente manquant depuis plusieurs années, nous obligea dans ce temps, à
boire de l’eau de genièvre, qui, en fortifiant l'estomac, ne détruit pas la mortification.
Nous supprimons ici le détail de toutes celles que nous causaient la rareté du blé, du
bois et les inondations, pour parler de quelques petits avantages dont nous sommes
redevables à la libéralité des parents de nos Soeurs. Ils procurèrent à notre sacristie
deux chasubles un pavillon, des aubes, etc. ; et à notre bibliothèque plusieurs
excellents ouvrages.
Notre très Honorée Mère admit trois de nos Soeurs à la profession, et eut la
douleur d'en perdre cinq ; elle laissa la Communauté au nombre de 37 professes du
voile noir, six du blanc, deux Tourières, 16 pensionnaires, et quatre filles de services
pour notre draperie.
Élection de la Mère Barbe Éléonore Guichard 1742.
L'année 1742 nous fîmes élection de notre Très Honorée Mère Barbe Éléonore
Guichard, qui s'était acquis nos suffrages par les grands exemples de régularité qu'elle
n'avait cessé de nous donner, exprimant parfaitement dans ses actions les maximes de
nos Saints Fondateurs dont elle était pénétrée. La première année, le Seigneur mit sa
constance et la nôtre à l'épreuve, par les maladies dont il infligea notre Communauté :
nous nous trouvâmes avoir, en même temps dix de nos heures attaquées de maladies
très dangereuses, et presque le même nombre dans une convalescence qui différait
peu de l'état des malades. La mauvaise santé de celles qui suivaient les exercices
réguliers obligea de dire tout l’Office sur le ton de Matines, et de prendre des
personnes séculières pour veiller les malades. Nous avons éprouvé en cette occasion
de la part de nos Très Honorée Soeurs de Strasbourg et de Nancy tous les secours que
peut suggérer la plus tendre et la plus sincère charité. Cette vertu régnait non
seulement dans ces bien-aimées Soeurs, mais encore dans celles qu'elles formaient à
la vertu. Elle parut avec éclat dans Mademoiselle de Rosen, nièce de Madame la
Comtesse de Rottembourg, leur illustre élève ; dès qu’elle apprit la triste situation de
notre Communauté, elle ne se contenta pas de nous envoyer de l'argent, qu'elle pria
instamment de prendre sur ce qui était destiné à ses menus plaisirs, elle s'offrit encore
elle-même pour montrer les ouvrages à nos Pensionnaires, et nous aider à chanter
l’office. Sans accepter ces offres, nous fûmes remplies de reconnaissance pour les
témoignages de bonté de notre jeune Bienfaitrice, et liées toujours plus étroitement à
56
la digne Communauté qui lui inspirait de pareils sentiments. Les Très Honorées
Mères de Paris, surtout celles du premier Monastère, semblaient vouloir en toute
occasion augmenter l'impuissance où nous étions, depuis plus de 50 ans de leur
témoigner notre parfaite gratitude.
L'année 1743, d'après l’avis que nous avons reçue du respectable chef de notre
sainte source, Messieurs de Saint-Antoine voulurent bien chanter, le jour de la
Visitation, le Te Deum dans notre église, en action de grâces du Décret rendu par le
Souverain Pontife sur les vertus héroïques de notre Sainte Mère de Chantal.
Notre très Honorée Mère désireuse de se procurer la gloire du Seigneur, mettait
son application à le faire régner uniquement dans les âmes confiées à ses soins.
L'expérience qu'elle avait de la diversité des voix intérieures, lui en faisait résoudre
facilement les difficultés, et adoucir les rigueurs par l'onction de ces ferventes
exhortations. Les Saintes Écritures et les écrits de nos Saints fondateurs, dont elle
faisait sa nourriture spirituelle, était l'âme de ses discours publics et particuliers. Mais
si son zèle l'attachait principalement à notre avancement spirituel, elle ne négligeait
pas notre temporel sur lequel elle veillait avec une grande attention.
On obtient trois lignes d’eau et l’on établit plusieurs fontaines.
Nous lui serons toujours redevables pour le grand avantage qu'elle nous a
procuré par la construction de nos fontaines, dont les bonnes eaux contribuent à la
santé de la Communauté. Il serait difficile de rendre les peines et les fatigues que
cette entreprise lui causa ; cette bonne Mère trouva, par son courage à surmonter les
difficultés, son tendre attachement pour ses filles. Messieurs de l'Hôtel de ville ayant
entrepris d'augmenter les fontaines dans Metz, elle pensa que c'était une occasion
favorable pour nous faire profiter de celle qu'ils établissaient dans notre rue, et
présenta une requête à Messieurs les Magistrats pour leur demander trois lignes
d'eau ; ils la décrétèrent d'abord favorablement, mais quand il fallut en venir à
l'exécution, on y forma bien des oppositions. Ces Messieurs ne voulaient point
accepter le terrain que nous voulions leur céder pour placer la fontaine de la ville, nos
voisins s'opposant fortement à ce qu'elle fut proche de leurs logis. Monsieur le Syndic
de cette ville, qui nous a donné dans toutes les occasions des preuves de l'amitié et de
la protection dont il honore cette maison, ne pouvant résister à toutes les objections
qu'on lui faisait pour mettre obstacle à la grâce qu'il voulait nous accorder, fut obligé
de dire à notre chère Mère, en présence de Messieurs de l'Hôtel de ville, qu'il ne
fallait plus penser à exécuter ce projet, que les intérêts du public demandaient qu'on
nous refusât. Ces paroles ne rebutèrent point notre digne Supérieure, elle fit dire à la
Communauté d'aller devant le Saint-Sacrement, demander au Seigneur l'heureux
succès de cette affaire. Sa confiance ne fut pas vaine, à peine y avait-il un demi-quart
57
d'heure que nous étions en prière, que ces Messieurs changèrent de sentiments d'après
une proposition que leur fit notre chère Mère. Elle offrit de leur abandonner environ
sept pieds de terrain d'une petite chambre qu'occupaient nos Soeurs Tourières, pour
bâtir le réservoir de la ville, et se chargea encore de faire évacuer l'excédent des eaux
de la fontaine de la ville et de celle de notre maison. On consentit à ces propositions,
dont nous avons un acte en bonne forme ; notre chère Mère fit creuser un puits dans
la cave qui règne sous le magasin d'eau de la ville, pour en recevoir l'excédent. Elle se
pourvut ensuite de corps pour les conduites qu'elle voulait faire dans notre maison. Le
premier est un corps de fer attaché à la voûte d'une cave près du réservoir de la ville,
il conduit l'eau dans celui qu'elle a fait construire près de notre buanderie : par le
moyen de robinet, l'eau remplie deux grands bassins de ciment dont nous avons déjà
parlé. On s'évite la peine de jeter la lessive par le moyen d'une petite pompe que l'on
a mise dans la chaudière, qui porte la lessive sur le cuveau, tandis qu'une autre à côté
y porte l'eau froide. On peut encore par le secours de ces pompes, faire passer l'hiver,
dans des conduits de fer-blanc, l'eau chaude dans le bassin où on lave le linge. Ces
avantages nous procurent encore l'agrément d'un jet d'eau au milieu de notre jardin,
qui sert à l’arroser, et à conserver du poisson dans un réservoir. Le troisième conduit
mène l'eau à la cuisine et au Réfectoire.
Notre très Honorée Mère s'appliqua dans ces ouvrages à procurer un avantage
utile et commode à la Communauté ; mais sa prudente économie évita tout ornement
superflu. Ses soins assidus et continuels, pour s'assurer de la solidité de l'ouvrage,
altérèrent beaucoup sa santé, qu'elle ne ménageait nullement, car après avoir passé les
journées entières à voir travailler les ouvriers, elle employait une partie des nuits aux
écritures que demandait sa charge. Les croix qui en sont inséparables ne lui
manquèrent point, quoi que sa rare et solide vertu lui eût concilié l'estime et le respect
de toutes les personnes qui la connaissaient. Ses grandes qualités ne purent la mettre à
l'abri des calomnies qu’un zèle aveugle et indiscret débita contre elle et sa
Communauté. Les règles de la justice et de l'équité auxquelles on manqua à notre
égard dans cette occasion, ne nous dispensent pas de celle que nous impose la charité
à l'égard de l'auteur de cette persécution, dont nous supprimons le nom et le
caractère ; nous dirons seulement que notre vertueuse Mère soutint longtemps en
silence la pesanteur de cette croix, ne voulant que Dieu pour témoin de son sacrifice.
Cependant il faut avouer qu'elle porta trop loin sa discrétion ; car sa patience donna le
loisir à la calomnie de faire de fâcheuses impressions sur l'esprit des personnes que
l'on avait faussement prévenues : il fallut enfin s'expliquer, et notre chère Mère eut
besoin, pour prouver son innocence et l'intégrité de nos sentiments, de mettre en
usage toute la sagesse et la prudence dont elle était douée. Elle eut la consolation de
détruire entièrement toutes les fosses aux impressions que l'on avait données ; mais
58
nous avons attribué à la violence qu'elle se fit en cette occasion, et à la sévérité qu'elle
avait pour elle-même, la maladie qui nous fit tout craindre pour sa vie la dernière
année de sa supériorité. Le Seigneur exauça pour lors les voeux ardents que nous lui
offrîmes, pour obtenir de sa bonté la conservation de cette chère Mère ; mais la suite
prouvera que ce ne fut pas pour longtemps.
Élection de la Mère Anne Joseph Bonneau 1748.
L'année 1748, nos suffrages mirent à notre tête notre Très Honorée Mère Anne
Joseph Bonneau, qui eut la douleur de perdre nos deux respectables Déposées. La
dernière qui alla recueillir le fruit de ses travaux fut notre Très Honorée Mère
Françoise Thérèse Jeanot. Elle avait ardemment désiré ne jamais reprendre la charge
de Supérieure ; ses vues en cela étaient bien différentes des nôtres ; mais le Seigneur
exauça ses voeux à notre grand regret.
Mort de la Soeur Déposée Françoise Thérèse Jeanot
Quelques jours avant notre élection, nous eûmes la douleur de la voir atteinte
d'une maladie dont il n'y avait pas d'espoir qu'elle pût se rétablir : une fièvre continue
et un squire8 au foie ne nous annonçant que trop que nous ne pourrions la conserver
longtemps. Elle fut alors hors d'état de quitter l'infirmerie, où elle soutint avec
patience et soumission à la volonté de Dieu, les ennuis et les dégoûts inséparables
d'une aussi longue maladie. Trois jours avant sa mort elle se plaignit d'un point de
côté, dont elle fut soulagée par une saignée. Les deux jours suivants elle nous parut
fort accablée, l'oppression de poitrine, augmentant considérablement, nous fit
connaître le pressant danger où elle était, nous lui proposâmes de lui faire recevoir les
sacrements. Elle répondit qu'elle ne se croyait pas assez mal, mais qu'elle se rendrait à
ce que notre Très Honorée Mère souhaitait, par devoir et par inclination. Monsieur
notre Confesseur les lui administra à cinq heures et demie du soir ; notre chère
mourante profita de la parfaite présence d'esprit dont elle jouissait, pour s'acquitter de
ces derniers devoirs de piété avec les sentiments d'une foi vive et d'une fervente
dévotion, marquant son affection à la régularité par son exactitude aux moindres
cérémonies marquées pour cette circonstance. Après Matines, elle pria instamment
notre Très Honorée Mère de se retirer, lui promettant de la faire avertir si elle se
trouvait plus mal. À minuit elle dit à celles de nos Soeurs qui la veillaient, qu'elle
entrait en agonie et désirait parler à notre chère Mère qui s'y rendit à l'instant. Alors
cette chère mourante lui dit : « ma Mère, voici mes derniers moments » ; comme
notre digne supérieur lui demanda si elle n'avait rien qui lui fit de la peine, elle
répondit qu'elle n'en avait point de quitter la vie ; que son unique regret était ses
négligences au service du Seigneur. Elle s'unit, avec un air pénétré de la plus fervente
8 Maladie du genre cancer
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piété, aux actes d'humilité, de contrition et d'amour qui lui furent suggérés ; son attrait
pour les versets des Psaumes fit commencer le premier des Psaumes de la pénitence,
elle expira au troisième verset avec tant de tranquillité, qu’on crut y voir une image
de la paix de sa belle âme. Ce fut le 5 novembre, de l'année 1750, que nous eûmes la
douleur de perdre cette Très Honorée Soeur ; elle était âgée de 69 ans, et en avait 52
de profession au rang des Soeurs associées.
Mort de la Soeur Déposée Barbe Éléonore Guichard.
Elle avait été précédée de sept mois par notre respectable Mère Barbe Éléonore
Guichard, qui depuis deux ans était dans un état continuel, qui nous faisait voir que le
Seigneur achevait de purifier sa victime, pour la faire entrer de suite en possession de
son royaume. Aucun soin ne fut négligé pour nous conserver ce modèle de vertu, qui
continuait de nous édifier par la pratique constante d'une profonde humilité.
Notre chère Mère fut aussi surprise qu'infligée de l'assurance que lui donna
cette chère Déposée, dans sa retraite de 1749, quelle serait la dernière de sa vie, et
que le Seigneur, dont elle ne pouvait trop bénir les miséricordes, prenait soin par Luimême
de la préparer au redoutable passage du temps à l'éternité. Les humbles
sentiments qu'elle avait d'elle-même lui faisaient vivement appréhender les terribles
jugements du Seigneur ; il calma par un effet de sa bonté ses pénibles dispositions,
qu'il n'avait permises dans notre chère Soeur que pour servir d’épreuve à sa vertu, et
non pour en être l'écueil. Elle eut le bonheur de jouir d'une parfaite tranquillité
d'esprit durant les cinq jours de sa dernière maladie, qui fut une pluri-pulmonie. Le
crachement de sang et l'ardeur d'une fièvre continue, ne nous annoncèrent que trop la
perte dont nous étions menacées. Monsieur notre médecin en forma le même
jugement dès la première visite ; notre recours, dans notre profonde douleur, fut de
nous adresser au Ciel par des voeux et des prières, pour obtenir la prolongation de
jours si précieux à notre Communauté. Quelques justes que nous parussent nos désirs
ils ne furent point exaucés ; le Seigneur avait résolu de couronner la persévérante
fidélité de notre vertueuse Soeur. Attentive à profiter de tous les moments qui lui
restaient, elle ne s'occupa qu'à faire un saint usage de ses maux ; ils ne diminuèrent
point son application intérieure ; toujours unie à Dieu elle attendait, avec une parfaite
adhérence à sa volonté, tout ce qu’il lui plairait ordonner d'elle. Ce fut dans ces
saintes dispositions qu'elle reçut les derniers sacrements, avec les sentiments d'une foi
vive animée par les ardeurs d'une fervente charité. Elle prie encore le soin en cette
extrémité de nous consoler de l’affliction que nous causait sa séparation, nous
exhortant à adorer les desseins du Seigneur par notre soumission à ses volontés. Nos
Soeurs Infirmières avertirent que la chère malade s'affaiblissait, notre chère Mère se
rendit à sa chambre et remarqua que l'oppression de poitrine augmentait
considérablement, et annonçait ses derniers moments. On dit les prières de la
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recommandation de l'âme, pendant lesquelles notre Très Honorée Mère s'apercevant
que la chère mourante était extrêmement agitée, elle lui dit qu'elle était persuadée que
ces agitations extérieures n'influaient pas sur les dispositions de son esprit et de son
coeur. Elle répondit : « non, ma Mère, l'un et l'autre sont en paix, et ne désire que
l'accomplissement des volontés du Seigneur ». Après ces paroles elle perdit
connaissance, un quart d'heure après elle expira en présence de plusieurs de nos
Soeurs et de notre Mère. La certitude morale du souverain bonheur dont elle était, ou
allait être jouissante, fut le seul motif qui put adoucir l'amertume de notre juste
douleur. Ce fut le 8 avril 1750 que nous fîmes cette perte, notre respectable Soeur était
âgée de 51 ans et en avait 30 de profession.
On érige la confrérie du Sacré-Coeur.
Le Seigneur, après tant de peine, nous donna la consolation d'ériger dans notre
église la dévotion au Sacré-Coeur de Jésus. Tous les premiers vendredis du mois le
Saint-Sacrement est exposé une partie de la matinée et de l'après dîner ; le prêtre fait
publiquement l'amende honorable avant la bénédiction du soir. Le concours du
peuple et les communions qui se font aux deux Messes, nous donnent la satisfaction
de voir croître cette solide dévotion. Pour y contribuer, nous avons obtenu du Saint-
Siège des Indulgences plénières, qui excitent le désir d'entrer dans une confrérie que
l'église enrichit de temps de trésors de grâces, et qui est la source d'abondantes
bénédictions.
L'auguste sacrement de nos Autels étant le plus tendre objet de la dévotion de
notre Très Honorée Mère, elle désirait depuis longtemps nous voir un ostensoir, plus
digne de la Majesté de celui qui veut bien, pour notre amour, y être exposé à nos
adorations. Celui que nous avions été fort petit et antique, elle l'exprima la peine
qu'elle en éprouvait aux dignes Supérieures de nos Monastères de Strasbourg, Nancy
et Pont-à-Mousson, qui, remplies de zèle pour le culte du Seigneur, contribuèrent à
l'achat d'un autre ostensoir en argent, dont nous sommes aussi redevables à plusieurs
parents de nos Soeurs. Il est en argent, du poids de neuf marcs, et d'un très beau
travail ; il coûta 900 livres.
Retranchement d’un abus.
Nous avons encore à notre très Honorée Mère Anne Joseph Bonneau, une
obligation dont cette maison sent tout l'avantage. On sait que la grande pauvreté a ses
écueils comme le trop d'aisance. Il s'était glissé insensiblement un abus à l'égard des
infirmités, les parents de quelques Religieuses fournissant aux besoins extraordinaires
qu'exigeaient les maladies. Comme toutes ne trouvaient pas les mêmes ressources
dans leurs familles, il en résultait une différence dans le traitement, et notre Très
Honorée Mère le remarquait avec peine. Elle y voyait en outre une coutume contraire
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à l'Observance, et dès qu'elle fut en charge elle crut de son devoir d'y remédier, et se
servit de la première occasion qui se présenta. Dans un temps où plusieurs de nos
Soeurs furent attaquées de maladie, il fallut à la suite faire boire les eaux à une, et
faire du feu à une autre dans une chambre particulière ; on vint demander à notre
chère Mère qui fournirait à la dépense des eaux et du bois. Elle se contenta de
répondre : la Maison, ma Soeur ; ce seul mot termina tout, et servit ensuite de règle
pour ces sortes d'occasions.
Relation du triduum de la Béatification de notre Sainte Mère de
Chantal.
Une grande consolation était réservée à cette Très Honorée Mère, celle de
célébrer la béatification de notre Sainte Mère de Chantal ; elle signala son zèle en
cette circonstance, et n'épargna ni soins ni peines pour témoigner son amour filial à
notre Bienheureuse Fondatrice. La fête commença le lundi, 4 septembre 1752 ; nous
allons en donner la relation telle qu'elle a été écrite par monsieur Demange architecte,
qui a aussi décrit les fêtes de nos Soeurs de Nancy et de Strasbourg.
Description de l’église.
« La disposition de l'église est en croix latine, dont le fond est terminé en demicercle.
L'ordre d'architecture règne au pourtour sans être interrompu, et les quatre
piliers qui forment le milieu de la Croix, portent sur leurs arcs doubleaux un dôme,
qui compose la partie du sanctuaire séparée de la nef par une balustrade, ou appui de
communion, peinte en bleu, dont les ornements sont dorés en or de ducat. La porte
représente dans son milieu les armes de la Visitation, et les deux panneaux à côté sont
ornés des Noms de Jésus et de Marie.
Le Maître-Autel est placé sous le second arc du dôme ; derrière dans la partie
cintrée se trouve la sacristie.
Dans le croison à gauche, en entrant, l'Autel de la Visitation se présente en
face ; le fond est occupé par le choeur des Religieuses.
À droite est l'Autel de la Bienheureuse Mère de Chantal, qui répond à celui
dont on vient de parler. L'entrée de l'église est ornée d'une tribune.
Avant d'arriver à l'église, il y a une petite cour d'entrée, dont la porte, placée
dans le milieu, est enrichie d'une architecture de bon goût, qui la rend fort agréable.
Les tablettes portaient dans toute la longueur du mur de clôture de l'entrée, des
caisses de lauriers.
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On avait placé sur le portail un tableau, représentant la Bienheureuse Mère de
Chantal, environné de lauriers, ce qui rendait l'aspect fort agréable par cette variété de
verdure, mêlée avec l’architecture.
Les Dames Religieuses pour décorer convenablement leur église, qui passe
pour une des plus belles de la ville, avait fait blanchir tout l'intérieur en blanc
d'Espagne ; les corniches, cordon, pilastres, et tout ce qui dépendait de l'ordre de
l'architecture, était d'une couleur gris de lin.
Le dessus des corniches du sanctuaire et de la nef, était orné de lauriers,
entremêlés de vase de fleurs artificielles, parfaitement belles et artistement rangées.
Entre chaque pilastre de la nef, il y avait de grands tableaux avec leurs
bordures dorées ornées de sculpture, au-dessous desquels paraissait une belle tenture
de tapisserie de bouquets de roses, qui conserve depuis un grand longtemps toute la
vivacité des couleurs.
Au milieu des pilastres de la nef était enrichi de plaques dorées, qui régnaient
de même dans la partie du sanctuaire, portant un luminaire en forme pyramidale par
la distribution des girandoles.
Le Maître-Autel, digne de l'admiration des connaisseurs par la beauté de son
architecture en marbre, avait le dessus de la corniche orné de lauriers et de fleurs
artificielles ; cette variété de fleurs et de verdure, régnant dans le tour de l'église,
répondait parfaitement à l'harmonie, à l'accord et au bon goût que l'on avait cherché
dans toute cette décoration ; cet arrangement exécuté avec art, faisait une
merveilleuse symétrie.
Le tableau de la Bienheureuse Mère de Chantal, servant de retable, peint par
Monsieur Girardet, premier peintre du Roi de Pologne, fait bien connaître les grands
talents de cet artiste. C'est une pièce achevée, la Bienheureuse y est représentée
couronnée de la main des Anges, recevant les Constitutions de celle de saint François
de Sales, ce saint lui montre de l'autre main le chemin de la gloire, comme la
récompense due à sa fidélité, et aux longs et pénibles travaux qu'il a soufferts.
Le tour et les rayons de l'Ostensoir étaient garnis de magnifiques pierreries,
dont l'éclat brillait à la clarté de 42 lumières qui ornaient le grand Autel, ce qui
formait un charmant coup d'oeil. Une très belle argenterie dont le travail aussi
précieux que la matière, était placée à propos sur les gradins de l'Autel, et portait de
gros flambeaux distribués avec art, noblesse et sans confusion, parmi un grand
nombre de vases ornés de bouquets et de fleurs.
63
Il y avait de part et d'autre du Maître-Autel deux planches de 12 pieds de
hauteur, peintes en bleu, formant un ciel, garnies chacune de 250 lampions, et
enrichies d’étoiles de cristal et de cailloux du Rhin ; au-dessous on voyait les signes
du zodiaque, le soleil et la lune, surmontés de deux coeurs enflammés, couronnés de
pierreries, avec ces mots :
« Les justes brilleront comme le soleil. »
Le luminaire de cette partie fixait les yeux des spectateurs par l'arrangement
agréable avec lequel il était distribué ; le tout allumé ravissait et animait la dévotion
d'un chacun, et ne laissait rien à désirer pour la satisfaction de la vue, ce qui faisait
assez sentir le bon goût de la décoration.
Les deux Autels placés dans les croisons du sanctuaire, dont le goût de
l'architecture fait la principale beauté par son ingénieuse composition, avaient de
même une très belle argenterie sur leurs gradins, portant de gros flambeaux dans le
milieu desquels on avait mis des niches de bois doré, travaillées en sculpture, dont le
fonds était orné de glaces ; au milieu étaient des statues d'argent de Saint François de
Sales, et de la Bienheureuse Mère de Chantal, l'une et l'autre d'un travail parfait.
Les vases ornés de bouquets de fleurs artificielles variées, relevaient la parure
des Autels, dont les ornements étaient un fonds de glaces d'argent, relevé en or et
fleurs naturelles.
C'est un ouvrage dont la propreté, la délicatesse et le bon goût font l'admiration
des personnes les plus capables d'en juger sainement. Les cadres des tableaux des
trois Autels étaient dorés et enrichis de sculptures.
Au-dessus de la grille du choeur des Dames Religieuses, on avait placé un
tableau de la Bienheureuse de Chantal, environné d’un beau luminaire : le cadre était
garni d'une guirlande de fleurs artificielles, enrichi de pierres de stras et de cailloux
du Rhin, sous un dais de damas vert, dont la campane festonnée, de même que les
rideaux, était garnie de galons et de franges d'argent. Cette partie faisait un fort bel
ornement dans le Sanctuaire.
Le milieu de l'église était aussi orné de cinq beaux lustres, chargés de cierges,
et d'une lampe d'argent richement travaillée.
Le luminaire ainsi disposé, faisait un très bel effet, et plaisait à tous les
spectateurs, qui admiraient le grand nombre de lustres et de girandoles.
Les chapes qui ont servi à célébrer le Service divin, pendant les trois jours de la
cérémonie, étaient magnifiques par leur richesse et leur travail. Il y en avait une d'une
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étoffe fond blanc à grands ramages or et argent, et fleurs de soie. Une autre de
brocart, et les offrait d'un parterre or et argent.
La décoration a plu à tous les assistants par le bon goût qui régnait, et a mérité
l'applaudissement général.
Monseigneur de Saint-Simon, évêque de Metz, des attentions et bontés duquel
le Monastère de la Visitation ne pourra jamais assez se louer, ce qui fait l'admiration
de tout le monde, par les éminentes qualités qui le rendent un Prélat du plus
accomplis, lui fit présent de la somme de 300 livres pour contribuer aux frais de cette
cérémonie, lorsqu'il lui envoya la permission de la célébrer.
Ouverture de la fête.
Le lundi quatre du mois de septembre, l'ouverture de la fête se fit à trois heures
après-midi. Monsieur l’Abbé Raveaux, Pro-Vicaire et Promoteur Général du diocèse
de Metz, se rendit dans l'église de la Visitation à la tête du Séminaire de Saint-Simon,
composé de 60 séminaristes, qui vinrent en procession. Monsieur le Promoteur monta
en chaire, où il fit un discours relatif à la cérémonie, avec une éloquence et une
érudition que l'on remarque dans tous ses discours ; il releva beaucoup les sentiments
de distinction et d'estime, dont le Prélat honore la Maison de la Visitation. Il lut
ensuite le bref de notre Saint-Père le Pape, pour la Béatification de la Bienheureuse
Mère de Chantal, à la fin duquel il entonna le Te Deum, qui fut poursuivi par le
choeur, et accompagné d'une très belle symphonie et d'une décharge de 100 boîtes.
Ensuite on chanta Vêpres, suivies de la Bénédiction, et d'une seconde décharge de
boîtes. Le salut fut très solennel.
Le mardi, premier jour de la fête, Messieurs les Chanoines du Chapitre de la
Cathédrale, et de la Collégiale de Saint Thiébault, vinrent en procession. Ces
Messieurs se placèrent avec beaucoup d'ordre dans le choeur, pendant que Monsieur
le Princier se prépara pour célébrer la Sainte Messe.
La Messe fut chantée en musique, accompagnée d'une très belle symphonie,
qui toujours servit d'orgue aux grand-Messes, et à tous les offices des trois jours,
ensuite on se retira processionnellement.
L'après-midi, Messieurs les Curés de la ville, accompagnés du clergé de leur
paroisse, se rendirent dans cette église pour chanter Vêpres ; le panégyrique de la
Bienheureuse de Chantal fut prononcé par Monsieur Martin, Chanoine Régulier de
Saint-Antoine, qui fit l'admiration de tous les assistants par la force et la beauté de
son discours, la pièce fut trouvée parfaite, ensuite le Salut et la Bénédiction.
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Le mercredi, second jour de la fête, Messieurs les Curés vinrent en corps
chanter la Grand’messe et les Vêpres, le panégyrique fut prononcé par un Révérend
Père Minime, qui satisfit son nombreux et respectable auditoire. Le Salut termina la
journée.
Le jeudi, dernier jour de la fête, Messieurs les Chanoines Réguliers de Saint-
Antoine, desservant l'église de la Visitation depuis un grand nombre d'années,
officièrent à la Messe et aux Vêpres. Le Révérend Père Valentin, Capucins, fit le
panégyrique, qui fut fort approuvé. Après le Salut et la Bénédiction, la fête fut
terminée par le Te Deum ; il fut accompagné de la musique, et suivi d'une décharge
de boites que l'on avait placées dans le jardin.
Le concours a été fort grand à cette fête, et le nombre des communiants très
considérable ; le peuple accourait de toutes parts pour satisfaire sa dévotion. Tout le
monde a paru content de la manière dont tous les offices ont été chantés, ainsi que des
instruments et de la symphonie.
Le même jour les Dames Religieuses firent faire une très belle illumination en
dehors de la rue. Une quantité de lampions, placés sur toutes les faces de la Maison,
et le mur de la porte d'entrée, produisaient un agréable coup d'oeil par leur charmante
distribution, qui attira une foule de spectateurs. Les trois Régiments de la garnison
firent jusqu'à dix heures une agréable musique, qui fut suivie de deux décharges de
boîtes.
La Communauté animée de zèle pour l'exaltation de la Bienheureuse Mère de
Chantal, qui donne un nouveau lustre à tout l'Ordre de la Visitation, par les honneurs
du culte public que lui a décerné le Souverain Pontife Benoît XIV, s'est efforcée de
rendre cette fête aussi brillante qu'il lui a été possible. Ces dignes Religieuses,
imitatrices des vertus du grand Saint François de Sales, et de leur Bienheureuse
Fondatrice, ne pouvaient assez marquer leur joie de ce que leurs voeux étaient
exaucés, et leurs espérances remplies, par la manifestation des vertus héroïques de la
sainteté de leur Bienheureuse Mère. Leur consolation a été redoublée, envoyant
l'unanimité des voeux de tout le monde chrétien, qui désirait depuis si longtemps cette
exaltation, et l'heureux jour auquel le Vicaire de Jésus-Christ, ce Pape si éclairé, a
prononcé, et lui a décerné le culte public solennellement à Rome, le 21 novembre de
l'année 1751 par la Basilique du Prince des Apôtres.
Les fidèles venaient en foule vénérer la Relique de la Bienheureuse ; on n'y
voyait une quantité d'infirmes, qui venaient implorer son intercession auprès de Dieu
pour leur guérison.
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Heureux jours de joie pour tous les chrétiens dit l'auteur en terminant, si cette
Bienheureuse pouvait obtenir auprès du Père des miséricordes, de dessiller les yeux
de tous les Luthériens qui sont dans cette grande ville, et de les ramener au sein de la
véritable Eglise.
Si la solennité dont il vient d'être parlé, eut répondu à l'ardeur de notre
vénération pour notre Bienheureuse Mère, elle eut égalé tout le brillant des
magnifiques relations que nous recevions de nos chers Monastères ; mais quelque
ardent que fut notre zèle il dut céder à la modicité de notre temporelle. Nous
n'eussions même pas été en état de fournir à la dépense que nous avons faite, sans les
bontés de notre illustre Prélat, qui non content de nous faire ressentir la générosité de
son coeur, nous faisait aussi éprouver sa puissante protection à la cour, et montrait son
estime pour notre Très Honorée Mère dans les occasions ; en voici un trait qui fait
l'éloge de tout deux.
Fermeté généreuse de la Mère pour l’Observance.
Notre chère Mère eut à conduire un esprit troublé de scrupules, un génie dont
l'imagination vide s'appliquait à chercher sa tranquillité, mais qui par ses pénibles
dispositions ne l'aurait jamais eue seulement en spéculation. Cette personne jugea
que, dans l'intérêt de son salut, un changement de maison serait favorable et même
nécessaire à sa position ; en conséquence elle accepta les offres que sa famille,
distinguée et accréditée, lui fit de parler pour elle à Monseigneur de Saint-Simon.
Messieurs ses parents firent donc à sa Grandeur un exposé de la nécessité de ce
changement, et d'après leurs sollicitations il jugea la chose possible, et leur promis ce
qu'ils demandaient. Il ne s'agissait plus que d'avoir le consentement de la Supérieure,
et le Prélat se flattait que c'était une affaire facile à résoudre ; il vint trouver notre
Très Honorée Mère pour lui déclarer sa volonté, sans se douter de l'obstacle qu'il
allait rencontrer. Elle écouta, dans un prudent et respectueux silence tout ce que sa
Grandeur exigeait, et prétendait ordonner ; mais le Prélat lui ayant demandé son
sentiment, elle lui répondit avec une généreuse humilité.
« Monseigneur, vous êtes le Maître ; je sais l'obéissance de devoir que je vous
dois ; mais il se trouve une difficulté. » « Quelle est-elle donc, ma fille ? » Répartit le
Prélat. « J'ai une grâce à demander à votre Excellence, avant que d'adhérer à la
demande que vous voulez autoriser, permettez que je fasse la démission de ma
charge entre vos mains. Nos Saints Fondateurs, Monseigneur, nous défendent ces
changements, et tant que je serai en place je ne le souffrirai jamais, ma conscience
n’y peut souscrire : si la chose avait lieu, je puis vous assurer que ce serait une porte
ouverte à quiconque aurait à alléguer des raisons qui serviraient de prétexte à
d'autres, et quelque chimériques qu'ils fussent on trouverait moyen, par l'exemple, de
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rendre légitime ces sorties absolument contraires aux termes de la formule de nos
voeux, qui porte le sacrifice de nos vies et de notre personne ; d'ailleurs,
Monseigneur, pourrait-on compter sur nos sociétés. » Ce grand évêque admira la
sage réponse de notre Très Honorée Mère, et la force de ses objections ; Il répartit :
« Vous avez raison, ma fille, je me désiste, et me saurais bien mauvais gré de vous
jamais inquiéter ; ainsi il n'en faut plus parler, ni qu'il en soit question. »
Ce bon Prélat eut depuis encore plus d'estime pour notre chère Mère, et
convainquit si bien les personnes intéressées de la justesse de ces raisons, que ces
parents religieux vint remercier notre digne Supérieur de l'opposition qu'elle avait
faite à leur requête, avouant qu'ils étaient dans l'erreur, et la priant de continuer ses
bontés à leur Soeur.
On reçoit une Religieuse Urbaniste.
Une Dame Clarisse, dite Urbaniste avait été mise chez nous par lettre de
cachet, au commencement de la Supériorité de notre Très Honorée Mère, qui mit tous
ses soins à examiner le sujet dont elle reconnut les excellentes qualités. Nous ne
pouvons dire ici les raisons qui portèrent sa famille à solliciter ce changement, mais il
nous fut avantageux ; car la satisfaction qu'elle goûta parmi nous lui fit concevoir le
désir de s'y fixer, et Madame sa Mère ayant obtenu un bref de Rome pour sa
translation d'Ordre ; après les procédures juridiques faites à l'officialité et les
suffrages du Chapitre, notre chère Soeur Catherine Geneviève d’Hétier eut le bonheur
de prendre notre Saint habit, et de faire la sainte Professions à la fin de son année de
probation ; il y en avait cinq qu'elle habitait notre Monastère.
On supprime le Monastère de la Présentation, quatre Dames
viennent dans le nôtre.
Dans le même temps, il nous fallut aussi recevoir quatre autres Religieuses,
dont nous n'avons eu qu'à nous applaudir, ce fut au sujet de la suppression du
Monastère des Dames de la Présentation, dite de Sainte Élisabeth, en cette ville. Le
remboursement d'une partie de leurs fonds en billets de banque, les avait mises hors
d'état de subsister de ce qui leur restait en fonds de terre, dont l'entretien et les
réparations coûtent toujours beaucoup. Cette respectable Communauté, composée de
21 Religieuses du choeur et d'une Soeur converse, ne pouvant fournir à la dépense
nécessaire pour subsister, fut dispersée dans les maisons Religieuses de Metz, où il
fut payé pour chacune 300 livres de pension. Le 5 juillet fut le triste jour de leur
séparation ; à cinq heures du matin, nous ouvrîmes notre porte à quatre de ces Dames,
dont une avait sa Soeur Professe du choeur parmi nous. Notre Communauté crut
devoir en cette occasion, quitter le service de Dieu pour celui du prochain, c'est
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pourquoi nous sortîmes de l'Oraison pour tâcher d'adoucir par toute la cordialité
possible, la juste affliction dont ces bonnes Religieuses étaient pénétrées. Leur piété,
leurs vertus, et toutes leurs excellentes qualités, nous rendirent leur société également
aimable et édifiante.
Notre chère Mère Anne Joseph Bonneau laissa la Communauté au nombre de
23 Professes du voile noir, deux Novices, une Postulante pour le choeur, quatre Soeurs
domestiques, une Novice pour ce rang, deux Soeur Tourières et une Postulante, 26
Pensionnaires et trois filles de services.
Election de la Mère Anne Victoire d’Auburtin 1754.
À l'ascension de l'année 1754 nous porta nos suffrages sur notre Très Honorée
Mère Anne Victoire d'Auburtin. L'esprit de piété, de ferveur, de charité et de zèle, qui
formait le caractère de cette digne Supérieur, nous fit goûter tous les avantages
attachés à un mérite aussi distingué. Une seule chose put empêcher qu'elle rendit
notre bonheur entier, et troubla le sien, ce fut sa conscience un peu trop timorée, qui
rendit son gouvernement, sur certains points, différent de celui de sa devancière. Elle
se prévalut cependant du bon jugement de cette Très Honorée Soeur dans les affaires
importantes, et n’eut jamais qu'à s’en applaudir ; nos Soeurs Novices furent surtout
heureuses d'être confiées à ses soins, et plus d'une lui dut sa persévérance.
On bâtit le reste du Monastère.
Notre Très Honorée Mère Anne Victoire d'auburtin eut besoin de son zèle et de
son affection pour le bien de notre Communauté, pour se dévouer comme elle le fit à
nos intérêts. La dureté des temps qui se faisaient sentir même aux personnes les plus
riches, peut faire comprendre la situation d'une Maison, qui, depuis sa fondation,
n'avaient subsisté que par les soins d'une spéciale Providence, dont nous ne pouvons
assez exalter et reconnaître les bienfaits. Cependant, pour éviter le malheur d'être
ensevelies sous les ruines de nos anciennes demeures, il était urgent de bâtir, forte de
sa confiance en Dieu, notre chère Mère l'entreprit, et les secours qu'elle reçut dans ses
deux triennaux, la mirent en état de faire construire heureusement les deux grands
corps de logis qui étaient devenus indispensables.
La première partie du cloître, avec le corps de logis qui contient la tour, la
chambre de la Soeur Portière, les Parloirs, l'économie, et l'appartement de nos
demoiselles Pensionnaires, avait comme nous l'avons dit, était bâti en 1730, par les
soins de notre Très Honorée Mère Marie Ursule de Custine, dont la mémoire se
conserve avec reconnaissance dans cette Maison. Notre Très Honorée Mère Anne
Victoire d’Auburtin continua les trois autres parties du cloître, où elle fit placer des
vitrages qui nous mettent à l'abri des injures de l'air. Le côté qui répond au premier
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construit, sert d'avant choeur, séparé à chaque bout par une porte de bois de chêne à
deux battants : la grande porte du choeur est de même ; elle a huit pieds de hauteur sur
cinq de largeur ; et le dessus et décoré d'une très belle sentence. Le choeur a 33 pieds
de longueur sur 26 de largeur ; il est séparé par quatre grands portiques de
menuiserie, de sorte que les stalles font le carré. Entre les portiques sont placés 19
bancs avec leurs assises et appuis ; un côté est occupé par les Soeurs Associées, et
l'autre par nos demoiselles Pensionnaires ; derrière les stalles du fond se trouve une
allée pour éviter à la Soeur sacristine de passer au milieu du choeur. Le choeur a 16
pieds de haut, le plafond est fait en voûte avec compartiment, et dans le milieu se voit
un Saint Esprit. Comme la boiserie n'a que quatre pieds de hauteur, le surplus est
garni de grands tableaux fort beaux. Dans le fond de l'allée des Soeurs Associées, est
la porte d'une petite sacristie pour passer les ornements ; le choeur est distribué de
manière que les portiques ne diminuent point le jour des quatre grandes croisées, qui
ont dix pieds de haut sur cinq de large ; elles sont directement dans le milieu, et sont
faites à petits bois. Dans le même côté de cloître qui joint le choeur, est la grande
sacristie, qui a 26 pieds de longueur sur 14 de largeur ; il y a une cheminée, et deux
croisées, qui prennent le jour sur le jardin comme celle du choeur. Dans la quatrième
partie du cloître est placée une fontaine, peinte en marbre. Le jardin du cloître a plus
de quatre toises en carré, autour duquel est un pavé de pierre de taille, d'environ six à
sept pieds de largeur ; dans le jardin on a pratiqué un jet d'eau, qui a six pieds de
diamètre, entouré d'un gazon d'Espagne, qui fait un coup d'oeil agréable. Du cloître on
est conduit dans le vestibule, où est placé le grand escalier qui conduit au dortoir ;
l'escalier du premier étage est fait de pierre, avec une rampe de fer très simple vernis
en bleu. Le vestibule sert de passage pour l'entrée du jardin, dont la porte est faite en
architecture, avec des refends en tours creuses ; le dessus de la corniche est couronné
d'un fronton cintré et coupé ; le milieu est orné des armoiries de l'Ordre. On est
conduit par ce côté de cloître dans la cuisine, qui prend jour sur le jardin par de
grandes croisées : elle est voûtée, et a 26 pieds de longueur sur 20 de largeur. De la
cuisine, on entre dans la dépense et dans le lavoir, où il y a une fontaine ; vis-à-vis la
cuisine est une porte d'architecture, ornée de pilastres, de corniches de frontons
coupés : dans le milieu sont placées les armoiries de Monseigneur de Saint-Simon,
notre digne Prélat, comme à la principale porte du bâtiment. À l'angle de l'allée de
cloître de retour est placé une fontaine, qui est à portée de la Boulangerie, de cette
allée on entre au Réfectoire, qui a 52 pieds de longueur sur 22 de largeur et 16 de
hauteur ; il est éclairé par six grandes croisées ; dans l'un des fonds et la taque de la
chambre de la Communauté, ce qui fait poêle ; à l'autre fond est une fontaine placée
dans une niche peinte en marbre, au-dessus sont les armoiries de l'Ordre ; dans le
trumeau du milieu des six croisées, est placée la chaire de la Lectrice. Les bancs et les
tables sont comme prescrits le coutumier. Cette pièce est soutenue par trois grandes
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arcades, et plafonnée avec compartiment. En sortant du réfectoire on entre dans la
chambre de Communauté ; elle a 33 pieds de longueur sur 25 de largeur ; elle est
éclairée de cinq grandes croisées, la cheminée est peinte en marbre, le tour de la
chambre est garni de table à armoires pour serrer les ouvrages. Dans le fond de cette
chambre, qui nous sert aussi de Chapitre, on a érigé un oratoire dédié à la Sainte
Vierge ; le tableau du retable nous représente cette Auguste Reine donnant sa
bénédiction au Monastère, que notre chère Mère a mis sous sa sainte protection, la
choisissant pour Supérieure perpétuelle de cette Communauté ; nous renouvelons
tous les ans cette élection le jour de sa glorieuse Assomption. Dans le fond du cloître,
en sortant de la chambre de Communauté, est un vestibule, où est placé un grand
escalier de dégagement, qui conduit aux infirmeries. Du grand escalier du corps de
logis en face de celui de nos demoiselles Pensionnaires, on est conduit dans le
premier dortoir, qui a 15 toises de longueur sur deux de largeur. Le dortoir est
soutenu par quatre grandes arcades en pierre de taille, qui posent sur des pilastres
avec leurs bases et chapiteaux : dans cette partie il y a 14 cellules, qui ont chacune 10
pieds de longueur sur huit à neuf de largeur. Dans un des fonds du dortoir, est un
grand vitrail, de 12 pieds de largeur sur huit de hauteur, fait en cintre ; à l'autre fond
est une grille qui donne vis-à-vis le maître-Autel de notre église, où les Soeurs
infirmes peuvent entendre la Messe. À côté de cette grille sont placés deux oratoires,
un de l'Annonciation de la Sainte Vierge, et un autre dédié à Sainte-Geneviève. D'un
côté est un cabinet voûté pour mettre les archives, et de l'autre est un cabinet, dans
lequel il y a une grille qui donne dans l'église : ce cabinet sert de passage pour aller
sur une galerie qui conduit à un petit parloir. Dans cette partie, vis-à-vis de l'escalier,
est une porte vitrée, qui conduit sur une seconde galerie au-dessus du second retour
du cloître, et qui va droit à l'économie. À un des bouts du premier dortoir, près du
grand vitrail, sont pratiquées deux entrées ; l'une conduit à la pharmacie, et l'autre au
Noviciat par un petit corridor. Le Noviciat à 21 pieds de longueur et 16 de largeur ; il
est éclairé par de grandes croisées ; dans le fond est posé un Autel orné de colonnes et
de pilastres peints en marbre ; à chaque côté de l'Autel est une boiserie vernie en
citron, les moulures en bleu : ensuite de la boiserie sont les portes de deux petits
cabinets. En sortant du Noviciat on entre dans le corridor des Infirmeries, qui a 15
toises de longueur et cinq pieds de largeur ; il est éclairé par quatre croisées : au fond
de ce corridor est une porte vitrée, qui donne sur un balcon de six toises de longueur,
orné d'un appui de fer peint en bleu. Dans l'étendue de ce corridor il y a trois
chambres d'infirmeries, avec un cabinet qui sert de décharge à cet office. Ensuite est
un escalier qui conduit à un vestibule, éclairé par un grand vitrage ; de ce vestibule on
entre dans la roberie ; à côté de cet office est un petit dortoir, qui contient 10 cellules.
Au bout de ce dortoir est placé l'oratoire de notre Saint Fondateur ; ensuite le grand
dortoir, semblable à celui du premier étage. Au-dessus de ces deux corps de logis
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règnent deux grands greniers pour faire sécher le linge, entre lesquels sont pratiquées
de petites chambres pour la lingerie.
On peut facilement juger des peines et des contradictions inséparables d'une si
grande entreprise ; Dieu seul sait le nombre de celles que notre chère Mère Anne
Victoire d'Auburtin a éprouvées ; elles lui furent adoucies par sa soumission aux
volontés de notre Divin Maître, et par son attachement sincère aux intérêts de notre
Communauté. Elle éprouva tout particulièrement dans ces occasions, la solidité des
conseils de notre Très Honorée Soeurs la déposée, et la bonté de son coeur. Si nous
entrions dans le détail des actes de patience et de mortification, auxquels les
incommodités du bâtiment donnèrent lieu, nous aurions une ample matière pour
édifier et récréer.
Gêne qu’on eut pour le logement pendant la bâtisse.
Notre chère Mère fut obligée de loger la plus grande partie de la Communauté
dans l'appartement de nos demoiselles Pensionnaires. La salle du premier étage nous
servait de dortoir, de chambre d'assemblée, de chapitre, et souvent même de choeur,
de sorte que celles de nos Soeurs qui, par indisposition, étaient dispensées de se lever
au réveil, entendaient lire le point d'oraison dans leurs lits. Les autres couchaient dans
les Oratoires du jardin et dans les Parloirs intérieurs ; et lorsque les confesseurs
venaient le matin, dans le temps de nos retraites, exercer un ministère qui n'admet
point de tiers dans la compagnie, il fallait se lever en diligence pour céder la place.
L'esprit de ferveur et de recueillement dans ces saints jours de solitude, n'a rien
souffert de la disette du logement : les rangs n'étaient que de quatre ; deux faisaient
leurs exercices dans un grenier séparé par une couche de blé ; la troisième sur le jubé
de l'église, et la dernière sur l'escalier. On avait séparé la nef du choeur par une paroi
de planches, au milieu duquel il y avait une grille pour recevoir la Sainte
Communion ; la Messe se célébrait à un Autel que l'on avait dressé dans la nef contre
cette paroi. Lorsque les ouvrages le permettaient, nous chantions nos offices dans le
choeur, y entrant par une porte que l'on avait pratiquée à l'endroit de la petite grille qui
sépare la sacristie extérieure de l'intérieure. Pour les repas, il fallait se rendre au bout
du jardin, où l'on avait pratiqué une baraque de vieilles planches, avec des séparations
pour le réfectoire, la cuisine et la dépense. Cet édifice si combustible et souvent
entouré d’ételles9, nous a donné sujet de rendre bien des actions de grâce au Seigneur,
qui n'a pas permis qu'il fut réduit en cendres : c'est à sa Divine bonté que nous
sommes redevables d'être enfin logées aussi proprement et commodément, que
l'inégalité de notre terrain a pu le permettre. Lors de la bénédiction de cette maison,
nous avons offert à Dieu les voeux les plus ardents, pour qu'elle soit toujours la
sienne, et qu'il règne parfaitement dans tous les coeurs de celles qui seront admises.
9 D’écorces
72
Nous n'avons pas fait de moins vives et moins sincères supplications à la
Divine Majesté, pour qu'elle soit elle-même la récompense des cordiales bontés et
charités que nous avons reçues de nos chers Monastères spécialement des premier et
second de Paris, de ceux de Strasbourg, Nancy, Pont-à-Mousson et Amberg10, dont
les bienfaits exciteront toujours notre reconnaissance.
Bontés de Monseigneur de Saint Simon et sa mort.
L'année suivante, 1760 Monseigneur de Saint-Simon notre Prélat, nous fit
l'honneur d'officier à la bénédiction de très Saint-Sacrement, après laquelle il prit la
peine d'entrer dans notre Monastère, où il nous entretint avec cette bonté que nous
éprouvions dans les visites dont il voulait bien nous honorer. Sa bienveillance ne se
bornait point à notre égard en paroles stériles, il nous donna ce jour même une
somme de 1500 livres, pour adoucir, nous dit-il, l'indigence de notre temporel. Ce fut
la dernière fois que nous vîmes cet illustre Prélat ; il mourut à la fin du mois suivant.
Le diocèse perdit en sa personne un pasteur zélé pour la saine doctrine, exact et
vigilant à ne confier la direction des âmes qu'à des Ministres d'une foi orthodoxe. Les
pauvres ont perdu en ce digne Pontife un Père tendre et compatissant pour tous leurs
besoins, et notre Communauté un Protecteur, qui lui avait fait éprouver plusieurs fois
ses bontés, et lui avait procuré des gratifications de la cour.
Pendant ses deux triennaux, notre chère Mère Anne Victoire d'Auburtin eut la
douleur de perdre cinq de nos Soeurs, elle fit faire la sainte profession à 10 Novices,
dont deux Soeurs converses. Elle laissa la Communauté composée de 30 Professes du
voile noir, cinq du blanc, une prétendante pour ce rang, deux Soeurs Tourières, deux
Dames veuves, 20 demoiselles Pensionnaires et trois filles de service.
Élection de la Mère Anne Joseph Bonneau 1760.
À l'Ascension de l'année 1760, nous fîmes élection de notre Très Honorée
Mère Anne Joseph Bonneau, sûre qu'en suivant l'impulsion du Saint Esprit, et le
sentiment de notre reconnaissance envers elle, nous entrions dans les vues de nos
Supérieurs. Un seul trait prouvera combien Monsieur le Grand Vicaire, notre Père
Spirituel, estimait sa conduite. Les infirmités de cette Très Honorée Mère était si fort
augmentées dans le temps de sa déposition, qu'elle s'était vue obligée de demeurer à
passer au rang des Soeurs Associées. Lorsque la Supérieure en demanda la permission
à Monsieur le Grand Vicaire, il répartit : « Si la chère Soeur Anne Joseph Bonneau est
retranchée du rang des choristes, ne sera-ce point un obstacle pour qu'elle soit élue
à l'avenir ? » Là-dessus on lui exposa la règle qui dit que les Soeurs Associées
peuvent être Supérieures, et il reprit : « puisqu'il est ainsi, je le permets, au lieu que si
ce changement l’eut empêchée de gouverner, je n'y aurais jamais consenti. »
10 En Bavière
73
Arrivée du nouveau Prélat.
Peu après le Seigneur nous donna en la personne de Mgr de Montmorency-
Laval, un Prélat dont les éminentes qualités doivent être louées par une plume plus
éloquente que la nôtre. Nous bornant donc à ce que nous permet notre état, nous
admirerons seulement la sagesse et la discrétion, par lesquelles ce grand Évêque
maintint si parfaitement la paix et la tranquillité dans son église, qu'il n'éprouva rien
des troubles qui agitaient les autres. Sa Grandeur nous fit l'honneur d'entrer dans
notre Monastère peu après son arrivée à Metz ; notre Très Honorée Mère lui présenta
la Communauté, à laquelle il promit avec bonté sa protection. Le jour de la Visitation
qui suivit, il nous fit l'honneur de donner lui-même la Bénédiction ; ensuite notre Très
Honorée Mère eut la grâce de l'entretenir. Ce grand Prélat lui parla des sentiments
d'estime dont Mme la duchesse de Laval voulait bien honorer notre saint Ordre, et
assura qu'elle ne retournerait point à Paris sans être entrée dans notre maison. Elle y
vint en effet, et sa visite nous fit admirer en elle un mérite supérieur ; nous sûmes
apprécier l'honneur qu'elle nous faisait, mais nous fûmes encore plus touchées de sa
piété solide, et de la bonne odeur de ses vertus, que de l'éclat de son rang et de la
grandeur de sa naissance.
Nous devons les mêmes éloges à Mme la Comtesse de Choiseul, Abbesse du
Chapitre des Dames Chanoinesses de Saint-Louis de cette ville : la protection et la
bienveillance dont elle nous a donné des preuves en différentes occasions, exigent de
nous des sentiments d'une sincère et respectueuse reconnaissance.
Dans ces deux triennaux, Seigneur exigea de notre soumission le sacrifice de
cinq de nos Soeurs, dont les bonnes qualités et les solides vertus, méritaient notre
estime et notre tendre affection. Ces peines furent adoucies par le succès favorable
que le Seigneur daigna donner à une entreprise de notre Très Honorée Mère. Elle fit
l'acquisition d'une petite maison joignant à notre Monastère, qui nous mettait dans un
danger évident d'être incendiées, par des greniers à foin auxquels nos cellules étaient
adossées. Nous avons eu le bonheur d'obtenir du Roi les Lettres-patentes nécessaires ;
leur enregistrement au Parlement de Metz, et le consentement de Messieurs de l'Hôtel
de Ville, nous ont été accordés par ces dignes magistrats, avec une bonté et des
attentions qui méritent notre reconnaissance. Les raisons pressantes qui nous ont
engagées à cette acquisition, et la nécessité de faire sur ce terrain des bâtiments utiles,
nous ont obligées à contracter de nouvelles dettes.
Le rez-de-chaussée contient une petite cour, dans le fond de laquelle on a érigé
un petit Autel, dédié à saint François de Paule. On a construit à côté de cette cour une
petite cuisine pour les ouvrages qui dépendent de l'office de la Soeur Économe ; une
74
dépense très commode, par sa proximité du réfectoire, pour la Soeur dépensière, et un
cabinet de décharge pour la Réfectorière.
De l'autre côté de cette cour on a bâti deux bûchers ; l'un destiné pour le bois de
la chambre des assemblées, et l'autre pour celui de la Boulangerie : au-dessus il y a de
jolies chambres.
Ensuite de cette cour, on entre dans une plus étroite. On a profité du seul côté
capable de contenir des appartements pour y bâtir trois chambres et deux cabinets
dans le bas ; au-dessus, le même nombre de chambres et de cabinet. Ce petit bâtiment
est terminé par des greniers, pour la commodité des Dames et Demoiselles qui
habitent ce quartier.
Nous reçûmes aussi une douce consolation à l'arrivée de nos chères Soeurs
Louise Béatrice de Guementelle et Marie Charlotte de Viray, qui ont bien voulu
déférer aux pressantes sollicitations de notre Très Honorée Mère, pour passer ici à
leur retour de Vienne en Autriche. Nous ne nous étendrons pas à faire leur éloge ; car
il est entier quand on a dit qu'elles ont su mériter l'estime et la bienveillance de
l'illustre Impératrice Marie-Thérèse.
Notre chère Mère laissa la Communauté composée de 30 Professes du voile
noir, six du blanc, trois Soeur Tourière, quatre filles de service, 18 demoiselles
Pensionnaires.
Élection de la Mère Anne Thérèse de Tassy.
L'année 1766 notre Communauté fit élection de notre Très Honorée Mère Anne
Thérèse de Tassy, qui fut obligée, pour s'y soumettre, de considérer l'ordre divin dans
le choix qu'on avait fait d'elle. Elle envisagea son élection avec l'oeil de la foi, et tout
en s'abîmant dans son élan, elle éleva son regard jusqu'à Dieu par cette humble et
entière confiance qui ravit son coeur. Son intime union avec notre respectable Soeur la
Déposée, fut une source d'avantages spirituels et temporels pour notre maison, dont
ces dignes chefs faisaient le bonheur.
La canonisation de notre Sainte Mère eut lieu pendant la Supériorité de cette
Très Honorée Mère, qui signala son zèle, sa ferveur et sa tendre dévotion pour notre
Sainte Fondatrice. Nous regrettons de ne pouvoir joindre ici la relation de cette
solennité qui nous a été impossible de recouvrer.
75
Élection de la Mère Anne Bonneau 1772, et de la Mère Anne
Thérèse de Tassy en 1775.
En 1772 nous rentrâmes sous la digne conduite de notre respectable Mère Anne
Joseph Bonneau ; mais ces infirmités augmentèrent tellement durant ces trois années,
qu'à peine avait-elle quelques intervalles pour suivre la Communauté, ce qui ôta la
consolation de la réélire. Ce lui fut une vraie joie, en 1775, de se voir remplacée par
notre Très Honorée Mère Anne Thérèse de Tassy, en qui nous retrouvâmes les
mêmes bontés. Notre sincère attachement lui avait conservé sur nos coeurs les droits
les plus intimes, et nous lui en offrit la preuve par la paix, l'union, l’exacte
observance qui continuèrent à être les heureux fruits d'un saint gouvernement.
À cette époque nous étions fort occupés de la réunion de Messieurs les
Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, Ordre de Saint-Antoine, à celui de Malte ;
car depuis près d'un siècle, notre église avait l'avantage d'être desservie par ces
Messieurs, et l'un d'eux avait la bonté de se charger de notre confessionnal. La
proximité de leur maison avec la nôtre nous donnait une grande facilité pour recourir
à eux, et ils nous donnaient leurs soins avec une assiduité et une affection qui exigent
de nous une vive reconnaissance.
L’indécision de la Cour sur cette affaire nous laissa longtemps en suspens sur
leur sort, et par conséquent sur le nôtre. La dernière année de leur résidence fut celle
du jubilé, qui nous rendit participantes des trésors de la sainte Église ; les sermons,
Bénédictions, et confessions nous préparèrent à gagner cette grande Indulgence selon
la Bulle. La Divine Providence, à laquelle nous abandonnions nos craintes légitimes,
la suppliant par des voeux ardents de nous donner le moyen de réparer la perte que
nous étions sur le point de faire, et de nous choisir le guide dont nous avions besoin,
nous fit alors connaître Messieurs de la Mission de Saint-Lazare. Ils eurent la bonté
de vouloir bien se charger de notre Communauté, et l'avantage inappréciable que
nous en retirons nous fait rendre sans cesse d'humbles actions de grâces au Seigneur.
Acquisition d’un terrain nécessaire.
Nous fûmes, à cette époque, obligées d'acquérir un terrain que la convenance
nous rendait indispensable ; car il nous donnait des inquiétudes bien fondées, et sans
cesse renaissante. L'examen qui fut fait du local porte :
Premièrement que ce terrain, de quatre toises de largeur, sur 25 de profondeur,
séparait et coupait dans presque toute la longueur les lieux claustraux de notre
Monastère, et qu'il contenait de petites maisons dégradées habitées par des indigents
qui ne prenaient aucune précaution contre le feu.
76
Deuxièmement qu'une de ces masures, percée par une fenêtre pratiquée dans sa
couverture, n'étant éloignée des fenêtres de l'appartement de nos demoiselles
pensionnaires que de six pieds, pouvait avoir de sérieux inconvénients.
Troisièmement que le mur sur lequel était appuyé ce bâtiment, qui régnait sur
toute la longueur du terrain, n'étant éloigné que de cinq pieds des lieux claustraux,
rendait obscur, humide et mal sain le rez-de-chaussée. D'après cet exposé, trois objets
concourraient presque également à nous faire désirer cette acquisition : le danger du
feu, la nécessité d'assurer l'appartement de nos Demoiselles Pensionnaires, et celle de
données de la clarté et de la salubrité à notre rez-de-chaussée. Monseigneur de
Montmorency Laval, notre digne Prélat, ayant examiné toutes choses dans une de ces
visites, fut si vivement frappé de l'urgence de parer à tous ces inconvénients, qu'il fut
le premier à dire à notre Très Honorée Mère qu'il fallait solliciter les autorisations
nécessaires. Ce bon Pasteur appuya notre demande à la Cour, où sa protection nous
fut très favorable, ainsi que celle de Madame de Choiseul, Abbesse du noble et Royal
Chapitre de Saint-Louis en cette ville. Cette Dame nous a marqué son zèle pour nos
intérêts, près de Monsieur le duc de Choiseul son frère, alors Ministre ; notre
reconnaissance nous fait un devoir de ne pas oublier ce que nous lui devons. Ce ne fut
pas sans difficultés que nous parvînmes ensuite à faire venir les propriétaires à une
composition raisonnable ; mais la Divine bonté fit enfin terminer cette affaire à notre
satisfaction. Cet emplacement dégagé nous a donné un appartement de plus et à
donné aussi un agrément utile à notre jardin.
Pendant ce triennal, nous eûmes une cérémonie rare pour nous, le baptême de
notre cloche ; comme nous étions obligées de la faire refondre, une personne
d'éminente vertu voulut bien en payer les frais. La Bénédiction en fut faite dans notre
choeur par Monsieur l’Abbé de Marion, qui voulut bien être parrain de la cloche avec
Mademoiselle sa Soeur, et il prie de là occasion de faire un don à notre sacristie, qui
eut à cette époque quelques ornements.
Maladie et mort de la Mère Anne Thérèse de Tassy.
L'année 1778 devait être pour nous une année de sacrifice par la mort de notre
bien-aimée Mère Anne Thérèse de Tassy. Vers le mois de décembre précédent, de
petites, mais fréquentes indispositions dénotèrent un état critique ; avant les fêtes de
Noël elle fut alitée. Le mal, provenant d'une complication de maux, fit un progrès si
rapide, que le jour de l'an elle demanda, dès sept heures du matin, à être administrée,
ce qui rendit ce jour des plus tristes pour nous, en sorte que nous ne commençâmes à
nous parler que par nos larmes.
77
La maladie dura 50 jours, nous laissant toujours entre la crainte et l'espérance.
Monsieur notre médecin soignait notre chère malade avec un zèle et une assiduité
remarquable, employant toute l'habilité de son art pour détourner l'hydropisie, qui
était le mal principal. Quoique notre Très Honorée Mère conserva toujours quelque
espérance, elle connut néanmoins son danger, et l'envisagea avec la paix d'un coeur
soumis aux ordres de Dieu ; comme elle l'aimait sans partage, elle avait un désir
ardent de s'unir à Lui pour jamais. Le 9 février, son affaiblissement total fut l'annonce
d'une mort prochaine ; nos prières et nos voeux redoublèrent, mais la victime était
préparée et le Ciel la demandait. Nous pouvons dire avoir vu en elle une patiente et
une générosité admirables ; elle nous disait souvent avec un accent de pleine
résignation : « Je suis sur le calvaire, priez Dieu que je n'en descende pas ».
L'usage de l'opium l'avait tellement fortifiée que la vigueur du plus fort
tempérament aurait résisté moins longtemps à la maladie, ainsi elle endura des
douleurs aiguës, conservant sa parfaite connaissance jusqu'à une heure avant sa mort.
Il a eu le bonheur de recevoir le Saint Viatique plusieurs fois, et de puiser dans ce
secours divin la force et les grâces dont elle avait besoin. Monsieur notre Confesseur
lui a donné les soins assidus de son ministère, et après qu'il lui eut réitéré les prières
de la recommandation de l’âme, elle la rendit à son créateur, vers quatre heures et
demie du 13 février, à l'âge de 63 ans ; il en avait 46 de profession au rang des Soeurs
Associées.
Élection de la Mère Anne Scholastique de Clainchant 1778.
Notre douleur fut aussi profonde qu'elle était juste ; car nous perdions une
Supérieure d'un rare mérite, cependant il fallait nous soumettre à la volonté divine et
penser à une nouvelle élection. Elle eut lieu, ainsi qu'il est marqué, cinq jours après le
décès de notre vertueuse Mère ; l'humilité, la prudence, la douceur, et la charité de
notre Très Honorée Soeur Anne Scholastique de Clainchant D’aubigny, qui exerçait
depuis longtemps la charge d'Assistante, fixèrent notre choix ; elle fut élue cette
année 1778, et consola cette Communauté affligée.
Maladie et mort de la Soeur Déposée Anne Joseph Bonneau,
décédée en 1780
La mort de notre chère Mère Marie Thérèse de Tassy, fut très sensible à notre
respectable Soeur la déposée, Anne Joseph Bonneau, qui était alors extrêmement
infirme ; elle lui survécut néanmoins trois ans. Sa dernière maladie fut la suite d'un
dégoût extrême et continuel pour toutes sortes d'aliments ; il s'y joignit une si grande
faiblesse, qu'elle fut hors d'état de marcher et même de se soutenir. Dès lors on lui
porta la Sainte Communion tous les huit jours ; elle avait besoin de ce soutien, car ses
78
souffrances extérieures étaient accompagnées d'un grand délaissement intérieur, et de
peines sensibles. Mais elle trouvait aussi un grand soutien dans son esprit de foi, ainsi
que dans ce parfait abandon à la Divine Miséricorde ; sa confiance semblait
s'accroître à mesure que ses forces dépérissaient ; aussi a-t-elle envisagé la mort avec
une grande tranquillité d'âme ; sa fin fut celle du juste, et la consommation de sa
sainte carrière.
Elle a conservé son jugement sain jusqu'à quelques jours avant sa mort, que sa
mémoire eut des intervalles d'absence. Elle a reçu dans ses derniers moments des
grâces spéciales, mais elle ne les a pas fait connaître. Ce que nous en avons pu
comprendre n'a pu être que par son extérieur : on voyait répandue sur son visage une
sérénité qui peignait une paix angélique ; elle parut des temps considérables avec un
regard si céleste, qu'elle semblait qu'elle eut un avant-goût du ciel. Son âme paraissait
jouir d'avance de la vue béatifique, et l'assaut de la mort ne laissa sur ses traits rien de
pénible ; ils paraissaient avoir reçu l'impression majestueuse de la visite de l'Époux,
qu'elle avait toujours attendu avec la vigilance des Vierges sages. Monsieur Théobald
notre Confesseur, Prêtre de la Congrégation de Saint-Lazare, Supérieur de la Maison
de Sainte-Anne, en qui elle avait une pleine confiance, lui a marqué son affection
vraiment paternelle par son assiduité constante à l'assister ; il nous a ensuite témoigné
sa vénération pour elle, nous assurons qu'il était plus porté à l'invoquer qu'à prier pour
elle.
Elle expira le 14 février 1780, après neuf heures du soir, si doucement qu'on
eut peine à s'en apercevoir ; elle avait reçu les derniers Sacrements et l'Indulgence in
articulo mortis ; Monsieur notre Confesseur venait de lui réitérer les prières de
l'agonie. Cette perte nous fut très sensible, mais le Seigneur nous y préparait depuis
longtemps par l'état de souffrance de cette respectable Soeur. Elle était âgée de 75 ans
et en avait 59 de profession.
Protection du Ciel dans un orage.
Le 21 juin de l'année 1783, fête du Sacré-Coeur de Jésus, nous fûmes préservés
de la foudre par une protection du Ciel toute spéciale. Dès le matin l'horizon menaça
d'orage, cependant il ne se déclara qu’à trois heures, et le chant de nos vêpres n'en fut
que peut troublé. Le Prédicateur commença son sermon, mais à la fin du premier
point, on entendit un coup de tonnerre terrible, qui fut aussitôt suivi de trois autres si
violents, qu'on le vit à l'instant tomber à mis hier sur la cour du Cloître ; puis il
remonta en perçant vivement la nuée, et une abondance de grêles inonda notre
maison. Cependant le prédicateur avait continué son discours ; Monsieur le célébrant
le pria d'annoncer qu'on allait entonner le miserere, et, dès le premier verset, l'orage
79
cessa de manière à manifester la Divine Miséricorde, à laquelle nous rendîmes nos
humbles actions de grâces.
Secours de la Providence.
La divine providence se manifesta pour lors sur notre maison, de manière à
nous prouver qu'elle vient toujours au secours de ceux qui, selon la parole du
Sauveur, cherchent premièrement le Royaume de Dieu et sa justice. Monseigneur de
Montmorency, notre digne Prélat, voulut bien d'abord donner la préférence à notre
église, pour la fondation d'une Messe basse quotidienne, dont voici le sujet.
Messieurs les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin de l’Ordre de Saint-Antoine
réunis, comme nous l'avons dit, à celui de Malte, avaient dans leur église plusieurs
Messes de fondation. Après la réunion, Messieurs de Malte se décidèrent, avec
l'agrément de Monseigneur, à faire le transport de ces Messes dans les églises des
Monastères de Religieuses de cette ville.
Sa Grandeur, étant sollicitée en notre faveur par Monsieur de Vareilles, Abbé
commanditaire de la Grâce-Dieu, Chanoines et Trésoriers de la Cathédrale de Metz,
et Vicaire Général du Diocèse, qui nous a toujours honorées de ses bontés, nous
accorda la Messe basse. Ce fut pour nous un double avantage, car, outre le bonheur
d'avoir journellement deux Messe, l'heure de six heures procurent à nos chères Soeurs
infirmes, qui ne peuvent attendre la Messe de Communauté, la facilité de communier
à cette première.
Après ce premier bienfait, Monsieur de Vareilles, de concert avec Monsieur de
Majainville, Princier de l'église Cathédrale de cette ville et notre Père Spirituel, dont
nous avons toujours éprouvé l'affection paternelle, voulut bien nous recommander
encore à la protection de Monseigneur, et lui exposer les dépenses onéreuses que
nous en causer nos bâtiments. Sa Grandeur, touchée de notre position, nous fit la
grâce de s'intéresser pour nous près de son éminence Monseigneur le Cardinal de La
Rochefoucauld, qui nous accorda, du bureau de la commission, un secours de
quelques années.
Les pertes réitérées que nous faisions de nos Soeurs, depuis une vingtaine
d'années, avait fort diminué notre nombre, et quoique notre Très Honorée Mère Anne
Scholastique de Clinchant eut reçu quatre novices à la profession, il n'était que peu
augmenté. Elle laissa donc, en 1784, la Communauté composée de 20 Professes du
voile noir, sept du blanc, dont quelques-unes hors de service, trois Soeur Tourières,
deux filles de travail et une agrégée occupée à la Draperie ; 24 pensionnaires en
classe, plusieurs Dames et Demoiselles en chambre, dont la conduite édifiante et la
80
vie réglée nous font admirer la ferveur, sans causer de dérangements à la
Communauté.
81
Ce que devint l'ancien Monastère de la Visitation, à Metz, rue
Mazelle, après que nos Soeurs en eurent été expulsées par
la révolution de 1789.
(Note extraite de la notice biographique sur Étienne Pierre Morlanne, fondateur
de l'oeuvre de la Charité Maternelle de Metz)11
Chapitre IX. Page 58
« Un terrain assez vaste, dépendant autrefois du Monastère de Notre-Dame de
la Visitation, de nombreux bâtiments en faisant partie, situées rue Mazelle et rue Wad
Billy, étaient à vendre.
Monsieur Morlanne s'en rendit acquéreur ; il pensait pouvoir y fonder un asile
considérable capable d'y recevoir tous les délaissés par les services et administrations
hospitalières (1811).
Chapitre XII. Page 82
Monsieur Morlanne avait offert avec autant de désintéressement que
d'insistance, aux habitants religieux de Metz une nécropole intra-muros et cependant
à l'abri de tout danger pour la santé publique les vastes corridors ou cloître du soussol
de l'ancien Monastère de la Visitation, les immenses caveaux existants depuis de
longues années sous le choeur où les Religieuses chantaient leur Office et sous
l'église, construite à la fin du 18ème siècle, il est vrai, mais posée sur une crypte plus
ancienne. ………………………………………………………………
Mais les administrateurs de la municipalité et les autorités départementales
opposèrent toujours un refus absolu (1826) ……………………………..
Chapitre XIII. Page 90
Monsieur. Morlanne n'avait pu réussir à doter Metz d'un Campo sancto, ou
d'une crypte modèle ; il tenta du moins de conserver au culte et à la Religion l'église
de l'ancienne Visitation Sainte-Marie. Cet édifice méritait d'être sauvé de la ruine. Ses
dimensions étaient bien proportionnées ; sa coupole élégante et le style de la
renaissance, adopté par les Religieuses portaient le cachet d'une grande pureté.
Cette fois, ont cru que notre concitoyen avait été compris et écouté. En effet,
sur les instances de Monsieur Morlanne, l'église de la Visitation, à peine terminée au
moment de la révolution, fut acceptée par Monseigneur Besson successeur de
Monseigneur Jauffrey, et devint chapelle militaire pour les casernes Coislin, de la
Basse-Seille et de la gendarmerie.
11 Notice imprimée à Metz en 1882.
82
Monseigneur l'Évêque en fit lui-même la bénédiction et la dédia à Saint-
Charles, patron du roi Charles X.
Tous les dimanches, une ou plusieurs messes militaires y étaient célébrées ;
Messieurs les Aumôniers des régiments de la garnison y venaient faire des
instructions et y exercer le saint ministère en faveur des soldats de bonne volonté.
………………………………………………………………
Lorsque survint la Révolution de Juillet, si désastreuse au point de vue
religieux, l'aumônerie militaire fut supprimée ; les aumôniers furent licenciés et
dispersés ; la chapelle Saint-Charles redevint silencieuse et chapelle privée !
Nous n'essaierons point de dire la déception et le chagrin de M. Morlanne.
Cependant un événement imprévu fit un instant encore espérer de voir utiliser
religieusement le monument des anciennes visitandines. M. L’Abbé Henri
Lacordaire, l'éloquent conférencier de Notre-Dame vint prêcher à Metz et y obtint un
succès inespéré. …………………………………………
Monsieur Lacordaire s'empressa de profiter du concours unanime qu'il
rencontrait dans la population de Metz pour fonder une oeuvre encore inconnue alors,
mais aujourd'hui célèbre et répandue dans le monde entier ; nous voulons dire : la
Société de Saint-Vincent-de-Paul. Le local manquait pour les conférences, pour les
exercices religieux, pour la bibliothèque.
Monsieur Morlanne compris aussitôt tout le bien que pourrait faire à Metz une
Société d'hommes éclairés et charitables, donnant la main aux familles pauvres,
distribuant des secours, moralisant, évangélisant, secourant au nom de la Sainte
Providence du bon Dieu.
Il offrit à la Société naissance son église de Saint-Charles et les locaux
nécessaires.
M. L’Abbé Lacordaire y prêcha plusieurs fois et réussit à grouper autour de lui
les hommes chrétiens qui devinrent les fondateurs de la Conférence de Metz.
L'éloquent prédicateur n'animant plus de sa présence la Conférence se réduisit
à un petit nombre de membres ; ce vaste local leur fit peur, ils l'abandonnèrent.
Dans le cours de l'année 1852, Monsieur Morlanne crut avoir enfin trouvé pour
ces immeubles une destination pieuse et définitive.
Monsieur l’Abbé Hetzel, Chanoine de Metz, aumôniers des Soeurs de la
Maternité, et deux personnes charitables de la ville lui proposèrent d'acheter sa
83
propriété de l'ancienne Visitation, son église principalement pour les Révérend Père
Rédemptoristes, fondés par le Saint Docteur Alphonse de Liguori.
Le Révérend Père Mouron, alors Provincial de Belgique, actuellement
Supérieur Général de toute la Congrégation, vint pour régler l'acquisition de
l'immeuble. Il se proposait, avant de se fixer à Téterchen d'acquérir une maison
d'études pour les jeunes Liguoriens et une église où les nombreux Allemands, établis
depuis peu à Metz célébrerait leurs offices religieux.
Les conventions étaient acceptées de part et d'autre, sauf quelques détails à
régler, il ne restait plus que la permission de l'Ordinaire à obtenir, lorsque tout vint à
échouer.
Monsieur Morlanne ruiné, endetté par tous les efforts de sa charité, menacé
d'être poursuivi judiciairement vit, sans pouvoir s'y opposer son immeuble vendu à
une industrie pour la somme de 40 000 Francs. L'acte de vente porte la date du 29
avril 1852. Toutefois nous avons hâte d'ajouter que dans les nouvelles dispositions
qui furent prises, l'église Saint-Charles demeure à peu près intacte, on avait pensé
qu'elle pourrait être rendue au culte. …………………………………………
Malgré son grand âge et ça sensibilité bien connue, Monsieur Morlanne fut
alors ce qu'il avait été toute sa vie : l'homme du sacrifice, entièrement soumis à la
volonté de Dieu. Une seule parole s'échappa de ses lèvres : « quel malheur, dit-il, de
voir ce beau Monastère transformé en un vulgaire entrepôt ! » Parole de regret bien
légitime, quand on considère le dur et amer sacrifice qui lui était imposé.
84
Annales du Monastère de la Visitation Sainte-Marie de Metz.
1817-1878
V+J
Oraison dédicatoire à Marie immaculée.
Sous vos yeux et avec votre assistance, ô divine Mère, votre humble fille a
accompli le travail que l'obéissance lui avait confié : elle ne saurait exprimer toute
l'étendue de sa reconnaissance envers Dieu, qui, par un concours de circonstances
providentielles, a bien voulu l'appeler à recueillir tous les faits relatifs à l'histoire de
ce cher Monastère de Metz, et lui permettre de consacrer son travail et son temps à
cette offre, qui perpétuera à jamais les bienfaits sans nombre, et les ineffables
témoignages de la prédilection de Jésus pour notre Communauté.
Aussi acquis pourraient-elles faire l'hommage de ce recueil, sinon à vous, au
mari, pour que, par vous, il soit offert au coeur adorable de votre divin fils.
Au très douce vierge Marie ! Continuez à nous protéger à l'avenir, comme vous
l'avez fait par le passé. Bénissez au ciel les maires et les Soeurs vénérées dont les
travaux ont aidé à former de notre Communauté une famille qui veut vous être à
jamais dévouée, reconnaissante et fidèle. Daignez bénir aussi sur la terre les maires
dévoués et bien-aimés qui perpétuent leur oeuvre d'abnégation et de zèle. Bénissez
toutes nos chères Soeurs, dont les coeurs à la vue de vos maternelles bontés,
s'attacheront à vous par des motifs nouveaux de reconnaissance et d'amour. Bénissez
enfin ce livre est celle qui est heureuse de vous le présenter au 50e anniversaire de sa
profession Religieuse en se béni Monastère, et au jour où l'église célèbre au maire
immaculé, l'un de vos privilèges les plus glorieux et les plus chers au coeur de vos
enfants ainsi soit-il béni soit Jésus
3 décembre 1874
1222 fondations du Monastère de messe, 56e de l'ordre établi, pour la
deuxième fois, le 5 octobre 1817
85
Les Supérieures de la Visitation de Metz
Élection Départ Nom de la Supérieure Informations
1633 1636 Marie-Catherine Chariel
Supérieure
de Riom,
professe de
Moulins
1636
Jeanne-Françoise de Saint-Vincent
professe de
Pont à
1639 1642 Mousson
1642
Anne-Françoise Chardon
professe
d’Annecy,
venue de
Riom à la
fondation
1645 Morte en 1647
1647
Claude-Marie d’Auvaine
déposée de
Pont à
1652 Mousson
1653 Retourne à Pont à
Mousson
1653
Claude-Marie d’Ailly
1656 1659
1659 1662 Françoise-Catherine de Moncel
1662
Claude-Marie d’Ailly
1665 Morte en 1667
1667 1670 Jeanne-Françoise de Cromont
Morte en
1682
1670 1673
Magdelaine-Angélique Thomassin de
Charannes
professe du
Faubourg
Saint
Jacques,
Retourne à
Paris
1673
Françoise-Catherine de Moncel
1676 1679
1679 1682 Jeanne-Marie de Foigny
1682 Françoise-Catherine de Moncel Morte en
86
1685 1688 1709
1688
Jeanne-Marie de Foigny
1691 1694
1694 1697 Claude-Catherine de Blampignon
1697
Jeanne-Marie de Foigny
1700 1703
1703 1706 Claude-Catherine de Blampignon
1706
Jeanne-Marie de Foigny
1709 1712
1712 Morte en 1713 Claude-Catherine de Blampignon
1713 Morte en 1715 Jeanne-Marie de Foigny
1715 1718 Jeanne-Charlotte de Guillermin
Morte en
1726
1718
Marie-Ursule de Custine de Pontigny
1721 1724
1724
Jeanne-Thérèse Cannetel
Morte en
1727 1730 1744
1730
Marie-Ursule de Custine de Pontigny
Morte en
1733 1737 1736
1736
Françoise-Thérèse Jeanot
Morte en
1739 1742 1750
1742
Barbe-Eleonore Guichard
Décédée en
1745 1748 1750
1748
Anne-Joseph Bonneau
1751 1754
1754
Anne-Victoire d’Auburtin
Morte en
1757 1760 1774
1760
Anne-Joseph Bonneau
1763 1766
87
1766
Anne-Thérèse de Tacy
1769 1772
1772 1775 Anne-Joseph Bonneau Morte en
1780
1775 Morte en 1778 Anne-Thérèse de Tacy
1778
Anne-Scholastique de Clinchant
Morte en
1781 1784 1790
1784
Marie-Anne-Sophie Pallas
1787 1790
1790 1793 Anne-Rosalie Lacroix
Morte à
Nancy en
1823
Rétablissement du Monastère le 5 octobre 1817
1817
Marie-Thérèse de Tholozan de Cézane
1821 1824
1824 1827 Marie-Stanislas de Schaller
Morte en
1839
1827
Marie-Thérèse de Tholozan
1830 1833
1833 1836 Louise de Sales de Condé
Morte à
Amiens en
1868
1836
Marie-Thérèse de Tholozan
1839 1842
1842 1845 Marie-Joséphine de Courten
Morte en
1845
1845
Marie-Thérèse de Tholozan
1848 Morte en 1851
1851
Marie-Thérèse Dorr
1854 1857
1857 1860 Marie-Elisabeth Lejeune
Morte en
1895
88
1860
Marie-Thérèse Dorr
Morte en
1863 1866 1868
1866
Marie de Chantal Lepoire
1869 1872
1872
Marie-Augustine Cresson
Morte en
1875 1878 1891
1878
Marie de Chantal Lepoire
1881 1884
1884
Marie-Joseph Perrot
Morte en
1887 1890 1902
1890
Marie de Chantal Lepoire
1893 1896
1896 1899 Marie-Raphaël Adam
1899
Marie de Chantal Lepoire
Morte en
1902 1905 1906
1905 Morte en 1907 Marie-Raphaël Adam
1907
Marie-Cécile Kuhn
1910 1913
1913 1916 Marie-Séraphine Holthaus
Morte en
1935
1916 Morte en 1916 Marie-Cécile Kuhn
1916 Morte en 1917 Marie-Xavier Humperging
1917
Jeanne-Charlotte Muller
1921 1924
1924 Marie-Marguerite Muller
1927 1930
1930
Jeanne-Charlotte Muller
1933 1936
1936 Marie-Marguerite Muller
89

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